Trois boîtes sont installées dans l'escalier du Lavo Matik, lieu mythique du street-art à Paris.
Trois boîtes sont installées dans l'escalier du Lavo Matik, lieu mythique du street-art à Paris.
Trois boîtes sont installées dans l'escalier du Lavo Matik, lieu mythique du street-art à Paris. ©Radio France - Clément Buzalka
Trois boîtes sont installées dans l'escalier du Lavo Matik, lieu mythique du street-art à Paris. ©Radio France - Clément Buzalka
Trois boîtes sont installées dans l'escalier du Lavo Matik, lieu mythique du street-art à Paris. ©Radio France - Clément Buzalka
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Résumé

Ils font cohabiter le street-art et la musique. Deux artistes collent des boîtes à musique sur les murs de la capitale et du monde entier. Des hommages, mais aussi des créations musicales personnelles. Elles invitent les passants à interagir avec les œuvres, mais aussi découvrir des répertoires.

En savoir plus

Jérôme Sallenave et Karim Hamida ont formé le collectif The Atomik Nation. Les deux amis se connaissent depuis près de trente ans. Tous deux musiciens, compositeurs, arrangeurs et ingénieurs du son, ils avaient monté le groupe Atomik à la fin des années 1990.

Aujourd’hui, en-dehors de leur studio de répétition, les deux quinquagénaires sont plus habitués à coller leurs boîtes à musique dans la rue. Ils en ont collé près de 400 dans le monde, dont 250 à Paris. Un projet, entamé quelques semaines avant le confinement de mars 2020. D’un côté, les artistes proposent des compositions personnelles, parfois issues de leurs albums. D’un autre, ils utilisent ces supports pour rendre hommage à leurs idoles musicales, de Georges Brassens à Serge Gainsbourg, en passant par Joséphine Baker, Edith Piaf, ou encore Herbie Hancock.

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Jérôme Sallenave et Karim Hamida, devant leur œuvre dédiée au pianiste Herbie Hancock.
Jérôme Sallenave et Karim Hamida, devant leur œuvre dédiée au pianiste Herbie Hancock.
© Radio France - Clément Buzalka

Justement, c’est à Herbie Hancock qu’est dédiée la boîte à musique qu’ont collé Jérôme et Karim, ce mercredi 23 février. Elle ne sera pas en extérieur. Cette œuvre (dont le design graphique est signé Honet, un de leurs amis) est apposée dans le studio de musique d’une école du 10e arrondissement de Paris, l’ISCPA, là où les deux amis ont enseigné la production musicale. C’est que le lieu fait partie du sens que Jérôme Sallenave veut donner à ses œuvres. « Herbie Hancock lui-même aime beaucoup la culture, les friches, la musique, l'enseignement, raconte Jérôme Sallenave. Il a d'ailleurs monté sa propre école pour partager son savoir sur le jazz. Il investit beaucoup pour la transmission de l'art. »

Et pour envoyer leur message de reconnaissance au pianiste américain, le petit instrument joue un morceau des plus classiques. « On a fait un petit clin d'œil, on ne le fera qu'une fois, parce qu'il ne fonctionne justement que s'il n'est pas répété, sourit Jérôme Sallenave. Cette boîte à musique joue Joyeux anniversaire, tout simplement. Car nous l'avons réalisée pour ses 80 ans. » Dans le coin de la boîte à musique en bois, un QR Code à flasher avec son smartphone renvoie à un lecteur audio en ligne. Sur cette œuvre, les deux artistes ont relié leur arrangement d’une pièce du pianiste, à leur sauce : basse et batterie.

