Le projet Cyber'orchestra  à l'école de musique de Solaure
Le projet Cyber'orchestra à l'école de musique de Solaure
Le projet Cyber'orchestra  à l'école de musique de Solaure - Capture d'écran
Le projet Cyber'orchestra à l'école de musique de Solaure - Capture d'écran
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Résumé

Les confinements successifs en ont été les accélérateurs : les nouvelles technologies s'invitent désormais dans l'enseignement de la musique, à l'école comme au conservatoire. Quel est leur impact sur la pédagogie, que peuvent-elles apporter aux élèves ? Reportage de Suzana Kubik

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Avant la crise sanitaire, Julien Tessier, professeur de trompette au conservatoire de Cholet, n'avait jamais utilisé un ordinateur dans sa salle de cours. Puis, suite aux confinements successifs, il a fallu chercher des outils pour pallier l'impossibilité de recevoir les élèves en présentiel. "C'est vrai que ça a développé une nouvelle forme de pédagogie, plus basée sur l'ordinateur." Du coup, quand le conservatoire a proposé aux professeurs de souscrire à l'application Nomad Play qui permet aux élèves de jouer accompagnés au piano, ou même avec orchestre, il n'a pas hésité :

"C'est ludique, pédagogique et technique. Ils vont jouer avec un accompagnement comme s'ils se prêtaient à un jeu, écouter, reproduire. Et ils peuvent l'enlever, accélérer, ralentir sur des passages très difficiles, s'amuser à jouer sur du répertoire un peu plus collectif ou carrément, pour les plus grands, avec de grands orchestres de renommée. Mais ça reste toujours un outil. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire sur toute une année scolaire. Et surtout, il ne faut pas leur laisser quand même trop le choix de prendre ce qu'ils veulent au niveau du répertoire. Parce qu'après, on sait bien que les petits, les plus petits niveaux joueraient tout et n'importe quoi. Et c'est là que ça pourrait être dangereux pour eux, à créer des défauts."

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Du numérique, oui, mais accompagné...Pour un élève seul face à l'écran, il est difficile de faire son choix dans l'offre foisonnante des outils en ligne.

Si les élèves sont amenés à utiliser le numérique, autant les accompagner dans cet apprentissage, nous dit Jeanne Payfert, enseignante d'éducation musicale dans un collège à Montbéliard. Diplômée depuis deux ans, elle a été formée aux outils numériques dans le cadre de son Master spécialisé en éducation musicale et en chant choral, et doit à son tour développer certaines compétences numériques des élèves, y compris dans sa discipline. "Ca mobilise quand même les élèves et leur permet une certaine autonomie en classe. Et quand il s'agit de réinvestir des choses chez eux, à la maison, ils sont quand même plus partants."

L'enseignante s'appuie beaucoup sur les outils numériques dans ses cours : captations des concerts, guides d'écoute multimédia, documentaires sur les métiers de la musique, ou encore différentes application qui permettent aux élèves de faire des arrangements, créer des playlists collaboratives ou de pratiquer le chant choral. Mais il faut garder une certaine prudence par rapport à l'outil numérique et aider à responsabiliser les élèves :

" Il ne faut pas que ça devienne une fin en soi. Il faut toujours se demander 'qu'est ce que ça apporte de plus qu'un autre support ?'. Il faut que ce soit le fruit d'une réflexion, on ne fait pas du tout numérique comme ça en claquant des doigts."

Cette question, Marie–Aline Bayon se l’est posée bien avant la crise sanitaire. Autrice d’un livre intitulé Révolution numérique et enseignement spécialisé de la musique. Quel impact sur les pratiques professionnelles? paru en 2016, elle a conceptualisé le modèle de l'école de musique connectée qu’elle a ensuite implanté à l’école associative de musique de Solaure :

"Le constat de départ, c'était qu'on propose un enseignement de très grande qualité dans les conservatoires, dans les écoles de musique. Mais ce qui fait la différence pour les élèves, c'est ce qui se passe en dehors de l'école de musique. Le fait qu'ils ne soient pas toujours outillés correctement, qu'ils ne soient pas forcément accompagnés dans leur pratique musicale. Le numérique permet de prolonger ce qui se passe au sein de l'établissement, précise cette professeure de guitare : si on accompagne l'élève avec des ressources vidéo, audio, des conseils, si on met en place toute cette infrastructure, il va pouvoir s'entraîner beaucoup plus facilement que s'il n'y a pas ce lien qui est créé. Et les familles vont pouvoir davantage suivre ce que font leurs enfants et avoir une meilleure compréhension de ce que c'est qu'apprendre la musique dans un établissement d'enseignement artistique."

Dans l'école de musique connectée, les élèves suivent à la fois l'enseignement initial de l'instrument du chant et travaillent sur les outils en ligne, le studio virtuel dans lequel ils ont des travaux à effectuer. Ils ont accès aux applications qui permettent de faire du développement de l'oreille ou de travailler des aspects de formation musicale, des partitions en ligne pour travailler le rapport à l'écrit et un espace où le professeur peut mettre en ligne des travaux et suivre leur progression, ce qui crée un lien plus collaboratif non seulement entre les élèves mais aussi entre le professeur et ses élèves.

Le cursus, baptisé Cyber'orchestra, a trouvé son public depuis son lancement en 2017. "Déjà, durant la crise sanitaire, les élèves qui étaient dans ce cursus ont pu vraiment maintenir leur travail parce qu'ils en avaient l'habitude. Mais aussi, face à une situation un peu générale des écoles de musique où on accuse une baisse globale d'effectifs parce que les gens sont frileux à revenir au sein des écoles, nous, ça a conforté la place de ce cursus au sein de la structure."

Depuis septembre dernier, Marie-Aline Bayon a initié le réseau Art ConEcT , qui vise à réunir les établissements spécialisées en éducation musicale autour d’une culture commune sur le numérique à partir des expérimentations et d'une déclinaison des approches. "Il y a un grand vide dans notre secteur, précise la professeure. Notre schéma national date d'il y a 14 ans, il n'a toujours pas été revu. La crise sanitaire n'a pas déclenché de réactions auprès du ministère de la Culture, qui n'a pas particulièrement accompagné les structures. Nous, ce qu'on veut, c'est amener en fait le débat du numérique sur la place publique de l'enseignement artistique et être force de proposition pour le secteur de l'innovation." Et mutualiser les ressources pour construire ensemble l’avenir numérique de la discipline, conclut Marie-Aline Bayon.

Références

Programmation musicale

08h08
Bom dia portela
Bom dia portela
Elza Soares
Bom dia portela
Album Elza Soares (1974)
Label TAPECAR

L'équipe

Sofia Anastasio
Production
Suzana Kubik
Production