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VIDÉO - Le Requiem de Mozart par Laurence Equilbey : "Il composait cette œuvre pour sa propre mort"

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Laurence Equilbey a dirigé à plusieurs reprises le Requiem.
Laurence Equilbey a dirigé à plusieurs reprises le Requiem.
© Maxppp

Mozart meurt avant d’avoir pu terminer son Requiem, mais cette partition est pourtant entrée au panthéon de la musique. Qui l’a achevée ? Quelles sont les parties écrites par Mozart ? Comment diriger une œuvre inachevée ? Réponses avec la cheffe d'orchestre Laurence Equilbey.

Habituée du répertoire mozartien, la cheffe d’orchestre et directrice musicale de l'Insula Orchestra, Laurence Equilbey, a dirigé à plusieurs reprises Le Requiem : « Je l'ai dirigé assez tard dans ma carrière parce que j'avais un peu peur de ce travail musicologique : il faut prendre pratiquement une décision par page. C'est quelque chose qui peut angoisser. » Si la partition du Requiem donne autant de fil à retordre à un chef d’orchestre, c’est qu’elle n'a pas été terminée par Mozart, mort avant de pouvoir achever son œuvre.

Le Requiem, œuvre inachevée en vidéo :

1791 est une année riche pour Mozart. Il compose la Flûte enchantée, la Clémence de Titus, et en juillet, il reçoit la commande d’un Requiem, une messe pour défunts. Le commanditaire tient absolument à rester anonyme : pourquoi ? En réalité, ce jeune comte dont le nom sera connu plus tard, Franz de Walsegg, est un habitué de ce type de demande : « une de ses passions, c'était de jouer de la musique entre amis et de leur faire deviner qui était le compositeur », explique Laurence Equilbey.

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Dès que Mozart reçoit cette commande mystérieuse, il se dédie entièrement à l’écriture de l’œuvre, jusqu’à l’obsession, et alors même que sa santé décline dangereusement. Surmené et épuisé, il compose alité. Il s’acharne sur le Requiem : « Il était certain sur la fin, qu’il allait mourir et qu’il composait cette œuvre pour sa propre mort », souligne Laurence Equilbey. Des amis et des élèves l’entourent, l’aident à écrire, chantent autour de lui. Il meurt dans la nuit du 4 au 5 décembre 1791, vraisemblablement d’une insuffisance rénale. Son Requiem est inachevé.

Les parties écrites par Mozart, et les autres

Sur les huit parties (Introït, Kyrie, Séquence, Offertoire, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei, Communio-Lux Aeterna), certaines sont entièrement écrites par Mozart, dont l’Introït et le Kyrie. Les passages suivants sont plus fragmentaires, mais les indications sont nombreuses, notamment dans la Séquence qui regroupe les tubes du Requiem comme Rex Tremendae, le Confutatis ou le Lacrimosa. « Mozart n’a rédigé que huit mesures du Lacrimosa, il faut le savoir. Et on dit souvent que c'est probablement la dernière mesure de sa vie ». Il laisse quelques fragments vocaux dans l’Offertoire, mais il n’a pas eu le temps d’achever les parties Sanctus, Benedictus et Agnus Dei. Ces parties seront composées par d’autres.

A la mort de Mozart, sa femme Constance veut honorer la commande du Requiem, car les dettes s’accumulent et elle souhaite faire terminer l’œuvre dans l’énergie de son écriture. Elle demande donc l’aide d’amis et d’élèves de Mozart, qui l’ont notamment accompagnés dans les derniers mois de sa vie : Joseph Eybler, Franz Jakob Freystädtler et enfin Franz Xaver Süssmayer. « Süssmayer écrivait la musique un peu de la même façon que Mozart et l'illusion pouvait être parfaite. »

Ce dernier propose la plus célèbre et la plus jouée des versions du Requiem. « Cette version est très bonne, elle résiste depuis 200 ans », convient Laurence Equilbey. Süssmayer décide notamment, à la fin du Requiem, de reprendre le début, comme une boucle bouclée.

Diriger le Requiem à l'époque contemporaine

Puisque le Requiem n'est pas composé dans son entier par Mozart, les chefs peuvent choisir leur propre version. « Ce qui est intéressant, c'est que dans les partitions Urtext (originale), vous avez souvent en annexe ce qu'avait proposé Eybler ou Freystädtler. » Des indications qui peuvent amener à des dilemmes dans la direction. « Chaque chef est confronté à des choix musicologiques, d’autant que de nouveaux arrangements sont désormais proposés par des musicologues contemporains ».

Laurence Equilbey a dirigé le Requiem à plusieurs reprises dans sa carrière. Outre le travail historique nécessaire, elle témoigne du défi que représente la direction de l'œuvre. « Ce qui est difficile, d'abord, c’est qu’il faut un bon chœur : parce qu’il y a des fugues, des endroits contrapuntiques vraiment bien écrits… Et puis, il faut aussi avoir le goût du théâtre, du rythme, de la danse : il y a des moments très légers et très pulsés. Enfin, les musiciens doivent posséder le goût du contraste : pouvoir être complètement transparents ou, au contraire, très incarnés. »

L’œuvre nécessite de nombreuses qualités musicales, de jeu et de direction, et des connaissances musicologiques. Mais malgré cette complexité, l’enthousiasme face à la partition légendaire reste intact pour la cheffe : « Il y a du bonheur, il y a de la peine, il y a de la perte, il y a du deuil…mais il y a aussi beaucoup d'espoir. C’est pratiquement comme une pièce de théâtre… Et finalement, une fois qu’on est entré dans cette histoire, ce n’est pas si dangereux, on se fait vite un ami du Requiem de Mozart».

54 min