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"Lieux de mémoire sonore" de L Velasco-Pufleau & L Atlani-Duault-Sélection Prix du Livre FM-Claude Samuel 2022

" Lieux de mémoire sonore. Des sons pour survivre, des sons pour tuer " de Luis Velasco-Pufleau et Laëtitia Atlani-Duault. Maison des Sciences de l’Homme.
" Lieux de mémoire sonore. Des sons pour survivre, des sons pour tuer " de Luis Velasco-Pufleau et Laëtitia Atlani-Duault. Maison des Sciences de l’Homme.

Sélectionné pour le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2022, " Lieux de mémoire sonore. Des sons pour survivre, des sons pour tuer " de Luis Velasco-Pufleau et Laëtitia Atlani-Duault est publié chez Maison des Sciences de l’Homme.  

Le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel a retenu cet ouvrage pour La Sélection 2022 :

Le livre

Quels sens donner aux pratiques sonores et musicales dans les situations de violence organisée ? Comment penser la relation dynamique qu'entretient le son avec l’expérience sensible des lieux, des personnes et des événements ? Ce livre est organisé autour de deux propositions.
La première est que les expériences sonores en contexte de violence organisée peuvent être comprises non seulement comme des événements politiques, mais comme ce que nous proposons d’appeler des « lieux de mémoire sonore ».
Notre seconde proposition est que ces lieux de mémoire sonore peuvent être appréhendés sous une double perspective, à la fois la face noire et la face lumineuse d’un même phénomène. D’une part, le son, la musique et le silence sont utilisés comme des armes en contexte de violence organisée, que cela soit par exemple dans certains lieux de détention ou en situation de guerre ou de conflit politique. D’autre part, ils constituent des ressources symboliques qui contribuent à la (re)construction de subjectivités, notamment dans des situations faisant suite à des expériences d’exil forcé et de violence organisée.
Lieux de mémoire sonore est une somme sur les usages des sons et des pratiques musicales dans des situations de crise humanitaire, de guerre civile, d’exil ou de catastrophe naturelle. Ce travail conjoint entre chercheurs et musiciens présente différents contextes de violence organisée, et les exemples choisis couvrent de nombreuses régions du globe, depuis le Liban, la Syrie ou le Vanuatu jusqu’au Canada, au Viêt Nam et plusieurs pays européens.

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Les auteurs

Laëtitia Atlani-Duault est anthropologue, directrice de recherche (Université de Paris, IRD, INSERM, Ceped), et présidente de l’Institut Covid19 Ad Memoriam (Université de Paris), dédié à la mémoire de la pandémie, qu’elle a fondé. Elle est également professeur affiliée à l’Université Columbia de New York et directrice d’un centre de recherche d’excellence de l’Organisation mondiale de la santé**.** Ses travaux portent sur les expériences, traces et mémoires - ordinaires comme extraordinaires - des crises politiques et sanitaires. Elle explore au fil des ans les liens entre mémoire et politique dans des contextes et des situations multiples, qu’ils relèvent des violences sexuelles organisées (elle est membre de la Commission d’enquête indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise de France, qui vient de rendre son rapport), d’épidémies (de sida, d’ebola, ou aujourd’hui de Covid19 - elle est ainsi membre du conseil scientifique covid19), ou de situation de conflit (en Asie centrale, dans le Caucase, en Syrie, ect.). Elle a publié de nombreux livres, numéros spéciaux de revue et articles dans des revues internationales et ses travaux ont été récompensés par la médaille de bronze du CNRS (2008), l’ordre des palmes académiques (2018) et la légion d’honneur (2022).
Luis Velasco-Pufleau est Marie Skłodowska-Curie Global Fellow à l’Université de Berne et à l’Université McGill. Musicien et musicologue spécialiste de la musique des XXe et XXIe siècles, ses recherches actuelles portent sur les liens entre musique, éthique et politique dans les sociétés contemporaines. Après une thèse de doctorat à Sorbonne Université, il a été chercheur post-doctorant à l’EHESS et à l’Université de Salzbourg, ainsi que Balzan visiting fellow à l’Université d’Oxford. Il est rédacteur en chef du carnet de recherche Music, Sound and Conflict, co-directeur de la revue Transposition. Musique et sciences sociales et membre élu de la Jeune Académie suisse.

