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Mambo, jazz, be-bop et opéra : les ingrédients du West Side Story de Bernstein

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Légende : La musique de West Side Story rassemble plusieurs styles chers au compositeurs.
Légende : La musique de West Side Story rassemble plusieurs styles chers au compositeurs.
© Getty - getty

La partition de West Side Story est riche et complexe, à l'image de son compositeur, Leonard Bernstein. Laurent Valière raconte la génèse du chef-d'œuvre, rencontre entre quatre artistes talentueux : Jerome Robbins, Arthur Laurents, Stephen Sondheim et Leonard Bernstein.

La comédie musicale West Side Story n’en finit pas de triompher. Présentée pour la première fois à Broadway en 1957, elle y est toujours jouée. Forte de son succès international, elle est adaptée au cinéma en 1961. L'œuvre reçoit dix Oscars et s’ancre dans la culture populaire. Cinquante ans plus tard, Steven Spielberg réadapte ce classique sur grand écran.

La musique de West Side Story en vidéo :

Ce drame inspiré de Roméo et Juliette de Shakespeare relate l’affrontement de deux gangs à New York, les Jets et les Sharks et l’amour impossible de Tony et Maria, issus de ces clans rivaux. Devenu incontournable, West Side Story doit son succès aux chorégraphies de Jerome Robbins, au livret d’Arthur Laurents, aux paroles des chansons, comme « Maria » ou « Tonight », écrites par Stephen Sondheim et bien sûr à la musique de Leonard Bernstein.

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Le compositeur américain signe une partition novatrice et complexe dans l’univers de la comédie musicale. « Normalement, dans les comédies musicales, vous avez des chansons, presque de variété dans le rythme, ce sont des rengaines, les chansons d'Irving Berlin, les chansons de Jerome Kern... souligne Laurent Valière, producteur du podcast La Story de West Side Story, mais lui pouvait s'amuser à triturer les airs qu'il composait. Passer de deux temps à quatre temps. Ajouter ensuite des trois temps pour faire des trucs très compliqués, comme si c'était un opéra ou comme si c'était un groupe de jazz qui jouait. »

Au moment de l’écriture, le compositeur est très demandé. « Il a fait ça en plus de plein d'autres choses : il était en train de créer une opérette autour de Candide. Il allait diriger l'orchestre d'Israël...», explique Laurent Valière. Il doit donc composer West Side Story en peu de temps et il va piocher dans des créations déjà écrites « Il n'aimait pas laisser une partition dans un tiroir. Il a donc utilisé des airs qu’il avait composé pour d’autres œuvres, comme le mambo par exemple. »

La musique au service des chorégraphies

Néanmoins, il compose en parfaite collaboration avec ses coéquipiers, et notamment Jerome Robbins, qui s’occupe de la mise en scène et de la chorégraphie. « Leonard Bernstein racontait qu'il a composé West Story avec la main de Jerome Robbins sur son épaule, qui n'hésitait pas à lui dire : "Ah, là, est-ce que tu pourrais faire un peu plus long parce que j'ai besoin d'un peu plus de mouvement de danse ?”. Ça s'est vraiment fait à deux, mais sur commande de la narration de Jerome Robbins. »

La plupart des univers de Leonard Bernstein sont représentés dans West Side Story. On retrouve d'abord des rythmes latin, chers à Leonard Bernstein. « Dans les années 1940, il avait été étudié en Floride et il avait déjà composé quelques pièces, quelques opérettes avec ses rythmes. »

Mais aussi un lyrisme identifiable dans les chansons « Maria » ou « Tonight ». Berstein utilise également tout au long de son œuvre un intervalle caractéristique : le triton - une distance entre deux notes qui semble non-résolu et provoque un sentiment de malaise et de tension. Cet intervalle est aussi nommé « Diabolus in musica », le diable en musique.

Tellement innovante, la partition de West Side Story effraie au premier abord l’éditeur de Leonard Bernstein, précise Laurent Valière : « Quand il va écouter pour la première fois la partition, il lui dira : Non, mais on ne va pas publier ça. On ne va pas éditer ça. Il n'y a rien de fredonnable. On n'en veut pas. »

Une célébrité à double tranchant

A sa sortie le succès de la comédie musicale est immense et traverse l'Atlantique. Quatre ans après la Première à Broadway, la version cinématographique offre à la musique de Bernstein une visibilité internationale. Il assure dans une interview en 1981, être très satisfait de cette œuvre : « Chaque chose à quelque chose à faire avec l’autre, thématiquement, harmoniquement, du point de vue de la constellation des notes, le jeu de notes, comme disait Stravinsky. C’est une œuvre, et j’en suis très fier. »

Mais la musique devient si populaire que le compositeur est souvent associé, de façon exclusive, à cette création, jusqu’à ce qu’il s’en lasse : « Bernstein détestait qu'on lui rappelle toujours West Side Story, explique Laurent Valière. Au bout d'un moment, il en avait marre : il a fait d'autres choses, il a été chef d'orchestre, etc. Mais je pense, pour le grand public, ça veut dire quelque chose... Mais c'était réducteur pour lui. »

Retrouver le podcast La Story de West Side Story, par Laurent Valière sur France Musique.

Retrouver la musique de Leonard Bernstein sur l'espace concert de France Musique.