Cate Blanchett en cheffe d'orchestre dans le film "Tár" de Todd Field en salles le 25 janvier
Cate Blanchett en cheffe d'orchestre dans le film "Tár" de Todd Field en salles le 25 janvier - 2022 Focus Features, LLC
Cate Blanchett en cheffe d'orchestre dans le film "Tár" de Todd Field en salles le 25 janvier - 2022 Focus Features, LLC
Cate Blanchett en cheffe d'orchestre dans le film "Tár" de Todd Field en salles le 25 janvier - 2022 Focus Features, LLC
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Que révèle "Tár" de Todd Field sur les coulisses du monde de la musique classique ? La cheffe d'orchestre Claire Gibault nous dit ce qu'elle a pensé du film, de l'incarnation par Cate Blanchett, qui lui a notamment valu le Prix d'interprétation à la Mostra de Venise et une nomination aux Oscars.

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Alors qu'en mars 2022, le journal Libération titrait un de ses articles Où sont les cheffes d'orchestres ?, aujourd'hui, ce n’est pas un mais deux films qui sortent en salle et qui dessinent des portraits de femmes cheffes d’orchestre. Le premier,  Divertimento, retrace l’histoire vraie de Zahia Ziouani, jeune cheffe d’orchestre d’origine algérienne, qui a grandi en Seine Saint Denis et qui avec sa baguette, va briser un plafond de verre en créant son propre ensemble. Le second, Tár, de de Todd Field avec en rôle-titre Cate Blanchett, en lice pour l’Oscar de la meilleure actrice, incarne une compositrice cheffe, narcissique, tyrannique, pour qui tout va basculer après des accusations de harcèlement.

Quand la toxicité du pouvoir n'a pas de genre

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L'interprétation de Cate Blanchett est-elle réaliste ? Tár décrit-il avec vraisemblance le milieu de la musique classique ? Nous avons demandé l'avis d'une cheffe française, Claire Gibault, fondatrice du Paris Mozart Orchestra, et du premier concours international de femmes cheffes d'orchestre en 2022 dont la troisième édition aura lieu en 2024. Pour Claire Gibault, Tár est "une sorte de fable qui montre comment le pouvoir et la notoriété peuvent transformer des artistes parce que ces deux choses sont des drogues dures. Et si on n'y prend pas garde, ces artistes se transforment en véritable prédateur. Et c'est un film dérangeant mais qui fait réfléchir, parce que c'est la première fois qu'un film de cette envergure, de cette qualité, avec une artiste extraordinaire comme Cate Blanchett, est dédié au personnage d'une femme cheffe d'orchestre. Et comme ce film nous présente cette cheffe d'orchestre comme une femme extrêmement tyrannique, manipulatrice, commettant des abus de pouvoir de toutes sortes. Je comprends que cela ait fait réagir certaines de mes consœurs."

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C'est le cas de la cheffe américaine Marin Alsop qui s’est sentie offensée par ce film, elle y a vu des ressemblances avec son propre parcours, elle est d’ailleurs citée dans le film. Elle estime qu’avoir "l’opportunité de représenter une femme dans ce rôle et d’en faire une abuseuse, c'est consternant”. En effet, alors même que les cheffes d'orchestres sont sous-représentées dans le monde, ce film représente pour la première fois ce rôle au cinéma, mais sous des traits extrêmement violents.

Ce qui a le plus dérangé Claire Gibault dans ce film, c'est qu'au-delà d'être une fable qui fait réfléchir sur le monde institutionnel de la musique et de l'économie culturelle, "c'est le manque de respect à l'égard des musiciens." Selon elle, "la beauté de ce métier, son essence même et ce qui le rend exaltant, c'est le partage d'émotions avec les musiciens que l'on dirige. Le jeu d'échanges de compétences entre le chef et les musiciens et l'amitié qui en est la complémentarité, la fraternité, la joie de jouer ensemble de belles partitions et tout ça, on ne le voit pas dans le film".

Ce film porte avant tout sur la starisation des chef.fes d'orchestre aujourd'hui, et le "délire du pouvoir et la toxicité de la notoriété dans ce milieu", mais qui ne représente heureusement pas ce monde en général. Avec le concours de Maestra, Claire Gibault tente d'inculquer de nouvelles valeurs, plus humanistes et bienveillantes : "Le métier de chef d'orchestre, c'est aussi aller dans des établissements scolaires, dans des EHPAD, ou des prisons, rencontrer des mécènes. Avoir son orchestre, c'est comme créer sa propre entreprise. Et tout ça, on ne le voit pas dans le film."

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