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Les chorales d'enfants associatives : focus sur trois projets artistiques à identité forte

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Chorales associatives : focus sur trois structures
Chorales associatives : focus sur trois structures
© Getty - Jose Luis Pelaez Inc

Trouver une activité chorale extra-scolaire pour son enfant en dehors des maîtrises et des filières voix dans des conservatoires, la tâche s'avère plus compliquée qu'elle n'y paraît. Comment les intégrer ? Qu'est-ce qu'on y chante ? Eléments de réponse à travers le portrait de trois chorales.

Comment trouver la chorale à la mesure de son enfant si l'on veut une activité sur le temps extra-scolaire, sans un engagement intensif et sans lien ni avec l'école ni avec le conservatoire ? Aucun recensement n'est disponible à ce jour, et en dresser un inventaire serait tout simplement impossible car le nombre de chorales d'enfants qui évoluent en parallèle est trop grand et les projets trop hétérogènes, affirme l'association A cœur joie qui rassemble les amateurs du chant choral en France. Un certain nombre des chorales sont répertoriées par les fédérations nationales (dont A cœur joie ou l'Institut français d'art choral) et les Missions voix, mais le plus souvent la découverte se fait par bouche à oreille. Que cherche-t-on en fonction de l'âge de l'enfant, du projet artistique, de la fréquence des répétitions ? Là encore, il y en a pour tous les goûts. A défaut de pouvoir dresser un tableau exhaustif et pour vous donner quelques éléments de réponse, nous avons choisi trois chorales à identité artistique forte.

1. Choeur d'Enfants Sotto Voce, Paris (fondateur et directeur artistique : Scott Alan Prouty)

France Musique : Quelle est la particularité du Choeur d'enfants Sotto Voce ?

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Scott Alan Prouty : C'est un chœur d'enfants exigent parce qu'on donne des concerts, mais on n'est ni une maîtrise ni une chorale de conservatoire. On est un peu entre les deux.  On travaille hors temps scolaire, deux fois par semaine, on fait des tournées et des stages. Le but, c'est d'amener les enfants à une formation en chant, mais surtout de créer une activité forte pour les enfants qui aiment chanter. On a deux chœurs, le chœur de jeunes de 10 à 18 ans et aussi un chœur préparatoire des enfants de 8 à 10 ans. Depuis 2004 nous sommes accueillis au Théâtre du Châtelet à Paris.

J'ai une formation de piano, de chant et de chef de choeur aux Etats-Unis. Quand j'ai commencé en France, j'étais une espèce d'ovni, parce que j'adore la tradition française des maîtrises, mais j'ai aussi cette culture chorale acquise aux Etats-Unis, les comédies musicales, mais aussi la culture du spectacle. Donc on chantait en faisant des gestes, on dansait... pour moi, on ne peut pas dissocier le chant du mouvement, il faut être bien dans ses baskets, être bien à l'aise et pouvoir bouger aussi. Cela ne veut pas dire que tout ce que je fais, je le fais en mouvement, mais on travaille beaucoup sur le côté corporel pour que les enfants soient bien pour chanter.

Est-ce cette expérience de choriste aux Etats-Unis que vous avez transposée dans votre travail avec les enfants de Sotto Voce ?

Oui. Quand j'ai commencé ici en France dans les années 1980, il n'y avait vraiment que les maîtrises, très peu de chœurs d'enfants, et le chant choral commençait tout juste dans les conservatoires, mais c'était vraiment très pauvre à cette époque-là. Et nous, aux Etats-Unis, on avait le chant choral pendant les heures de l'école, un cours tous les jours. Le niveau des chœurs des lycées était très fort, le même que celui d'une maîtrise. Il y avait des chœurs de 120 personnes, et à 17 ans, on avait déjà chanté pendant 10 ans. De plus, si on voulait aller dans une super université, c'était très bien vu de démontrer que vous n'êtes pas juste fort en maths, mais que vous avez également fait de la comédie musicale, de la chorale, que vous étiez un peu moins 'coincés'.

Au début, j'ai beaucoup été critiqué parce qu'on me disait 'On ne peut pas mélanger Gershwin avec Jean-Sébastien Bach', mais la plupart des gens qui viennent à nos concerts aiment un peu tout. Il faut que je fasse très attention aux enchaînements, mais quand j'ai commencé aux Etats-Unis, on pouvait avoir dans un concert de chœur Le cantique de Jean Racine de Fauré, des Duos de Mendelssohn suivis par I got rythm d'Un Américain à Paris.

J'adore faire la comédie musicale avec les enfants parce qu'en tant qu'américain, je peux apporter le dynamisme de la langue et toute ma connaissance du genre. Mais on ne fait pas que ça : on chante du classique parce que je trouve que c'est essentiel qu'ils connaissent le répertoire classique, et on fait aussi la chanson française. Les enfants adorent avoir toute l'étendue du répertoire à leur portée.

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À lire aussi : Votre enfant aime chanter : et si son éveil à la musique passait par le chant choral ?

2. La Chanterie de Lyon (Anne-Marie Cabut, professeure de chant et cheffe de chœur)

France Musique : Quelle est la particularité de la Chanterie de Lyon ?

Anne-Marie Cabut : On est une association d'éducation populaire, un chœur associatif qui existe depuis 1947 et qui est unique en France parce qu'il n'est pas rattaché à aucun conservatoire ou école de musique. L'idée fondatrice était de proposer une activité au plus près des gens. Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'association est née juste après la guerre. A l'époque il y avait très peu d'activités périscolaires, et les enfants qui voulaient chanter, n'avaient pas d'autre solution que d'intégrer les maîtrises des cathédrales. Et le fondateur Christian Wagner voulait offrir la possibilité à chaque enfant de pouvoir chanter dans son quartier, sans égard pour son milieu social. A la grande époque, dans les années 1970 et 1980, il y avait près de mille enfants qui chantaient dans l'association.

