Au centre de formation de luthiers de Fronton, Élodie, ancienne prof, confectionne les barrages de sa guitare. Les élèves ont l'année pour créer un instrument.
Au centre de formation de luthiers de Fronton, Élodie, ancienne prof, confectionne les barrages de sa guitare. Les élèves ont l'année pour créer un instrument.
Au centre de formation de luthiers de Fronton, Élodie, ancienne prof, confectionne les barrages de sa guitare. Les élèves ont l'année pour créer un instrument. ©Radio France - Clément Buzalka
Au centre de formation de luthiers de Fronton, Élodie, ancienne prof, confectionne les barrages de sa guitare. Les élèves ont l'année pour créer un instrument. ©Radio France - Clément Buzalka
Au centre de formation de luthiers de Fronton, Élodie, ancienne prof, confectionne les barrages de sa guitare. Les élèves ont l'année pour créer un instrument. ©Radio France - Clément Buzalka
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Résumé

Depuis plus de deux ans, à Fronton, dans la Haute-Garonne, une entreprise de lutherie ouvre son atelier à une quinzaine de néophytes, pour les former à ce métier d’art. En France, c’est le seul centre de formation de la sorte, essentiellement pour des personnes en reconversion professionnelle.

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Comment se former à la lutherie quand on a passé l’âge des études ? Hormis les écoles spécialisées, mais dédiées à de jeunes élèves, il n’y avait aucune réelle alternative, avant l’apparition en 2019 d’Echo d’artistes académie, la branche formation de l’atelier de lutherie de Fronton. « Les seules réponses existantes étaient en forme d’apprentissage pour des préparations à des CAP, donc un public de 16 à 25 ans environ, explique Alexandre Azzola, l’un des associés d’Echo d’artistes, à Fronton. Nous avions des demandes en formation professionnelle, pour des personnes en reconversion. C’est pourquoi nous avons monté notre propre centre, grâce à notre atelier, qui en était la vitrine. Nos techniques de fabrication, notre philosophie de fabrication et l’excellence que nous cherchons ont fini d’attirer les élèves. »

Il est vrai qu’avant de pouvoir entrer dans ce centre de formation unique –la liste d’attente ne cesse d’ailleurs de s’allonger pour les promotions à venir-, beaucoup ont tenté leur chance ailleurs, sans forcément de succès. « Depuis l’apparition de certaines formations académiques au Mans ou du côté de Bédarieux, les luthiers sont sollicités par des stagiaires-école, rappelle Philippe, professeur en reconversion*. Donc c’est très difficile, en tant que candidat libre, d’obtenir un stage ou un contrat chez un luthier. »*

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Des anciens ingénieurs, banquiers, profs et employés d’Airbus

Depuis le début de l’année, Philippe travaille donc ici. Il se forme aux côtés d’une quinzaine d’apprentis luthiers, installés sur les établis alignés. Et tous ne viennent pas des métiers d’art, ou du bois. Tous les profils se rencontrent ici, avec une passion commune, celle de la lutherie. « Si on fait le bilan des trois dernières années, on a vraiment de tout, confirme Benjamin de Oliveira, co-fondateur d’Echo d’artistes, et superviseur de la promotion*. On peut avoir des anciens ingénieurs, chercheurs, chefs de projets, banquiers, techniciens dans l’aéronautique. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas loin de Toulouse. Donc certains se reconvertissent de ce vivier, de chez Airbus. »*

C’est le cas de Stéphane Bernard. Après 20 ans passés dans l’industrie aéronautique, il a effectué ce qu’il appelle un virage à 180 degrés. Direction l’artisanat. C’est tout naturellement qu’il s’est orienté vers ce centre de formation. Le plus grand de France, dans cette formule. « J’ai toujours aimé le travail manuel, explique-t-il*. Depuis que je suis tout jeune, je fais de l’aéromodélisme. Donc tout ce qui est précision, petits ajustages, travail du bois et des matériaux composites, c’était quelque chose qui me parlait énormément déjà. Mais pour autant, sur les techniques musicales je pars complètement de zéro. Là, je suis un pur néophyte. »*

Stéphane Bernard a passé 20 ans chez Airbus, à Toulouse. Il change aujourd'hui de cap, pour se consacrer à sa passion, l'artisanat d'art.
Stéphane Bernard a passé 20 ans chez Airbus, à Toulouse. Il change aujourd'hui de cap, pour se consacrer à sa passion, l'artisanat d'art.
© Radio France - Clément Buzalka

Promouvoir la viabilité de l’association

Ici, on apprend tout, de la théorie à la pratique. Avec un programme précis, et suivi à la semaine par les nouveaux artisans d’art. Mais l’objectif est de fédérer un réseau de luthiers, qui s’installeront à leur compte après la formation, explique Benjamin de Oliveira. « L’année dernière, il y a un projet qui a émergé d’ici, à Grenade-sur-Garonne. Trois personnes du centre de formation, qui ne se connaissaient pas, se sont associées pour lancer une structure. Nous, on veut s’ouvrir à cela. On sait que la plupart vont fonctionner tout seul, comme n’importe quel luthier. C’est vrai que c’est un métier solitaire… »

Dans leur histoire personnelle, on a souvent rappelé à Benjamin de Oliveira et ses deux associés qu’il était rare de voir des structures de lutherie fonctionner avec plusieurs artisans. « On nous a demandé plein de fois ‘pourquoi vous vous mettez à trois ? Vous n’y arriverez jamais, à un c’est déjà difficile’, mais finalement on prouve aujourd’hui qu’on a bien réussi à s’implanter. Cette force d’association peut donc avoir une viabilité dans ce marché de la lutherie, qui est en plein essor. Donc on espère bien qu’il pourra y avoir des projets à plusieurs qui vont se monter, mais pas que. »

Parmi la quinzaine de luthiers qui sortiront d'ici à la fin de l'année, certains voudront peut-être s'associer pour monter leur atelier.
Parmi la quinzaine de luthiers qui sortiront d'ici à la fin de l'année, certains voudront peut-être s'associer pour monter leur atelier.
© Radio France - Clément Buzalka

Une région richement pourvue en luthiers

Depuis l’installation du centre de formation, le marché de la lutherie s’épanouit en Occitanie. Puisqu’on estime à 100 luthiers installés dans la région. Pour autant, pour Alexandre Azzola, Echo d’artistes ne se tire pas une balle dans le pied en formant ses propres concurrents futurs. « Nous ne créons pas un réseau de concurrence, mais un réseau d’entraide. Tous les luthiers ont leur personnalité, leurs préférences. Et finalement, on s’aperçoit que tout le monde est complémentaire. »

Malgré le nombre d’artisans, il existe toujours un manque, en Occitanie, comme ailleurs en France. Face aux industries, qui sortent plusieurs milliers d’instruments chaque mois, les artisans, même nombreux, ne peuvent pas rivaliser. Eux mettent donc en avant le côté humain de leur métier, et les circuits courts. C’est l’approche moderne de la lutherie.

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Références

L'équipe

Sofia Anastasio
Production
Clément Buzalka
Production