Groupe d'étudiants réunis lors du concert d'Orelsan au Carnaval de Caen en avril 2022
Groupe d'étudiants réunis lors du concert d'Orelsan au Carnaval de Caen en avril 2022 ©AFP - Sameer Al-DOUMY
Groupe d'étudiants réunis lors du concert d'Orelsan au Carnaval de Caen en avril 2022 ©AFP - Sameer Al-DOUMY
Groupe d'étudiants réunis lors du concert d'Orelsan au Carnaval de Caen en avril 2022 ©AFP - Sameer Al-DOUMY
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Selon une nouvelle étude parue le 15 novembre dans la revue scientifique BMJ Global Health, les dommages irréversibles causés par les écouteurs et par le volume trop élevé des concerts et discothèques concerneraient près de la moitié des 12-34 ans dans le monde, soit 1 milliard de jeunes.

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Il nous alertait déjà il y a plusieurs mois sur les ravages auditifs que provoque le son compressé. Christian Hugonnet, président fondateur de la Semaine du son de l'Unesco - dont la 20e édition se tiendra en janvier 2023, réagit à la publication d'une nouvelle méta-analyse de la revue BMJ Global Health sur les dangers de l'écoute à des niveaux sonores trop élevés pour les jeunes : "on ne devrait jamais dépasser les 80 décibels sur une écoute prolongée" nous explique-t-il. Mais cette norme est loin d'être respectée en France, où les discothèques portent à 102 décibels le volume sonore de la musique sur toute une soirée. Or, en écoute cumulée, il ne faudrait pas aller au-delà de 17 minutes sur un son de 100 db. S'il s'agit d'un problème mondial, certains pays comme la Belgique et la Suisse sont néanmoins plus vigilantes en fixant le volume sonore de leurs discothèques à 90 et 85 db.

Le réflexe stapédien mis à mal par le son compressé

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Christian Hugonnet nous rappelle également le problème grave de santé publique qu'est le son compressé, à la lumière de nouveaux travaux du Professeur Paul Avan de l'Institut de l'Audition. D'une part, comme ils ne désemplissent jamais, ils ne sont ponctués d'aucune respiration, d'aucun micro-silence. "C'est précisément cela la compression sonore : l'écrasement du son qui est toujours entendu au même niveau." Les conséquences sont catastrophiques puisque cette absence de silences crée des lésions au niveau du cortex cérébral, rendant caduques les protections des neurones du système auditif, en particulier le réflexe stapédien. Ce dernier permet au cerveau d'atténuer un niveau sonore trop élevé, lorsqu'on le voit ou qu'on le sent venir : "quand vous voyez un objet lourd tomber au sol, la vision de cet objet en train de tomber raidit votre système auditif et le son en est perçu comme moins fort. C'est toute la différence avec l'expérience d'un bruit venu de derrière, qui n'est pas anticipé par la vue, et qui fait plus mal." L'écoute prolongée, des heures durant, de musiques compressées à un volume important entraîne ainsi la suppression de ce réflexe stapédien, ainsi que d'autres troubles auditifs extrêmement graves.

Les casques et écouteurs abolissent notre rapport avec l'extérieur

Notre invité rappelle enfin les méfaits de l'écoute prolongée au casque ou avec des écouteurs. La conséquence la plus nuisible de ces outils est pour lui l'isolement qu'ils créent par rapport au monde extérieur ; le casque nous coupe de notre environnement sonore naturel, et provoque une perte de repères. Dans un lieu bruyant, on a en effet le réflexe de remonter le niveau de la musique que l'on écoute, sans s'apercevoir que notre oreille s'habitue à un volume dangereusement élevé. "C'est ce qui se passe quand on entre dans une discothèque. Au début, on a l'impression que le niveau est fort. Au fur et à mesure le son s'atténue, comme s'il avait diminué, alors que c'est l'oreille, organe subjectif, qui s'y est habituée.." Les casques et écouteurs doivent donc être utilisés avec parcimonie pour maintenir le lien avec la réalité sonore extérieure.