La pianiste Elena Rozanova est à l'affiche du festival "Un Week-End à l'Est"
La pianiste Elena Rozanova est à l'affiche du festival "Un Week-End à l'Est" - Aliona Bolgvadze
La pianiste Elena Rozanova est à l'affiche du festival "Un Week-End à l'Est" - Aliona Bolgvadze
La pianiste Elena Rozanova est à l'affiche du festival "Un Week-End à l'Est" - Aliona Bolgvadze
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La pianiste Elena Rozanova est à l'affiche du festival parisien "Un Week-end à l'Est", dont la ville invitée est Odessa (Ukraine), d'où est originaire la musicienne. Passionnée de mélodie, elle interprète les transcriptions par Liszt de lieder de Schubert, Schumann et Chopin.

Pour la sixième édition du festival "Un Week-end à l’Est", le choix s'est naturellement porté sur une ville ukrainienne : après Kiyv en 2017, c'est Odessa qui sera à l'honneur cette année. La pianiste Elena Rozanova, originaire de la ville, sera en récital le 27 novembre à l'espace Cardin du Théâtre de la Ville (Paris) pour un programme autour des transcriptions par Liszt de lieder de Schubert, Schumann et Chopin. C'est en hommage à sa mère, la chanteuse lyrique Natalia Rozanova, qu'elle a enregistré cet album paru en mars de ces musiques chères à son cœur : "J'ai accompagné ma mère en concert sur pratiquement tous les lieder que j'ai enregistrés. Ses phrasés me reviennent tout le temps, ça se ressent dans mon interprétation." La vocalité génialement retranscrite par Liszt au piano donne une esthétique toute particulière à ces pièces : "Il y a quelques arrangements, mais il garde tout le temps la ligne mélodique."  À l'occasion du festival, Elena Rozanova interprètera également des pièces du compositeur ukrainien Valentin Silvestrov.

"On ne choisit pas la musique quand on est enfant"

Née à Odessa en 1969 de parents tous deux musiciens, Elena Rozanova est poussée dès son plus jeune âge vers le piano : "On ne choisit pas la musique quand on est enfant, c’est grâce à mes parents que je fais ça. La passion vient après, au début c’est les parents qui indiquent le chemin." À cinq ans, elle intègre l'école Gnessine de Moscou, où elle reçoit un enseignement dans la plus stricte tradition d'excellence soviétique. Le conservatoire Tchaïkovski de la capitale lui ouvre ses portes alors qu'elle n'a que dix-huit ans. Elle y reçoit les enseignements de Tatiana Zelikman, Alexei Nassedkine et Evgueni Moguilevski : "J’ai eu beaucoup de chance d’avoir à faire à des professeurs passionnés." La Russie s'ouvre pendant cette période de perestroïka, ce qui lui permet de participer à de nombreux concours internationaux desquels elle reçoit plusieurs prix : Marguerite Long-Jacques Thibaud à Paris, Eduard Flipse à Rotterdam, Takahiro Sonoda au Japon, etc. Elle est même lauréate de la Fondation Cziffra en 1993 : "À la fin de mes études, le rideau de fer est tombé, tout ce que j'espérais est devenu possible : participer aux concours internationaux, venir à Paris, etc. C'était un rêve depuis toujours."

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Reconnue internationalement, Elena Rosanova se produit en soliste avec des ensembles célèbres comme l’Orchestre National de France, la Philharmonie Royale de Flandres ou encore la Camerata de Saint-Pétersbourg. La pianiste se plaît tout autant en petit effectif, en particulier avec ses partenaires de trio privilégiés – le violoniste Svetlin Roussev et le violoncelliste François Salque.

Derrière le rideau de fer

Les horreurs de la guerre en Ukraine touchent profondément la pianiste, qui plaint à la fois les Ukrainiens envahis et les Russes qui subissent une dictature. Elena Rozanova comprend d'autant mieux cette situation qu'elle a été durablement marquée par le manque de liberté lors de sa jeunesse derrière le rideau de fer : "Je me sens scandalisée et quelque part responsable au vu du drame que vive les ukrainiens, et en même temps je suis très inquiète pour l’avenir des russes, car ils vont replonger dans la dictature des temps staliniens. Ca va être difficile à vivre à long terme." Cette difficulté de l'expression artistique sous le régime soviétique est cristallisée dans l'œuvre de Chostakovitch, que la pianiste affectionne particulièrement : "Dans sa musique, il y a tout le drame que le peuple soviétique a vécu durant la révolution, même dans les moments mélancoliques ou de gaité, on ressent cette pression. Il y a un nouveau rideau de fer aujourd'hui en Russie. Quand on se tourne vers ces œuvres-là, on entend la pression et la censure."

  • Elena Rozanova & Olga Zado à l'espace Cardin du Théâtre de la Ville, dimanche 27 novembre à 15h
  • Album “ My Mother’s Songbook”, paru le 4 mars 2022 chez HM/PIAS

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