Proche de Vladimir Poutine, le chef Valery Gergiev est désormais persona non grata en France
Proche de Vladimir Poutine, le chef Valery Gergiev est désormais persona non grata en France
Proche de Vladimir Poutine, le chef Valery Gergiev est désormais persona non grata en France ©AFP - Sven Hoppe
Proche de Vladimir Poutine, le chef Valery Gergiev est désormais persona non grata en France ©AFP - Sven Hoppe
Proche de Vladimir Poutine, le chef Valery Gergiev est désormais persona non grata en France ©AFP - Sven Hoppe
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Résumé

Si les institutions musicales françaises sont unanimes pour bannir les musiciens réputés proches de Poutine, il est en revanche compliqué de sommer tous les artistes de se positionner, estiment beaucoup.

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Il y a d'abord ceux pour qui il est impensable de faire des concessions. Des grands noms de la musique russe, réputés proches de Poutine, du gouvernement. Pour ces derniers, les institutions culturelles françaises que nous avons jointes semblent être au diapason. "Les artistes comme Matsuev ou Gergiev, qui n’ont pas souhaité prendre position contre Poutine, ou qui soutiennent Poutine comme Gergiev, évidemment nous ne les présenterons pas dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées", indique Michel Franck, directeur général du TCE. "Nous avions un récital de Matsuev au mois de mai, il est annulé. Et Gergiev était programmé la saison prochaine avec l’orchestre de Rotterdam, qui a décidé de suspendre toute collaboration avec lui. Le chef d’orchestre sera remplacé."

Le grand pianiste Boris Berezovsky est aussi banni jusqu'à nouvel ordre, depuis ses propos très virulents à la télévision russe où il suggérait d'encercler la capitale Kiev et de couper l'électricité aux habitants, même s'il était revenu sur ses paroles dans un communiqué peu convainquant.

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Ne pas forcer les artistes silencieux à prendre position

Mais que faire pour les musiciens dont la position n'est pas connue ? Faut-il les sommer de s'exprimer ? Ce n'est pas la politique au TCE, nous dit Michel Franck, et pas non plus celle du Théâtre du Châtelet. "Non, on ne va pas demander à tous les artistes russes de prendre position", signale Thomas Lauriot dit Prévost, son directeur général : "Moi, si je dis que je ne suis pas d’accord avec Emmanuel Macron, je ne prends aucun risque, je n’irai jamais en prison. Quand un citoyen russe, a fortiori un artiste en Russie, s’élève contre la politique de Vladimir Poutine, on sait parfaitement que le risque qu’il se retrouve en prison est énorme."

"Pour les artistes qui n’ont pas pris position, nous ne sommes pas non plus je crois dans une chasse aux sorcières. C’est extrêmement difficile de demander aux gens qui ne s’étaient pas exprimés précédemment de prendre position. Il ne faut pas oublier que beaucoup d’artistes ont de la famille résidente en Russie. Pour un artiste, s’exprimer contre le gouvernement en place peut mettre en danger sa famille" - Michel Franck

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"Je pense que l’immense majorité des citoyens russes, a fortiori des artistes russes, sont également victimes de la situation en Russie. Les pointer du doigt comme étant des collaborateurs d’un régime qui est celui qu’on connait, non seulement je pense que c’est erroné, mais je pense aussi que c’est très injuste" - Thomas Lauriot dit Prévost

Le choix des mots

Reste la question des œuvres programmées lors des concerts. En France, il n'y a pas de mise au ban, à notre connaissance. À Strasbourg par exemple, beaucoup de compositeurs russes sont mis à l'honneur d'ici la fin de la saison, souligne Marie Linden, la directrice générale de l'Orchestre Philharmonique. Malgré tout, la décision été prise, en interne, de modifier certains titres de la programmation. "Fin mars, nous avons programmé un concert qui s'appelait 'De Paris à Moscou', titre décliné en campagne d’affichage. Il nous a semblé que placarder dans toute la ville actuellement 'De Paris à Moscou' était déplacé, pouvait être perçu comme offensant ou ne prenant pas en compte le contexte international", justifie Marie Linden. Seul le titre est modifié, la programmation reste elle inchangée.

"Nous avons aussi au mois de mai un concert qui s’intitulait 'Maîtres russes'. Que ce serait-il passé si on avait placardé dans tout Strasbourg des affiches 'Maîtres russes' ? Je pense que ce serait extrêmement indélicat. La décision a très vite été prise en interne de ne plus utiliser ces titres qui apparaissent aujourd’hui comme décalés" - Marie Linden

Mais il est important de maintenir et même de valoriser ces compositeurs russes, estime Marie Linden, pour rappeler que "la Russie ne se résume pas à la politique de Vladimir Poutine". Ce n'est pas le cas dans toute l'Europe, en Pologne et en Croatie, où des œuvres de Moussorgski et de Tchaïkovski ont été déprogrammées.

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Références

Programmation musicale

  • 08h07
    Do it Again
    Do it Again
    Marilyn Monroe
    Do it Again

    Interprètes George Gershwin, Ira Gershwin

    Album A fine romance (2021)
    Label Jasmine Records (555409)

L'équipe

Sofia Anastasio
Production