Gato Barbieri ©Getty - David Warner Ellis
Gato Barbieri ©Getty - David Warner Ellis
Gato Barbieri ©Getty - David Warner Ellis
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Résumé

Gato Barbieri ou l’amplitude du chant d’un saxophone ténor enfiévré. La latinité transcendée par cet Argentin, a des parfums d’universalité. Et le sens de la fête.

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  • Gato Barbieri à la Une
50 ans après
50 ans après

Note de pochette de l’édition française du LP en 1974 par Laurent Goddet

Gato Barbieri, en se tournant vers la musique du Tiers Monde, est un de ceux qui ont contribué avec la plus grande réussite, à apporter une solution à cet angoissant problème qui, de près ou de loin, concerne tous les musiciens de jazz. Son exemple a permis à des dizaine de musiciens de prendre conscience qu’il importait moins de jouer du “jazz” que de jouer de la musique vivante, et que la confrontation intelligente de divers idiomes musicaux compatibles, lorsqu’elle ne procédait pas d’un simple collage, permettait un renouvellement et une restructuration de musiques menacées de sclérose.

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L’exemple, depuis, a été largement suivi. La quasi totalité des orchestres les plus en vue aujourd’hui aux Etats-Unis, fait ou a fait appel à des percussionnistes brésiliens (Miles Davis, Weather Report, McCoy Tyner) ou à des rythmiciens ayant étudié la musique africaine (Herbie Hancock). Joe Zawinul, co-leader de Weather Report, me confiait récemment : “Je pense que plus les choses sont éloignées - en matière de culture - , meilleur est le résultat de leur conjonction, pour peu que les artistes en question, soient bien enracinés dans leur passé culturel.” C’est donc à un élargissement des frontières que l’on assiste en ce début des années 70. Et l’on se doit de reconnaître aujourd’hui que l’un des principaux artisans de ce virage fut, ainsi qu’il fut présenté non sans humour lors de sa dernière prestation parisienne “le meilleur saxophoniste Argentin du monde”...

Si, à propos de Gato Barbieri, nous nous permettons donc de parler de révolution, c’est que sa démarche l'a conduit à élaborer un langage original. Avec lui, en effet, il s’agit plus d’ajouter quelques percussions supplémentaires pour installer une coloration typique, ou de s’emparer d’un matériau thématique nouveau pour l’incorporer purement et simplement à l'intérieur d’un cadre jazzique inchangé. En ce sens, on peut dire qu’il n’est à proprement parlé ni un musicien de tango, ni un musicien de samba, ni un musicien de jazz : il est avant tout saxophoniste, un saxophoniste qui propose à son public une musique restructurée de façon éminemment personnelle à partir d’éléments appartenant à toutes ces musiques. Le miracle, c'est que Gato Barbieri soit parvenu à allier ses composantes avec une simplicité et un naturel étonnants. Car c’est bien là qui caractérise sa musique en particulier où fut enregistré le présent album qui vient couronner, dans son classicisme triomphant, des années de recherches et d’apprentissage.

Le premier album signé par l’Argentin, s’intitulait de façon prophétique : “In Search Of The Mystery”. Aujourd’hui ce mystère si longtemps poursuivi est désormais pleinement inscrit dans la musique de Gato. Ecoutez seulement Vidala Triste, psalmodié par la voix nonchalante du “chat”, et vous conviendrez avec moi que même lorsque ce dernier laisse son ténor de côté, il sait avec un égal bonheur communiqué à l’auditeur la véritable magie de son univers musical. Magie des rythmes essentiels de la terre, magie du sang et des larmes, du soleil et de la mort, drame, passion, violence, amour, révolte, tout cela est inclus dans ce monde sans frontières que Barbieri chante sur son instrument. Les titres des morceaux sont d’ailleurs là en renfort pour illustrer ces émotions profondes que nous procure tout au long du présent album cet artiste flamboyant : Bolivia, Niños, Michellina, probablement dédiée à son inséparable compagne Michelle, Eclypse - qui en l'occurrence est une éclipse de lune - , ces titres parlent d’eux-mêmes. Ils véhiculent cette atmosphère trouble et incandescente qui règne immanquablement sur chaque interprétation du saxophoniste.