Aujourd'hui on fait chanter environ 300 enfants sur l'agglomération lyonnaise, avec la particularité d'avoir aucun enseignant rémunéré pour cela. C'est une activité de proximité : les enfants sont regroupés en petits groupes de 10 à 25 dans les quartiers, et les encadrants sont bénévoles, formés par les professionnels. On a par exemple beaucoup de jeunes qui sont en formation pour devenir enseignants, et l'association leur offre cette formation-là.

La Chanterie de Lyon est constituée de 4 choeurs en fonction de l'âge des choristes : les Cantourelles (5-8 ans), les Chanteries (8-12 ans), les Mik’ados (12-18 ans) et la Cigale de Lyon (8-18 ans).  Il n'y a aucune audition pour personne, tous les enfants qui veulent chanter sont les bienvenus, d'où qu'ils viennent.

Pour la Cigale, choeur pilote de l'association, on passe une audition, mais il est composé à 60% de choristes qui ont fait tout le parcours au sein de l'association, et le reste sont des choristes qui viennent d'ailleurs.

Comment sont organisées les séances de travail ?

Chaque petit groupe travaille une heure par semaine avec son chef de chœur sur un programme qui est pensé et préparé collectivement avec l'ensemble des chefs de chœur et sous l'égide d'un chef de chœur professionnel. Une fois par trimestre on réunit tous les groupes avec leur chef pour travailler ensemble sur ce programme commun. On a un projet global sur année où toutes les chorales chantent ensemble, ainsi que des grandes productions tous les trois ans avec l'ensemble de l'association : à la fois les petits et les grands, un spectacle commun qu'on imagine ensemble. C'est très fédérateur pour les enfants et très formateur pour les intervenants qui peuvent échanger et enrichir leur expérience sur les projets qu'ils travaillent à plusieurs.

Quel est le répertoire chanté en fonction de l'âge des enfants ?

Entre cinq et huit ans, c'est vraiment un éveil vocal basé sur une pédagogie autour du jeu vocal, de la découverte vocale, de la respiration, de comment on met en scène une mélodie, un travail de l'unisson, très axé sur la chanson.

Pour les plus grands, ça peut être aussi les chansons du monde en différentes langues, avec une ouverture sur la polyphonie qui se complexifie de plus en plus avec l'âge. On chante du répertoire sacré, le répertoire choral classique et contemporain et on passe aussi des commandes, notamment pour La Cigale.

Nos spectacles sont toujours associés au mouvement, mis en espace, il y a toujours une réflexion autour de la scénographie, notamment pour les plus jeunes.

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3. Jeune Académie Vocale d’Aquitaine, J.A.V.A., Bordeaux (Marie Chavanel, fondatrice et cheffe de chœur)

France Musique : Quelle est la particularité de la chorale J.A.V.A. ?

Marie Chavanel : Notre association rassemble des jeunes de 6 à 22 ans au sein de trois chorales : J.A.V.A. Juniors, le Chœur et l’Atelier.

Ce sont uniquement des enfants qui veulent chanter. Une fois par semaine, j'ai une professeure de chant qui vient vérifier si tout est bien en place. Les petits ont une heure par semaine, les grands deux. Mais ce n'est pas parce que c'est un chœur d'enfants que nous n'avons aucune exigence de niveau. C'est vrai que dans la tête des gens, une maîtrise est plus valorisante qu'un chœur d'enfants. Chez nous, les petits de 6 ans sont déjà dans une posture chorale et travaillent la technique du chant choral et les bases de la scène. Dans le chœur principal, se sont 50 enfants de 11 à 18 ans, et pour ceux qui ne voulaient pas partir, nous avons créé un atelier qui se réunit ponctuellement en fonction des projets.

Nous faisons auditionner les enfants parce que parfois la demande dépasse le nombre de places, mais en général tout le monde est pris, je n'ai jamais refusé d'enfants. Nos choristes viennent de tous les horizons. Le principal critère reste la motivation pour chanter ensemble.

Quel est le répértoire que vous abordez avec différents groupes ?

On fait un peu de tout. Du classique de toutes les esthétiques. Ce qui est particulier, c'est qu'on travaille régulièrement avec l'opéra de Bordeaux, avec lequel nous avons monté le Messie de Haendel, par exemple. Mais nous avons aussi participé dans différentes productions, comme L’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel, la Symphonie no.9 de Beethoven, Pelléas et Mélisande de Debussy ou Werther de Massenet.  On a chanté du Verdi, du Puccini, du Berlioz. Ces collaborations avec l'Opéra de Bordeaux nous permettent de chanter avec l'orchestre, chose qu'une petite structure comme la notre ne pourrait se permettre. On travaille également de la musique traditionnelle et les musiques actuelles.

Par exemple, on a monté Carmen en visio parce que l'Opéra de Bordeaux nous a demandé de participer à cette production. On s'est adapté, mais cette expérience nous a fatigué. Ceci étant dit, les enfants ne viennent pas chez nous parce qu'ils veulent chanter de l'opéra. Nous couvrons un répertoire bien plus large.

Que deviennent vos choristes après avoir quitté l'association ?

Pour ceux qui veulent continuer à chanter, et ils sont nombreux, nous avons créé l'Atelier des grands. Certains se sont orienté vers les métiers de la musique ou vers la direction de chœur. Ou vers d'autres métiers sans lien avec la musique, mais ils ont bénéficié des années de chant en collectif. Je dis toujours que chanter dans les chœurs de J.A.V.A, c'est une école de la vie.

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