L’art musical à la portée de tous

Ici, les étudiants pourront chaque jour écouter cette mélodie. Dans la rue, tous les passants peuvent s’amuser à tourner la manivelle, à leur tempo. Le principe est tout simple, et c’est justement le souhait de l’artiste. « C'est presque ringard, s’amuse Jérôme Sallenave, à propos des boîtes à musique. C'est réservé aux enfants. Alors, ça, cela nous plaît beaucoup, ce retour à l'enfance. Nous sommes musiciens avant tout. On a voulu coller de la musique dans la rue. Au même titre que nous avons des amis graffeurs, tagueurs, peintres de rue ou pochoiristes, on s'est dit que ce serait bien de coller la musique dans la rue, de l'offrir aux passants. C'est aussi une manière de présenter notre projet au-delà de la salle de concert. C'est aussi une mise en abyme de l'œuvre elle-même grâce à l'architecture, ou au spot qu'on a choisi. »

Leur fierté : avoir innové en matière de street-art en y intégrant leur art de prédilection, la musique. « C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de musique apportée à la rue, regrette Karim Hamida, cofondateur de The Atomik Nation. En plus, avec les boîtes à musique de rue, on a un objet interactif. Dans le street-art, je ne sais pas s'il y a beaucoup de formes d'arts qui sont interactives. Ces œuvres ont une identité visuelle, font de la musique, et les gens s'en emparent pour donner une vie, pour en faire quelque-chose eux-mêmes»

Vols, dégradations : le prix de la rue

Et ils s’en emparent parfois même au sens propre. Puisque 80 % des boîtes à musique sont volées ou détériorées. C’est « le prix de la rue », répondent les deux artistes. Mais pour laisser leurs boites en vie, au maximum, il faut parfois faire du service après-vente. Entre deux collages, Karim Hamida s’empresse donc d’aller réparer une pièce de leur collection, à l’entrée du théâtre L’Olympia, à Paris. « Ça, c'est une boîte en hommage à Georges Brassens, raconte-t-il, sa perceuse à la main. Le peigne, c’est-à-dire les petites lamelles qui font la musique, ont été enlevées, volées ou cassées. Pour ne pas laisser la boîte à musique silencieuse et inutile dans la rue, je remplace le peigne pour qu'elle puisse de nouveau résonner dans la rue. » Quelques tours de vis plus tard, voilà la belle pièce qui chante. Des hommages comme celui-ci, The Atomik Nation en a semé plusieurs dizaines dans la capitale.

À L'Olympia, Karim Hamida répare la boîte à musique des Amoureux des bancs publics de Brassens.
À L'Olympia, Karim Hamida répare la boîte à musique des Amoureux des bancs publics de Brassens.
© Radio France - Clément Buzalka

En 2021, à l’occasion des 30 ans de la mort de Serge Gainsbourg, les artistes ont installé une boîte en son hommage sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à proximité de l’Hôtel-Dieu, où le musicien est né en 1928. « On préfère célébrer les naissances que les décès, sourit Jérôme Sallenave, c’est notre côté positif ! » Deux jours avant l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, le 30 novembre dernier, les artistes ont également collé cinq boîtes autour du monument.

Des boîtes à musique à travers le monde

Leurs œuvres peuvent s’écouter dans la rue, ou bien s’acheter. Leur recette vient de là d’ailleurs : pour chaque boîte collée, son double (ou « alias ») est vendu à un mélomane. Comptez entre 50 et 250 euros pour un pack comprenant une boîte à musique et son support imaginé par un artiste partenaire du duo, un certificat d’authenticité (Karim Hamida est passionné par les questions liant business et art), et deux photos de la boîte à musique collée dans son environnement. Un environnement qui ne se contente pas à la capitale. Les boîtes à musique de Jérôme et Karim voyagent. En Suisse, en Belgique, au Portugal, aux Pays-Bas et même à Mumbai, en Inde, où un ami artiste s’est chargé de coller quelques boîtes confiées par The Atomik Nation.

Références

Programmation musicale

  • 08h09
    Bach Siloti : Prélude en si mineur
    Bach Siloti : Prélude en si mineur
    JEAN SEBASTIEN BACH
    Bach Siloti : Prélude en si mineur

    Interprètes JEAN SEBASTIEN BACH, DIMITRI NAIDITCH

    Album Bach up (2019)
    Label DINAI RECORDS

L'équipe

Sofia Anastasio
Production
Clément Buzalka
Production