Publicité

Musique et surréalisme en France d'Henri Gonnard-Sélection du Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2022

Couverture du livre " Musique et surréalisme en France d’Erik Satie à Pierre Boulez " d'Henri Gonnard. Honoré Champion
Couverture du livre " Musique et surréalisme en France d’Erik Satie à Pierre Boulez " d'Henri Gonnard. Honoré Champion

Sélectionné pour le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel 2022, " Musique et surréalisme en France d’Erik Satie à Pierre Boulez " d'Henri Gonnard est publié chez Honoré Champion.

Le Prix du Livre France Musique-Claude Samuel a retenu cet ouvrage pour La Sélection 2022 :

Le livre

Penser la musique à travers ses rapports problématiques avec le mouvement surréaliste, tel est le propos du présent ouvrage. Ce détour est une manière de « faire parler » un choix de compositions qu’il met par là à distance, le cas échéant, du néoclassicisme. Mais celles-ci contribuent inversement à montrer la fécondité d’une aventure de l’esprit qui, non contente de tirer son nom de la qualification donnée par Apollinaire à une œuvre dans laquelle la musique prend part – Parade (1917) d’Erik Satie –, est toujours agissante en tant que « centre et absence » du Marteau sans maître (1955) de Pierre Boulez et au-delà. La préface est signée Caroline Potter.

Publicité

L'auteur

Rattaché à l’unité de recherche interdisciplinaire Interactions culturelles et discursives (ICD), Henri Gonnard enseigne la musicologie à l’université de Tours. Il a notamment dirigé et codirigé des ouvrages collectifs dont l’un en partenariat avec l’université espagnole de Grenade (2017) où il a été Visiting Professor. Chez Honoré Champion, il a publié La musique modale en France de Berlioz à Debussy (2000) et une Introduction à la musique tonale (2011, trad. en japonais en 2015).

3 questions à Henri Gonnard

  • Quelle est la place de cet ouvrage dans votre carrière ?

Il illustre l’axe comparatiste de mes investigations − musique, littérature, esthétique −, l’autre axe étant théorique et analytique. Compte tenu à la fois de l’importance de cette aventure de l’esprit que fut le surréalisme et de la complexité de ses rapports avec l’art des sons, ce travail m’habitait depuis de nombreuses années. La confrontation avec des questions réputées difficiles a en effet toujours été pour moi stimulante. En l’espèce, penser ensemble ce qui ne l’est pas d’habitude − la musique savante occidentale et le surréalisme − aura permis d’être en résonance avec le goût des membres de ce mouvement pour les rencontres inattendues et la fécondité du paradoxe par le dépassement des antinomies.

Pour autant, élaborer un livre dont la stratégie du détour propre au comparatisme préserve l’accessibilité est aussi une activité que j’ai aimé mener. C’est pourquoi, en contraste avec mes précédents ouvrages, le vocabulaire technique de l’analyse musicale n’y figure que de façon ponctuelle. Dans le même ordre d’idée, sa concision résulte du souhait de ne pas amener son orientation réflexive à le rendre rébarbatif.

  • Qu’avez-vous cherché à montrer avec cet ouvrage ?

Sans chercher en aucune manière à gommer les zones d’ombre du surréalisme − l’essentialisation du féminin, par exemple, que le développement des études de genre fait ressortir aujourd’hui −, ce livre vise à montrer que, dans la lignée de l’intuition première d’André Breton, le mouvement peut se décliner de quelque façon que ce soit pour exprimer « le fonctionnement réel de la pensée ». De sorte que par-delà les conditions historiques, sociales, littéraires, esthétiques et humaines d’où jaillit le surréalisme et qui l’amenèrent à rejeter la musique, non seulement cette dernière l’accompagna durant toute son existence mais elle contribua encore à témoigner de sa fécondité. À l’inverse, appréhender des partitions à l’aune de cette aventure de l’esprit peut conduire, sans aller jusqu’à les qualifier de « surréalistes », à leur donner leur véritable dimension.

Il m’est apparu pertinent dans ce cadre de serrer au plus près l’évolution de la pensée du chef de file du surréalisme en la matière puisqu’il en arriva à mettre en avant, dans « Silence d’or » (1944), la portée du renouvellement possible de ces deux « forces » complémentaires que constituent la poésie et la musique − sans parler de la mise en exergue de ce qui apparaît en filigrane dans d’autres textes théoriques de Breton et qui valorise l’art musical à son insu.  

  • Quels sont vos prochains projets ?

Je suis coorganisateur au sein de l’unité de recherches Interactions culturelles et discursives d’un colloque interdisciplinaire sur la question des libertés et des contraintes (culture, politique, genres) qui se tiendra du 18 au 20 mai prochains à l’université de Tours et dont les actes seront publiés. Je participerai d’ici-là (du 28 au 30 mars) au colloque Déclinaisons du risque. Une archéologie des imaginaires esthético-littéraires du XXe siècle à nos jours à l’université de Turin ; cette rencontre me permettra de continuer à explorer des productions de Maurice Ravel à la lumière de son besoin constant de se réinventer et de se mettre en danger, bien loin du néoclassicisme sous la bannière duquel il est d’ordinaire rangé. Je prévois par ailleurs de regrouper en un volume mes travaux sur le romantisme et le symbolisme (en particulier ceux consacrés à Schumann, Fauré et Debussy), un certain nombre d’entre eux ayant paru à l’étranger.

Je souhaite enfin continuer à animer des cafés surréalistes rassemblant des étudiantes et des étudiants. Je suis en effet frappé par le fait que les jeunes générations, dans le contexte difficile qui est le leur, sont prêtes à trouver aujourd’hui dans le mouvement des raisons de ne pas désespérer et, collectivement, de donner du sens à l’aventure humaine. André Breton ne disait-il pas que « Le surréalisme est né d’une affirmation de foi sans limites dans le génie de la jeunesse » ?