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Le târ iranien, comment ça marche ? Avec Sogol Mirzaei

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Sogol Mirzaei et son târ iranien
Sogol Mirzaei et son târ iranien
© Radio France - Mattéo Iachkine

La compositrice et joueuse de târ iranien Sogol Mirzaei nous présente "le roi des instruments", tel qu'on le surnomme en Iran. Apparu vers la fin du XVIIIe siècle, il a une place très importante dans la musique savante iranienne.

Interprète de târ depuis de nombreuses années, Sogol Mirzaei mène aussi une carrière en solo, aussi bien qu’en ensemble avec le trio Chakâm, tout en menant des études d’ethnomusicologie à la Sorbonne. Elle nous dévoile le fonctionnement de son instrument.

Le târ, mode d'emploi en vidéo

France Musique : quelles sont les origines du târ ?

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Sogol Mirzaei : Le târ (en arabe : تار ) est un terme d'origine persane signifiant "corde". Cet instrument fait partie de la grande famille des rabâbs et est apparu en Iran à la fin du XVIIIe siècle. Si on regarde les iconographies de cette région à l'époque, on constate la transformation progressive d’instruments à cordes en târ, jusqu’à ce que ce dernier les remplace complètement. Ainsi, on retrouve aussi le târ en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, et la morphologie de l’instrument peut varier en fonction de ces régions. Mais l'instrument que nous voyons aujourd’hui est bien le tar iranien. Auparavant, c'était un instrument de soliste ou d’accompagnement. Il a lentement été intégré dans les ensembles de musique et aujourd'hui, il peut se jouer aussi bien en ensemble qu'en solo.

Quelles sont les parties qui le composent ?

L’instrument repose sur une caisse de résonance en bois de mûrier évidé. Elle est formée d’une grande partie (en arabe : کاسه) et d’une petite partie (نقاره) qui se rejoignent par la pointe. Sur cette caisse, on tend une membrane très fine en peau de fœtus d’agneau.

La caisse de résonnance d'un târ iranien
La caisse de résonnance d'un târ iranien
© Radio France - Mattéo Iachkine

Un chevalet (خرک) en os de chameau recueille la vibration des cordes (سیم) qui courent le long du manche (دسته), autour duquel sont nouées des frettes en boyau. Certaines sont plus épaisses que d’autres pour que le musicien puisse se repérer lorsqu’il joue.

Le manche d'un târ iranien
Le manche d'un târ iranien
© Radio France - Mattéo Iachkine

Comment produit-on un son avec cet instrument ?

Les cordes doublées, au nombre de trois, sont pincées à l’aide d’un plectre. En fonction de la forme de ce dernier, le târ sonnera différemment. Il y a deux coups de plectre : le coup principal (en arabe : راست) du haut vers le bas et le coup secondaire (چپ) dans l’autre sens. Pour moduler le son et créer les notes, on pose ensuite le doigt derrière la frette correspondante. Le târ est un instrument très sensible et avec tout changement de température, d’humidité ou de pression, il faut le ré-accorder.

Quels styles musicaux peut-on jouer avec le târ ?

Le târ a une place très importante dans la musique savante iranienne. Il fait partie du râdif, le répertoire traditionnel de la musique savante iranienne. La maîtrise de ce râdif permet aux musiciens d’improviser, ce qui est très important dans cette tradition. Personnellement, j’ai aussi joué dans un ensemble de jazz, de la musique ancienne, classique et contemporaine. On peut tout jouer avec cet instrument.

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Que signifie cet instrument pour vous ?

Je trouve que c'est un instrument très noble, pas dans le sens prétentieux ou supérieur, mais dans l'élégance et la puissance du son. Pour moi, le târ a un son très nostalgique : mon pays, la culture, les racines et beaucoup d'émotions personnelles. J'ai l'impression qu'il me déconnecte de tout, mais qu'en même temps il me connecte. Je me retrouve dès que j’en joue.

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