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"Maria Youdina - Pierre Souvtchinsky, correspondance"-Sélection du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel

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Couverture du livre "Maria Youdina - Pierre Souvtchinsky, correspondance et documents (1959-1970). Trad Jean-Pierre Collot (Contrechamps), dans la Sélection 2021 du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel
Couverture du livre "Maria Youdina - Pierre Souvtchinsky, correspondance et documents (1959-1970). Trad Jean-Pierre Collot (Contrechamps), dans la Sélection 2021 du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel

Sélectionné pour le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2021, "Maria Youdina - Pierre Souvtchinsky, correspondance et documents (1959-1970). Trad Jean-Pierre Collot est publié chez Contrechamps.

La Sélection 2021 du Prix du Livre France-Musique Claude Samuel
La Sélection 2021 du Prix du Livre France-Musique Claude Samuel

Le livre

Le livre invite à une expérience particulière d'immersion dans une pensée, dans une époque mais aussi dans l'alchimie de l'interprétation musicale. L'intégrale de la correspondance de deux figures majeures de la culture russe au XXe siècle, Maria Youdina et Piotr (Pierre) Souvtchinsky, y est replacée dans un espace plus vaste encore, celui des relations que la géniale pianiste russe entretenait avec l'Occident. Les 130 lettres de la correspondance Youdina/Souvtchinsky, fil conducteur du livre, se détachent ainsi sur l'immense toile de fond des lettres échangées par Youdina avec certaines très grandes figures de la musique et de la philosophie occidentales: Adorno, Boulez, Jolivet, Messiaen, Nono, Stockhausen, Stravinsky, Xenakis, mais également avec certaines figures-clefs de la culture russe comme Bakhtine, Chostakovitch, Evtouchenko, Soljénitsyne.
Près d'une cinquantaine de lettres inédites ont été découvertes au fil des recherches dans les archives françaises et russes. À la suite de la correspondance et répartis au gré des notes sont livrés quelques-uns des articles essentiels que Maria Youdina a écrit durant les cinq dernières années de sa vie, ainsi que certains textes importants de Souvtchinsky. À la fin de l'ouvrage est livrée une discographie très fouillée de la pianiste, par compositeurs.  Enfin, deux CDs de documents rares, souvent inaccessibles jusqu'à présent, complètent l'ouvrage: voix de la pianiste commentant les Tableaux d'une exposition de Moussorgski, Kreisleriana de Schumann sur le vif à Moscou en 1951, Variations de Webern en deux versions différentes, etc.

L'éditeur et traducteur

Jean-Pierre Collot est pianiste, formé au CNSM de Paris où il a obtenu les premiers prix de piano, musique de chambre et accompagnement dans les classes de Jean-Claude Pennetier, Christian Ivaldi et Jean Koerner. À travers l'enseignement de professeurs tels que Elena Varvarova, Evgueni Malinine ou Rudolf Kerer et une attirance profonde pour l'histoire de l'interprétation, la tradition russe a également exercé sur lui une influence déterminante. Études de russe à l'Inalco, interrompues par un départ à l'étranger.
De 2003 à 2017, il a été membre de l'Ensemble Recherche, basé à Freiburg im Breisgau, avec lequelil s'est produit dans de très nombreux pays. Il a plus d'une vingtaine de CDs à son actif.

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  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ?

Une place très particulière et à la fois essentielle puisque qu'il s'agit de mon premier ouvrage "papier". Il a été nourri par de nombreux voyages vers l'Est au gré des tournées (Russie, Ukraine, Géorgie, Ouzbékistan...) qui m'ont permis de découvrir peu à peu le legs littéraire considérable de Maria Youdina édité en russe – une biographie, sept volumes de correspondance, trois volumes de témoignages, deux livres que sa disciple Marina Drozdova lui a consacrés – et de collecter au fur et à mesure tous ses enregistrements.
Le "déclic" a cependant été la lecture des lettres que s'étaient échangées Youdina et Souvtchinsky. Il m'est brusquement apparu impensable que le public français n'ait pas accès à ces échanges. À Moscou, en cette fin des années 1950, grâce en partie à Souvtchinsky, Maria Youdina était en possession de partitions de Pierre Boulez, de Karlheinz Stockhausen, de Iannis Xenakis, de Luigi Nono et d'Olivier Messiaen: presque une « aberration spatio-temporelle », pour reprendre les vers de Soloviov que cite Youdina dans une lettre de novembre 1959 !
J'étais cependant loin de penser, en commençant le travail de traduction, qu'une cinquantaine de documents inédits – manuscrits – seraient découverts à Moscou, à Paris, à Bâle ou à Kürten.

  • Qu’avez-vous cherché à montrer avec cet ouvrage?

Cet ouvrage est avant tout l'œuvre d'un pianiste. Rendre hommage à Maria Youdina et à Piotr Souvtchinsky, c'est chercher à éclairer cette zone mystérieuse qu'on appelle l'interprétation, chercher à comprendre de quoi celle-ci se nourrit; c'est s'interroger sur la nature de la lumière dont l'œuvre, tel un vitrail, est traversée. C'est également entendre les injonctions de Youdina et de Souvtchinsky comme une invitation à investir l'espace de la création musicale de façon tout à la fois exigeante et expérimentale, tant au niveau de la composition que de l'interprétation.  

  • Quels sont vos prochains projets ?

Mon prochain projet éditorial concerne les écrits d'Arnold Schönberg, dont certains sont encore inédits en français. Dans le domaine russe, j'aimerais ensuite me pencher sur une autre grande figure méconnue: le disciple de Webern Philipp Herschkowicz, auteur d'analyses remarquables, notamment de l'œuvre beethovénienne.
Au piano, je viens d'enregistrer un programme, à paraître en CD, confrontant deux géants de la musique allemande: Beethoven (Symphonie Pastorale, transcription de Liszt) et Helmut Lachenmann (Serynade [1998] et Marche fatale [2017]). 

À réécouter : Édité, traduit par Jean-Pierre Collot : "Maria Youdina - Pierre Souvtchinsky. Correspondance (1959-1970)"