Benjamin Melia, joueur de galoubet-tambourin de Provence
Benjamin Melia, joueur de galoubet-tambourin de Provence

Le galoubet-tambourin : "un marqueur culturel de la Provence" par Benjamin Melia - Culture Prime

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Le galoubet-tambourin, "un marqueur culturel de la Provence" par Benjamin Melia

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Symbole musical de la Provence, le galoubet-tambourin incarne aujourd’hui une tradition qui perdure depuis plusieurs siècles, destinée à faire danser les gens et à célébrer différents événements. Benjamin Melia, tambourinaire, nous présente ce couple emblématique d'instruments.

Benjamin Melia découvre le son du galoubet-tambourin emplissant les rues de Fréjus et Saint-Raphaël (Var) alors qu’il n’est qu’un enfant, à travers l'arrière-boutique de la boulangerie de ses parents. Après un an d’apprentissage et alors âgé de 20 ans, il est nommé professeur de musique traditionnelle au conservatoire de Saint-Raphaël.

Instrument double associant percussion et vent, le galoubet-tambourin est constitué d’une flûte à bec à trois trous et d’un tambourin en bois massif d’environ 30 centimètres de diamètre et 80 centimètres de haut. Il a notamment été popularisé par le poète et philologue provençal Frédéric Mistral, Prix Nobel de littérature en 1904, qui incitait les tambourinaires à jouer lors des bals provençaux pour que leurs instruments ne disparaissent pas au profit des fanfares du début du XXe siècle.

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Mais si cet instrument à bourdon dispose d’une importante littérature traditionnelle principalement constituée de danses, il s’est également ouvert à un répertoire plus contemporain, et a su évoluer pour rester une « image en miniature » de cette région du sud-est de la France, comme l'explique Benjamin Melia.

Détail des décorations du tambourin de Benjamin Melia
Détail des décorations du tambourin de Benjamin Melia

France Musique : Quelle est l’histoire du galoubet-tambourin ?

Benjamin Melia : L'histoire du galoubet-tambourin, c'est tout d'abord l'histoire de la flûte tambourine, c'est-à-dire de la flûte qui se joue avec une main et le tambour qui l'accompagne. Les premières traces, par exemple en Provence, c'est plutôt le Moyen Âge. L'instrument a suivi une trajectoire singulière, notamment selon les régions et les constructions régionalistes.

Notre instrument a fixé son accord au début du XIXᵉ siècle, voire à la fin du XVIIIᵉ. Dans les témoignages que nous avons au début du XIXᵉ siècle, le galoubet-tambourin est devenu l'instrument star avec le mouvement de réveil des nations, notamment le Félibrige et Frédéric Mistral qu'il a mis en vedette.

Comment fonctionne cet instrument ?

Tout d'abord, nous avons le galoubet. C'est une flûte qui se joue à une seule main. Il y a trois trous, un trou pour le pouce, un pour l'index, un pour le majeur qui permet à celui-ci d'être tenu avec une seule main. On arrive à faire les notes que l'on souhaite en soufflant plus ou moins fort, en atteignant ce qu'on appelle les harmoniques. Et nous allons combiner la vitesse de l'air et la position des doigts pour obtenir toutes les notes que l'on souhaite.

Ensuite, nous avons le tambourin qui vient s'ajouter à notre flûte. Il s'agit d'une percussion qui possède deux peaux. La peau sur laquelle nous jouons, c'est une peau plus fine, une peau de veau mort-né. Dessus, c'est un timbre qu'on appelle la chanterelle [qui agit comme un bourdon - NDLR]. De l'autre côté, une peau plus épaisse. La particularité de cet instrument, c'est que le son va être entretenu très longtemps, parce que les molécules d'air vont passer d'une peau à l'autre et rebondir. Notre troisième instrument s'appelle massette, massetto en provençal, que j'utilise non pas pour frapper, mais pour toucher le tambourin.

Est-ce que c’est un instrument facile, ou difficile ?

Il y a une synchronisation main gauche-main droite à mettre en place. Mais finalement, ça se fait de manière assez naturelle. Ce n'est pas plus difficile que de chanter une chanson et taper dans ses mains.

Quel est le répertoire accessible avec le galoubet-tambourin ?

Le galoubet-tambourin, c'est un instrument assez fantastique avec une littérature de plusieurs siècles. Après, il existe le répertoire commun qui est celui, par exemple, des farandoles. On entend le galoubet-tambourin, évidemment, dans les lieux que sont les fêtes traditionnelles, mais on peut entendre du galoubet-tambourin à l'opéra. On peut entendre du galoubet-tambourin dans les scènes de musique contemporaine, dans la scène punk, dans la scène rock... Il y a tout un microcosme créatif à cet endroit. Ce qui est intéressant, c'est qu'on peut rapidement jouer avec d'autres, se faire plaisir, partager des moments.

Quel sentiment le fait d'appartenir à une telle tradition vous procure-t-il ?

Le tambourinaire fait partie d'une tradition d'une longue lignée. Ceci étant dit, cet héritage ne sert pas d'argument d'autorité. Je pense que le tambourinaire d'aujourd'hui doit pouvoir réinventer la pratique et s'autoriser tout ce qu'il peut, tout ce qu'il doit.