L'Opéra de Vienne n'engagera pas de nouveau directeur musical après Philippe Jordan

Directeur musical de l'Opéra de Vienne depuis 2020, le chef d'orchestre Philippe Jordan a annoncé qu'il quitterait ses fonctions en 2025
Directeur musical de l'Opéra de Vienne depuis 2020, le chef d'orchestre Philippe Jordan a annoncé qu'il quitterait ses fonctions en 2025 - Elsa Haberer / Opéra national de Paris
Directeur musical de l'Opéra de Vienne depuis 2020, le chef d'orchestre Philippe Jordan a annoncé qu'il quitterait ses fonctions en 2025 - Elsa Haberer / Opéra national de Paris
Directeur musical de l'Opéra de Vienne depuis 2020, le chef d'orchestre Philippe Jordan a annoncé qu'il quitterait ses fonctions en 2025 - Elsa Haberer / Opéra national de Paris
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Dans une interview au quotidien autrichien Der Standard, le directeur du Staatsoper de Vienne Bogdan Roscic a déclaré que l'institution n'engagerait pas de nouveau directeur musical après le départ de Philippe Jordan en 2025.

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À la rentrée 2025, le départ de Philippe Jordan laissera l’ Opéra de Vienne sans directeur musical. Une situation qui n'étonne pas Christian Merlin, critique musical au Figaro, voix d’ Au Cœur de l’orchestre sur France Musique et auteur d'un livre sur l'orchestre philharmonique de Vienne : “Je ne suis pas vraiment surpris, il n’y a pas toujours eu ce poste à l’Opéra de Vienne. Les périodes où il y a eu un directeur musical sont plutôt minoritaires, et il y a dans l’histoire récente des exemples de directeurs musicaux qui ne sont pas restés longtemps, comme Philippe Jordan ou Franz Welser-Möst. C’est un poste qui ne va pas de soi.

Ces départs prématurés s'expliquent en partie par le cadre limité dans lequel évoluent aujourd'hui les directeurs musicaux, nous explique Christian Merlin. Auparavant, les chefs étaient en effet partie prenante des décisions sur tous les plans : ”Il y a eu beaucoup de chefs d’orchestre à la tête de l’Opéra de Vienne : Gustav Mahler, Clemens Krauss, Herbert von Karajan, Karl Böhm, etc. Mais ils n’étaient pas directeurs musicaux, ils étaient directeurs généraux, ils maîtrisaient tous les rouages ! C’est peut-être la une des clés de cette histoire, le directeur musical est pris entre le directeur général et l’orchestre.” Une marge de manœuvre limitée qui peut donc être frustrante pour des chefs qui ont l'habitude d'avoir la mainmise sur leur orchestre : "Le directeur musical d’un opéra aime avoir un regard sur la programmation, sur les distributions, sur le choix des mises en scène. À l’Opéra de Vienne, ça n’est pas vraiment le cas.

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Un statut à part

Contrairement à la plupart des opéras qui ont leur orchestre attitré, le Staatsoper doit également composer avec l'Orchestre Philharmonique de Vienne, dont le fonctionnement est totalement indépendant : “Le Philharmonique de Vienne, c’est l’orchestre de l’opéra qui se constitue en association privée et auto-gérée. Il a donc une double-activité. Quand l'orchestre est en tournée, avec une grosse œuvre qui réclame 90 ou 100 musiciens, il faut bien que l’opéra continue de fonctionner. Dans ces cas-là, on programme à Vienne des œuvres à effectif léger. Quand vous voyez que Les Noces de Figaro et le Barbier de Séville alternent à l’Opéra de Vienne, vous savez tout de suite que le Philharmonique de Vienne est en tournée" s'amuse Christian Merlin. Une situation qui donne à l'orchestre philharmonique une priorité dans les décisions programmatiques de la maison Viennoise : “L’Opéra de Vienne est le seul que je connaisse où le planning est fait en fonction de son orchestre, qui s’est constitué sur l'idée d’indépendance, d’auto-gestion et n’a pas de directeur musical quand il est l'Orchestre Philharmonique de Vienne. Il n’accepte pas d’autorité à sa tête, alors pourquoi l’accepterait-il quand il est à l’opéra ? C’est là-dessus que ça a coincé avec tous les chefs qui sont partis.

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Vers une généralisation ?

Avec des velléités grandissantes d'indépendance dans leur fonctionnement, de plus en plus d'orchestres pourraient décider de se passer d'un directeur musical, d'autant que cela représente des économies pour des budgets en régression. Pourtant, le cas de Vienne est le fruit d'un contexte local particulier, qu'il serait trompeur de généraliser :“Il faut être très vigilant et regarder les situations au cas par cas. Moi-même j’avais des doutes sur la nécessité d’un directeur musical à l’Opéra de Paris, mais le mandat extrêmement fructueux de Philippe Jordan a prouvé que cela pouvait vraiment monter le niveau. C’est ce qui est encore en train de se passer avec Gustavo Dudamel. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ”

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