Amateurs et professionnels partagent la scène pour un Carmen inédit, dans le Périgord.
Amateurs et professionnels partagent la scène pour un Carmen inédit, dans le Périgord.
Amateurs et professionnels partagent la scène pour un Carmen inédit, dans le Périgord. ©Radio France - Clément Buzalka
Amateurs et professionnels partagent la scène pour un Carmen inédit, dans le Périgord. ©Radio France - Clément Buzalka
Amateurs et professionnels partagent la scène pour un Carmen inédit, dans le Périgord. ©Radio France - Clément Buzalka
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Résumé

C’est dans un territoire dépourvu de productions musicales classiques, notamment lyriques, qu’a décidé de s’implanter le LabOpéra Périgord. À quelques heures des représentations tant attendues, amateurs et professionnels peaufinent leur prestation.

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C’est en pleine pandémie de Covid-19 que Chloé Meyzie, cheffe d'orchestre native de Périgueux, a eu l’idée de cet opéra participatif. Parti de zéro, il a fallu tout monter pour pouvoir présenter un grand spectacle, Carmen, de Georges Bizet. Mais au-delà d’un projet artistique, il s’agit là d’un vrai projet pédagogique. Car cette production ne compte pas moins de 400 personnes, dont une majorité d’amateurs, d’enfants et d’étudiants de la région. « Le LabOpéra Périgord Dordogne a pour objectif principal la démocratisation de l’art lyrique, notamment via la valorisation de la formation professionnelle et technique, explique la cheffe. En fait, on se rend compte que la très grande majorité de la population en France n’a pas de lien direct avec l’art lyrique. Donc l’idée est complètement d’amener un nouveau public vers l’opéra. »

C’est aussi amener l’opéra à un nouveau territoire. Le Périgord, à une heure et demi de Bordeaux et de Limoges, les deux plus proches maisons d’opéra dans la région. « Au final, nous n'avons pris la place de personne, ici, ajoute Chloé Meyzie. Néanmoins, on installe un spectacle d'un niveau professionnel, équivalent à ce qui est présenté à Bordeaux et Limoges. Et on ne compte pas s'arrêter là, on va essayer d'installer cet opéra participatif dans l'agenda culturel local. »

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Un opéra 100 % local

C’est ce développement d’un spectacle dans un désert musical qui a convaincu Mikhael Piccone, baryton. Interprète pour l'occasion d'Escamillo, il est l’un des professionnels qui épaulent les participants amateurs. « Toute la partie immergée de la création de ce spectacle est faite avec des acteurs du territoire : des étudiants, des enfants, avec la population qui participe aussi dans les chœurs… Donc c’est un projet qui permet d’avoir un impact direct sur l’intégralité du territoire. »

Former des amateurs, en si peu de temps, c’est un défi fou, notamment pour Gersende Michel, la metteuse en scène. Mais l'exercice, dit-elle, lui a permis de prendre du recul sur sa façon d’exercer. Et au final, amateurs comme professionnels, tous y gagnent, tous progressent dans ce projet. « Dans le chœur, on a une grande majorité de personnes qui sont des grands amateurs, qui sont chanteurs dans des chorales, ou qui sont profs de musique, qui ont une pratique du chant, mais pas du plateau, raconte Gersende Michel. Effectivement, ça a été tout l’objectif des répétitions qu’on a pu faire ensemble : les mettre en confiance, leur apprendre à être sur un plateau, à raconter des histoires… »

Sur 400 participants, la grande majorité des artistes sur le plateau et en coulisses sont amateurs.
Sur 400 participants, la grande majorité des artistes sur le plateau et en coulisses sont amateurs.
© Radio France - Clément Buzalka

Toute la ville met la main à la pâte

À partir de 8 ans, des jeunes (ou pas) ont été investis dans la création artistique. De la conception des décors et costumes, au maquillage en passant évidemment par le chant et l’orchestre. Par exemple, ce sont uniquement des jeunes qui tiennent le pupitre de percussions, comme Matthias Darrort, 13 ans : « j’aimerais faire de la musique mon métier. C’est une grosse expérience. Jamais je n’aurais imaginé qu’à 13 ans je jouerais dans un opéra, et je ne pense pas que les autres de mon âge auraient imaginé ça il y a quelques années. »

Sur le plateau, Olivier, retraité périgourdin, fera ses premiers pas en tant que chanteur. Avant les répétitions et les cours de chant, à l'automne dernier, il n'avait jamais intégré une chorale. C'est sa femme qui l'a entraîné à la suivre dans sa passion. Et voilà Olivier désormais ténor, sur le devant de la scène, confondu au milieu des autres chanteurs professionnels.

Un projet artistique mais surtout pédagogique

Comme tous les chanteurs, ils seront habillés par des élèves de plusieurs lycées de la région (de la Dordogne et du Lot-et-Garonne voisin). Au lycée Léonard de Vinci de Périgueux, la classe du bac pro métiers de la mode s'est mobilisée depuis le début de l'année scolaire pour confectionner en série les costumes. Les soirs de représentations, ils seront chargés d'habiller les comédiens, qui seront ensuite maquillés par d'autres élèves. « Avec ce projet, on vit Carmen, on mange Carmen, on étudie Carmen », sourit Anne Saint-André, proviseure adjointe du lycée, et également clarinettiste dans l'orchestre.

Amateurs, professionnels, étudiants, élèves et leurs professeurs partageront la scène, et le travail en coulisses pendant trois soirées. Devant pas moins de 6000 spectateurs. Une première prometteuse à Périgueux, dans une salle qui vibrera pour la première fois au son de l’opéra. Le même week-end, à l'autre bout de l'Hexagone, à Grenoble, un autre opéra coopératif sera présenté, lui aussi soutenu par le label La Fabrique Opéra.

Références

L'équipe

Sofia Anastasio
Production
Clément Buzalka
Production