Bolivia” est certainement le plus connu des enregistrements de Gato Barbieri. Il marque une sorte d'apogée de son art, un magnifique aboutissement. Interrogé au sujet de l’une des séances dont "Bolivia" est composé, le contrebassiste, Jean-François Jenny-Clark répondit que la musique c’était déroulée dans le studio le plus simplement du monde, et que deux heures suffirent pour enregistrer trois morceaux. Comment aurait-il pu en être autrement ? Tous les musiciens rassemblés sur ces plages - aux nationalités et aux styles les plus divers - sont unanimement considérés comme des maîtres de leurs instruments respectifs. La musique, sublime, s’écoule donc ici avec un rythme pratiquement organique. Elle possède l'évidence des grands classiques et marque l’achèvement parfait d’un musicien exemplaire dont il est bon de rappeler qu’il fut l’un des passeurs de la musique de notre époque.

Références

Programmation musicale

  • 18h07
    Merceditas
    Merceditas
    Gato Barbieri
    Merceditas

    Gato Barbieri. (Compositeur), Gato Barbieri (saxophone ténor, voix), Lonnie Liston Smith (piano), Jean-François Jenny-Clark (contrebasse), Pretty Purdie (batterie), Airto Moreira (percussions), James M'Tume (congas)

    Album Bolivia (1973)
    Label BMG
  • 18h17
    Vidala triste
    Vidala triste
    Gato Barbieri
    Vidala triste

    Gato Barbieri. (Compositeur), Michele Barbieri. (Compositeur), Gato Barbieri (flûte, voix), Lonnie Liston Smith (piano), John Abercrombie (guitare acoustique), Stanley Clarke (basse), Airto Moreira (batterie), James M'Tume (congas), Moulay Ali Hafid (dumbeg)

    Album Bolivia (1973)
    Label BMG
  • 18h24
    Bolivia
    Bolivia
    Gato Barbieri
    Bolivia

    Gato Barbieri. (Compositeur), Gato Barbieri (flûte, saxophone ténor), Lonnie Liston Smith (piano), Jean-François Jenny-Clark (contrebasse), Airto Moreira (batterie), James M'Tume (congas)

    Album Bolivia (1973)
    Label BMG
  • 18h33
    Sound Flower
    Sound Flower
    Jakob Bro
    Sound Flower

    Jakob Bro. (Compositeur), Jakob Bro (guitare), Arve Henriksen (trompette), Jorge Rossy (batterie)

    Album Uma Elmo (2021)
    Label ECM (ECM3528227)
  • 18h39
    Shoe Shiners Drag
    Shoe Shiners Drag
    Michel Pastre Quintet
    Shoe Shiners Drag

    Jelly Roll Morton. (Compositeur), Michel Pastre (saxophone ténor), Malo Mazurié (trompette), David Blenkhorn (guitare), Sebastien Girardot (contrebasse), Guillaume Nouaux (batterie), Dany Doriz (vibraphone), Ken Peplowski (clarinette)

    Album Michel Pastre Quintet Feat. Dany Doriz & Ken Peplowski (2017)
    Label Autoproduction (MPQ002)
  • 18h43
    Zinzolin
    Zinzolin
    Les Musiques à Ouïr
    Zinzolin

    Christophe Girard. (Compositeur), Julien Eil (clarinette contralto), Christophe Girard (accordéon), Denis Charolles (batterie)

    Album Orange Sockets (2021)
    Label Les Musiques à Ouïr
  • 18h45
    Laura et Astor
    Laura et Astor
    Richard Galliano
    Laura et Astor

    Richard Galliano. (Compositeur), Richard Galliano (accordéon), Hervé Sellin (piano), Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon), Sébastien Surel (violon), Jean-Marc Apap (alto), Henri Demarquette (violoncelle), Stéphane Logerot (contrebasse)

    Album Piazzolla Forever (2021)
    Label Dreyfus Jazz (538710452)
  • 18h50
    Body And Soul
    Body And Soul
    Sarah Vaughan
    Body And Soul

    Edward Heyman. (Compositeur), Robert Sour. (Compositeur), Frank Eyton. (Compositeur), Johnny Green. (Compositeur), Sarah Vaughan (voix), John Malachi (piano), Joe Benjamin (contrebasse), Roy Haynes (batterie)

    Album Swingin' Easy (1957)
    Label Mercury (6336 713)
  • 18h54
    A Tuk Tuk for Phnom Pehn
    A Tuk Tuk for Phnom Pehn
    Marco Vezzoso
    A Tuk Tuk for Phnom Pehn

    Alessandro Collina, Dominique Di Piazza, Trilok Gurtu

    Album Travel (2021)
    Label ART IN LIVE

L'équipe

Alex Dutilh
Alex Dutilh
Alex Dutilh
Production
Emmanuelle Lacaze
Emmanuelle Lacaze
Emmanuelle Lacaze
Collaboration
Fabien Fleurat
Fabien Fleurat
Fabien Fleurat
Réalisation