Toma, Sofyia, Margarita et Taras, jeunes musiciens ukrainiens au CRR de Versailles
Toma, Sofyia, Margarita et Taras, jeunes musiciens ukrainiens au CRR de Versailles
Toma, Sofyia, Margarita et Taras, jeunes musiciens ukrainiens au CRR de Versailles ©Radio France - Suzana Kubik
Toma, Sofyia, Margarita et Taras, jeunes musiciens ukrainiens au CRR de Versailles ©Radio France - Suzana Kubik
Toma, Sofyia, Margarita et Taras, jeunes musiciens ukrainiens au CRR de Versailles ©Radio France - Suzana Kubik
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Résumé

Il y a deux mois, ils étaient encore élèves ou étudiants à l'Académie de musique à Lviv. Du jour au lendemain, ils ont été obligés de fuir la guerre. Ils ont traversé l'Europe, avec comme seul bagage, ou presque, leur instrument. Et leur premier reflexe était de pousser la porte d'un conservatoire.

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Il y a ceux qui sont déjà là : Sofyia et Toma sont installés en France depuis plusieurs années. Ils sont musiciens, originaires de Lviv, étudiants au CRR de Versailles. Lorsque l'invasion russe a commencé, c'était le choc :

"C'est Toma qui m'a appelée et il m'a dit que la guerre a commencé. Depuis, c'est le cauchemar, pour nous tous,  pendant les deux semaines, je n'ai pas dormi normalement, deux trois heures par nuit, parce que j'ai regardé les nouvelles tout le temps." "Le plus difficile c'est d'attendre et de ne pas avoir la possibilité de faire quelque chose," rajoute Toma.

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Mais la sidération était de courte durée : Toma et Sofyia sont Ukrainiens, connaissent le milieu. Très vite, ils s'engagent auprès des musiciens qui fuient la guerre, transmettent les demandes, traduisent des mails, aident avec les démarches. Depuis trois semaines, Sofia partage son studio avec Margarita, une amie violoniste  de l'Académie de Lviv :

"J'étais en état de choc, je suis partie comme ça, vers l'inconnu. Je voulais être en sécurité. Je n'avais aucune idée où j'allais. Je ne peux pas dire que je vais bien. Mes amis, mes proches sont restés en Ukraine, même dans des régions très difficiles. Je n'arrive pas à lire le journal, à regarder les nouvelles. Ca me fait très mal, ça me stresse, c'est trop dur pour moi," avoue la jeune femme.

Il y a aussi le frère de Toma, Taras, 17 ans. En fuyant l'Ukraine, il a traversé la frontière à pied, et ensuite la Pologne et l'Allemagne dans une Volkswagen polo avec des amis de ses parents:

"J'ai pris mon violoncelle bien sûr, on était quatre derrière, plus deux personnes devant, et mon violoncelle entre les sièges, heureusement, c'était une automatique, sinon c'aurait été impossible de changer les vitesses . " Malgré son air détaché, le jeune homme est tiraillé entre la tristesse et le soulagement : "J'ai donné mon premier concert en France, j'ai adoré, c'était bien de rejouer, il y avait tant d'émotions. Je suis ici en sécurité, je vais au lycée, parfois j'arrive même à oublier. L'autre jour en classe j'ai entendu les sirènes, j'ai eu vraiment peur, mon âme a quitté mon corps pendant quelques secondes."

Sofyia et Toma au CRR de Versailles
Sofyia et Toma au CRR de Versailles
© Radio France - Suzana Kubik

"C'est important qu'ils se sentent comme des étudiants à part entière dans nos murs"

Au CRR de Versailles, 12 demandes d'intégration des élèves et étudiants ukrainiens sont en cours de traitement. Problème : il n'y a pas de filière organisée, ils arrivent tous par leurs propres moyens, explique  Christophe Dravers, conseiller aux études.

"C'est une double problématique puisque leurs portes d'entrées en France ont été des musiciens qui sont chez nous, qui eux mêmes sont dans une situation difficile puisqu'ils n'ont plus de moyens de paiement. Pour la plupart, ils ne peuvent plus recevoir de transferts d'argent de leurs familles. Ils travaillent souvent ou dans la restauration ou font des petits concerts à droite, à gauche, mais sont aussi dans une situation délicate."

Si les histoires de ses jeunes sont différentes, ils ont tous le même but :  poursuivre les études musicales de haut niveau. Et le conservatoire s'organise pour leur trouver un logement, les scolariser et débloquer les moyens pour qu'ils puissent subvenir à leurs besoins. "Je pense que c'est important aussi qu'ils se sentent comme des étudiants à part entière, et non pas comme des réfugiés dans nos murs. Et puis, le fait aussi de les rassurer. Ils sont ici. Ils sont encadrés. Ils ne sont pas tout seuls, " rajoute-t-il.

En savoir plus : "C'est un cauchemar" : les musiciens ukrainiens tremblent pour leur pays et leur famille

Margarita, étudiante en master à Lviv, a été admise en licence " pour qu'elle ait un statut d'étudiant au moins jusqu'au mois de juillet". Elle suit les cours de français et l'année prochaine, elle bénéficiera d'un plan de formation "comme n'importe quel autre élève d'origine étrangère", explique Christophe Dravers.

Pour Taras, une place à l'internat et dans le cursus TMD au lycée à été trouvé en priorité, "pour qu'il puisse au moins être nourri le midi et le soir et avoir un endroit où dormir. Il dormait chez son frère, qui a un studio de 12 mètres carrés." Les demandes de bourse ont été lancées, même l'Association des parents d'élèves est impliquée. Leurs frais de scolarité ont été pris en charge par la ville. _"C'est une somme de petites actions. Les gens se sentent concernés, "_rajoute le conseiller pédagogique.

Du coté des jeunes musiciens, pas question de baisser les bras.  : "Maintenant on doit défendre le front culturel, on doit représenter notre pays sur la scène internationale, faire connaître la culture ukrainienne", conclut Sofyia. Avec la musique comme point d'ancrage face à la destruction de la guerre.

Reportage par Suzana Kubik

Références

Programmation musicale

  • 08h08
    West side story : Mambo (Acte I)
    West side story : Mambo (Acte I)
    Leonard Bernstein
    West side story : Mambo (Acte I)

    Interprètes Michael Tilson-Thomas

    Album West side story (2013 concert cast) (2013)
    Label SAN FRANCISCO SYMPHONY (SFS 0059)

L'équipe

Suzana Kubik
Production