Le compositeur Philippe Boesmans est mort

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Le compositeur Philippe Boesmans est mort

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Le compositeur belge Philippe Boesmans nous a quittés
Le compositeur belge Philippe Boesmans nous a quittés
© Getty - picture alliance

Figure majeure de la musique belge et de l’art lyrique, son oeuvre est présente sur les plus grandes scènes d’Europe. Le compositeur belge Philippe Boesmans nous a quittés dimanche 10 avril à l’age de 85 ans.

Véritable maître de l’opéra, le compositeur belge Philippe Boesmans est décédé ce dimanche 10 avril à l’âge de 85 ans, a annoncé le pianiste David Kadouch à l'antenne de France Musique, information confirmée par le théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Le compositeur avait récemment combattu un cancer, et survécu à un incendie en mars 2021 dans son appartement à Bruxelles, lequel avait détruit la plupart de ses biens dont son piano Bechstein.

« Philippe était un grand monsieur, un grand humaniste, quelqu'un qui avait beaucoup d'humour. Il était un soutien pour nous tous, y compris pour une génération de jeunes compositeurs pour qui il était un mentor » témoigne Peter de Caluwe, directeur du Théâtre de La Monnaie de Bruxelles.

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« C’était un être exceptionnel, d’une grande douceur, qui dégageait un amour pour l’humanité extrêmement attachant. Il avait aussi beaucoup d’humour. Pour moi Philippe Boesmans est l’artiste le plus léger que j’ai connu, mais avec une grande profondeur. Sa musique est légère mais en même temps elle nous raconte, nous. Il était léger dans son contact avec les gens, il n’y avait jamais rien de méchant avec lui. Il était aimé des musiciens, et les musiciens aimaient jouer sa musique et je pense que cela continuera. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir vivre à ses côtés pendant aussi longtemps. C’est une perte », ajoute le chef d'orchestre Sylvain Cambreling, ami et fidèle collaborateur de Philippe Boesmans.

France Musique rendra hommage à Philippe Boesmans dès ce lundi 11 avril dans ses émissions, et particulièrement dans Musique Matin mardi ainsi que dans la soirée de mercredi, pendant laquelle Arnaud Merlin proposera la rediffusion de son opéra Au monde.

Le retour à la consonance

Né le 17 mai 1936 dans la ville flamande de Tongres, Philippe Boesmans se consacre d’abord à la maîtrise du piano au conservatoire royal de Liège, où il obtient un Premier prix. Il renonce finalement au piano, et préfère se consacrer à la composition, qu’il aborde de manière largement autodidacte.

A la fin des années 1950, il rencontre les compositeurs Henri Pousseur, Pierre Froidebise, André Souris et Célestin Deliègen, qui forment le « Groupe de Liège ». Les premières œuvres de Philippe Boesmans revendiquent une esthétique sérielle, influencée par la musique de Webern Messiaen, Boulez et Stockhausen.

Il sent cependant un besoin d’aller au-delà des contraintes de la pensée sérialiste afin de concevoir un langage musical unique et personnel, une musique gracieuse et accessible par laquelle il souhaite avant tout dialoguer avec son public. Il envisage à travers sa musique un retour à la consonance, sans pour autant s’inscrire dans un style « néo-classique ». Cette voie musicale, à la fois contemporaine et accessible, se fait ressentir dès ses premières œuvres, dont Upon La-Mi pour voix, cor en fa et ensemble instrumental, qui lui vaudra le Prix Italia en 1971.

« Il était nourri par plein de courants différents à la fois. Il aimait toujours faire référence à des compositeurs différents, que ce soit Debussy, Poulenc, ou même Puccini. Il y avait une forme de mille-feuille musicale. C’est ça qui est beau, c’est la transmission des compositeurs passés, une sorte de symbiose. Il n’avait aucune honte à faire référence à des styles différents. […] Il était aussi très influence par le jazz par exemple. Il n’y avait pas vraiment de tabous chez Philippe », explique la soprano Patricia Petibon, qui a participé à la création de l’opéra Au monde à Bruxelles en 2014.

« Il a eu un impact direct et déterminant sur des compositeurs plus jeunes, notamment en Belgique […] mais toute une série de compositeurs tous très différents les uns des autres n’ont pas seulement de l’estime pour lui mais se sont nourris de sa musique. […] C’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé à écrire une musique qui reste complexe mais qui offre au grand public une porte d’entrée à la musique contemporaine. C’est un compositeur qui a beaucoup travaillé la manière dont on peut lire et entendre sa musique, et la faire vivre dans le rapport au théâtre. Il y a un donc un réel héritage musical : son œuvre va continuer à vivre, mais son héritage sera de voir comment aujourd’hui d’autres compositeurs vont continuer à explorer ces voies-là, qui me semblent essentielles », affirme le musicien et compositeur Bernard Foccroulle.

Disques de légende
17 min

Philippe Boesmans rejoint en 1962 le Centre de Recherches musicales de Wallonie et participe également à la naissance de l'Ensemble Musiques Nouvelles, ensemble dédié à la création et à la diffusion de musiques contemporaines au sein duquel il est également pianiste. Il rejoint ensuite la Radio-Télévision Belge Francophone en tant que producteur

Malgré ses nombreuses fonctions et responsabilités, il compose régulièrement au courant des années 1960, dont Sonances pour deux pianos en 1963, et Corrélations pour clarinette et deux groupes instrumentaux en 1967, mais ce n’est que dans les années 1970 que Philippe Boesmans se consacre pleinement à la composition.

Boesmans et l’opéra, une grande histoire d’amour

Philippe Boesmans signe bon nombre d’œuvres instrumentales, dont deux concertos ainsi que plusieurs œuvres de chambre, mais un genre musical en particulier dominera la vie et l’œuvre du compositeur: l’opéra. C’est là que Boesmans s’affirme définitivement dans toute l’Europe, portant à son apogée son sens narratif et expressif de la musique.

A l’arrivée de Gérard Mortier au théâtre de la Monnaie de Bruxelles en 1981, Philippe Boesmans est engagé comme conseiller musical. Mortier lui passe plusieurs commandes, desquelles naissent l’opéra La Passion de Gilles (1983), les Trakl-lieder (1987), ainsi qu’une orchestration de L'Incoronazione di Poppea de Monteverdi (1989).

Nommé compositeur en résidence de 1985 à 2007, il contribue de manière importante à la renaissance de l’opéra à la fin du XXe siècle. Sa collaboration avec le metteur en scène et réalisateur suisse Luc Bondy aboutit aux plus grandes œuvres de Boesmans : les opéras Reigen en 1993, Wintermärchen en 1999 et Julie en 2005. Le duo signe en janvier 2009 leur dernier projet, Yvonne, princesse de Bourgogne, créé à l’Opéra national de Paris peu avant la mort de Bondy en 2015.

Philippe Boesmans signe également les opéras Au monde (2014) et Pinocchio (2017) avec le metteur en scène français Joël Pommerat. Leur nouveau projet On purge bébé sera créé en décembre 2022 à La Monnaie. Premier témoin de l'oeuvre de Boesmans, le théâtre bruxellois a installé en mars 2014, après la création d’Au monde, une pastille au sein du théâtre en l'honneur du compositeur, pastille placée aux côtés des plus grands compositeurs de l’histoire de l’opéra, dont Mozart et Verdi. Cet évènement venait couronner une contribution majeure pour le monde de l’opéra et de la création musicale.