Akira Mizubayashi
Akira Mizubayashi - Francesca Mantovani / Editions Gallimard
Akira Mizubayashi - Francesca Mantovani / Editions Gallimard
Akira Mizubayashi - Francesca Mantovani / Editions Gallimard
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Le plus français des écrivains japonais est aussi le plus mélomane de nos auteurs francophones. Akira Mizubayashi s’attarde longuement dans son dernier roman, « Reine de cœur » (Gallimard), sur la 8e symphonie de Chostakovitch, qu’il associe aux affres de la seconde guerre mondiale au Japon.

Actualité d'Akira Mizubayashi

Dans ses trois romans écrits en français et parus chez Gallimard, l'écrivain Akira Mizubayashi place au centre de ses trames - et dans la vie des personnages - l’écoute de la musique : Dans Un amour de Mille-Ans , paru en 2017, la quête d'une version idéale des Noces de Figaro de Mozart sous-tend le récit ;
Dans Âme brisée , c’est la forme du quatuor qui structure le livre, en particulier le quatuor Rosamunde de Schubert ;
Et dans son dernier opus, Reine de Cœur , la 8e symphonie de Chostakovitch, dirigée par Andris Nelsons, traverse tout le roman, situé à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale entre la France et le Japon.

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Extrait de Reine de cœur d'Akira Mizubayashi

"Un jeune chef d’orchestre montant comme une comète au firmament musical, grand, svelte, d’une démarche un peu dégingandée, habillé simplement d’une veste noire à la chinoise, et non de la queue-de-pie des maestros d’autrefois, fit son apparition et s’avança vers le milieu de la scène, tout en demandant, par un geste ample, aux musiciens de l’orchestre de se lever afin de saluer le public qui les applaudissait chaleureusement. Une fois que les musiciens se furent rassis, Le silence revint. Le chef d’orchestre baissa légèrement la tête en avant, la main gauche prenant sans doute le poignet de la main droite qui, elle, tenait une longue baguette blanche. On eût dit qu’il s’accordait un ultime moment de concentration avant de faire vibrer les premières notes de la grandiose œuvre de soixante-dix minutes. D’un coup, il leva les bras qu’il garda en l’air pendant cinq ou six secondes dans une immobilité tendue. Lorsqu’il les descendit dans un geste énergique, les violoncelles et les contrebasses entamèrent le premier thème puissant et tragique en ut mineur. C’était le début de l’immense premier mouvement, le plus long des cinq constituant la symphonie. Pour Oto, qui savait qu’elle avait été composée en deux mois seulement, en 1943, dans une fureur créatrice sans égal, elle ne pouvait être autre chose qu’une vaste fresque de la guerre – la guerre comme théâtre de violences extrêmes aussi bien que comme origine traumatique des douleurs dévastatrices éprouvées par les soldats. Si le premier thème joué fortissimo par les instruments à cordes les plus graves était comme la métaphore de la menace de mort engendrée par des destructions massives, le deuxième introduit pianissimo par les premiers violons sonne comme l’expression rentrée d’une lamentation déchirante. Ceux-ci s’engagèrent alors dans une lente montée vers les notes aiguës, voire très aiguës, tandis que les altos, demeurant à une hauteur intermédiaire, semblaient irriguer le sang de la musique dans tout le corps de l’orchestre."

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Programmation musicale

Dimitri Chostakovitch : Symphonie n°8 en ut mineur opus 65 (Allegretto)
Orchestre Symphonique de Boston
Direction : Andris Nelsons
CD Deutsche Grammophon

Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie concertante pour violon et alto n°2 en mi bémol Majeur K.364 (Presto)
Orchestre Philharmonique de Londres
Yuri Bashmet, alto
Anne Sophie Mutter, violon et direction
CD Deutsche Grammophon

Dimitri Chostakovitch : Symphonie n°8 en ut mineur opus 65 (Adagio - Allegro non troppo)
Orchestre Symphonique de Boston
Direction : Andris Nelsons
CD Deutsche Grammophon

Ce qui est extraordinaire dans la 8ème de Chostakovitch c’est qu’à la tout fin, on va vers un apaisement d’une simplicité mozartienne.

Modest Moussorgski : Boris Godounov : Lord, lord ! look dow, I pray (Boris)
Miroslav Cangalovic, basse
Choeur et Orchestre de l'Opéra National de Belgrade
Direction : Dusan Miladinovic
CD Arkadia

Ludwig van Beethoven : Symphonie n°6 en Fa Majeur opus 68 "Pastorale"
Orchestre National de la RTF
Direction : Paul Kletzki
CD Festival

Franz Schubert : Quatuor à cordes n°13 en la mineur op.29 D.804 "Rosamunde" (Andante)
Quatuor Alban Berg
CD Calliope

La découverte la version de Currentzis des Noces de Figaro a été un choc pour moi qui a donné lieu chez moi à un désir d’écriture.

Wolfgang Amadeus Mozart  : Les Noces de Figaro K.492 : Voi che sapete (acte II, air de Chérubin)
Tatiana Troyanos, Chérubin
orchestre de l'Opéra de Berlin
Direction : Karl Boehm
CD DGG

Ludwig van Beethoven : Quatuor à cordes n°13 en si bémol Majeur opus 130 (Cavatina)
Quatuor Alban Berg
CD EMI

Wolfgang Amadeus Mozart : Les Noces de Figaro : Contessa perdono /  Questo giorno di tormenti (extratis de l'acte IV)
Simone Kermes et Fanie Antonelou, sopranos
Andrei Bondarenko et Christian van Horn, barytons
Musicaeterna
Direction : Teodor Currentzis
CD Sony Classical

Mon père a voulu nous donner une éducation européenne qui passait par la musique classique…