3 questions à Laëtitia Atlani-Duault & Luis Velasco-Pufleau

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ?

Notre livre est le fruit d’une complicité intellectuelle et d’une collaboration scientifique de dix ans. Alors jeune docteur, Luis est venu assister en auditeur libre au séminaire annuel de Läetitia à l’EHESS consacré à l’anthropologie politique critique. Nous nous sommes repérés et avons eu dans l’idée, un jour peut-être, de croiser nos recherches, à l’intersection de questionnements sur la musique pour l’un, sur la mémoire pour l’autre. Puis quelques années ont passé, Laëtitia est partie vivre aux Etats Unis, Luis en Suisse. En 2018, de retour en France, Laëtitia a proposé à Luis une session de travail à bâtons rompus et l’idée que nous cherchions s’est imposée comme une évidence : la musique comme « lieu de mémoire sonore » en contexte de violence organisée. Pour cela, nous avons réuni des chercheurs et musiciens issus de mondes très différents, aux disciplines variées (musicologues, ethnomusicologues, anthropologues, sociologues, psychiatres, chercheurs en littérature) et venus d’Europe (France, Suisse, Allemagne), d’Afrique (Soudan), du Moyen Orient (Liban), d’Asie (Vietnam), de Mélanésie (Vanuatu) et d’Amérique centrale (Venezuela) et du Nord (USA, Canada). Sur la base d’une première version du livre, nous les avons alors tous réunis à Paris pour un atelier d’écriture consacré à la relecture et au débat qui donne au livre son caractère très construit, avec des textes qui non seulement s’emparent d’une idée originale et la confrontent à leurs terrains respectifs, mais se répondent et se font écho. Notre livre occupe une place particulière dans nos carrières respectives car il propose une analyse que nous n’avions pas développée dans nos publications antérieures, dont le dépassement a été rendu possible par le croisement de nos recherches, comme nous l’avions imaginé, sans forcément y croire, il y a dix ans. 

  • Qu’avez-vous cherché à montrer avec cet ouvrage ?

Lieux de mémoire sonore renouvelle la façon de penser les liens entre musique et mémoire. Le livre est organisé autour de deux propositions,que l’on a voulu tester et saisir dans leurs réalités à la fois matérielles et symboliques dans des contextes et selon des approches variées. La première est que les expériences sonores en contexte de violence peuvent être comprises comme ce que nous proposons d’appeler des « lieux de mémoire sonore ». La seconde est que ces lieux de mémoire sonore peuvent être appréhendés sous une double perspective, qui constituent la face noire et la face lumineuse d’un même phénomène. D’une part, la musique, le son et le silence sont des armes, que cela soit par exemple en prison ou en situation de guerre ou de conflit politique. D’autre part, ils contribuent à la (re)construction de subjectivités, notamment dans des situations faisant suite à des expériences d’exil forcé et de violence organisée. Dans tous les cas, ces lieux de mémoire sonore constituent des ressources immatérielles constitutives des êtres humains, qui peuvent être mobilisées tout autant comme des outils de survie que comme des dispositifs de surveillance, de torture et destruction.

  • Quels sont vos prochains projets ?

Étant donné sa réception en France, nous travaillons à une publication en anglais de ce livre, qui sera enrichie de plusieurs chapitres inédits. Nous pensons aussi (re)monter une conférence-concert, comme nous l’avions organisé à la Philharmonie en octobre 2020, journée qui a dû être annulée trois jours avant la date prévue pour cause de second confinement. Nous aimerions y tester le concept de lieu de mémoire sonore en dehors même des contextes de violence, comme nous y encouragent de nombreux retours sur le livre.

Par ailleurs, chacun d’entre nous poursuit ses recherches : sur la mémoire des crises politiques et sanitaires pour l’une, en particulier via l’Institut Covid19 Ad memoriam qu’elle a fondé récemment à l’Université de Paris ; sur les liens entre musique, éthique et politique au XXIe siècle pour l’autre, notamment en collaboration avec des compositeurs et compositrices qu’explorent de nouvelles façons d’écouter et de rendre audible les luttes pour la justice sociale et les droits humains.