Colette Magny en concert à Bordeaux en 1972.
Colette Magny en concert à Bordeaux en 1972.
Colette Magny en concert à Bordeaux en 1972. - JP Roche / SIGMA Chanson
Colette Magny en concert à Bordeaux en 1972. - JP Roche / SIGMA Chanson
Colette Magny en concert à Bordeaux en 1972. - JP Roche / SIGMA Chanson
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Résumé

Colette Magny disait préférer le jazz à Mozart. Pourtant, à côté de Melocoton, d'airs de blues et d'oeuvres vocales extrêmement audacieuses, Colette Magny a aussi chanté Gabriel Fauré et fait référence à des oeuvres classiques avides de liberté.

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Pour évoquer les paroles funestes de Saint James Infirmary, ce blues lent qui raconte l’histoire d’un homme qui sait qu’il finira ses jours dans un hôpital aux allures de mouroir, Colette Magny place en exergue de sa reprise quelques notes d’une marche funèbre plus ancienne. Le glas sombre qui hante le troisième mouvement d’une célèbre sonate de Frédéric Chopin.

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Se mettre sous la protection de Chopin avant d’interpréter des compositions ou des reprises de blues, Colette Magny le fera aussi en 1983 par exemple, année où paraît l’album Chansons pour Titine. En effet, la première piste de ce disque est une interprétation par la pianiste classique et compositrice Anne-Marie Fijal d’une étude de Chopin. Et pas n’importe quelle étude ! Il s’agit de la très virtuose Etude op.10 n°2, plus connue sous le titre « Révolutionnaire ». Une pièce que Chopin a composé en 1830 pour évoquer la répression par les Russes d'une insurrection polonaise à Varsovie.

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Pour une artiste autodidacte et aussi profondément engagée que l’était Colette Magny, choisir l’étude "Révolutionnaire" de Chopin semblait plutôt logique. D’ailleurs, on peut penser que les citations d’œuvres engagées du passé sont une manière pour Colette Magny de rappeler que les compositeurs classiques pouvaient aussi être avides de liberté et de justice. Le fait par exemple, que de toutes les mélodies françaises qui existent et sur les conseils d'Anne-Marie Fijal, Colette Magny ait choisi "Prison" de Gabriel Fauré n’a rien d’anodin.

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Avec sa voix au vibrato peu classique, Colette Magny nous fait redécouvrir cette mélodie où retentit le poème "Le Ciel est par-dessus le toi" dans lequel Paul Verlaine raconte son incarcération dans une prison de Bruxelles. La mélodie de Fauré a des airs de chansons, semble plus proche des cafés-concerts que des salons bourgeois qui l'ont vu naître...

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Un jour on demanda à Colette Magny si elle préférait le jazz à la musique de Mozart et sa réponse fut sans équivoque « Le jazz est lié à la nuit, aux clubs, à la drogue, à la misère chantée. Je préfère, c’est peut-être une question d’authenticité. Mozart c’est une telle richesse de sons et de rythmes. Mais il est entaché de réceptions, de bonne tenue, de tous ces gens à partitions qui surveillent le chef d’orchestre. Ce n’est pas de sa faute. Comment et où jouerait-il aujourd’hui ? Pour qui écrirait-il ? » (Colette Magny Citoyenne-blues (2017) de Sylvie Vadureau)

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