George Bernard Shaw (1856-1950)
George Bernard Shaw (1856-1950)
George Bernard Shaw (1856-1950)
George Bernard Shaw (1856-1950)
George Bernard Shaw (1856-1950)
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Résumé

Découverte en 6 minutes du lien entre George Bernard Shaw et la musique. Non, ce n'est pas "My Fair Lady" d'après son "Pygmalion", mais son activité de critique musical au tournant du XXe siècle. Lectures et musiques dans Tendez l'oreille aujourd'hui.

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George Bernard Shaw a écrit plus de 60 pièces, quasiment toutes sur des sujets sociaux : l’éducation, le mariage, la religion, le gouvernement, la santé et les différences de classes. Il était un ardent défenseur de l’égalité des droits entre hommes et femmes… tout en ayant un point de vue sur l’eugénisme qui aurait fait rosir le plus moustachu des Autrichiens. Il est né en 1856, l’année des Walkyrie de Richard Wagner, et est mort en 1950, l’année de Une Chanson Douce d'Henri Salvador.

Et si je vous parle de George Bernard Shaw aujourd’hui, c’est pour vous raconter son activité de critique musical. Période passionnante pour la musique : on pouvait croiser dans la rue Brahms, Dvořák , Tchaïkovsky, Verdi, Gounod et Grieg, et à Londres, dans la dernière partie du XIXe siècle, tous les artistes du Continent défilaient sur la scène du Saint James’s Hall.

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Nous allons effectuer ce qui se rapproche le plus d’un voyage dans le temps : nous allons lire quelques-unes des critiques de George Bernard Shaw, tout en écoutant les enregistrements des artistes dont il parle.

Enrico Caruso

"3 juillet 1905 - j’étais assis à ma place largement à temps pour entendre le premier accord de l’ouverture. Je n’ai pas bavardé pendant que les musiciens jouaient et encore moins élevé la voix lorsque le volume sonore est devenu trop fort pour qu’on pût poursuivre une conversation normale. Mon langage est resté plutôt châtié, eu égard au nombre et à la nature des améliorations que le Signor Caruso a cru devoir apporter à Mozart et à la respectueuse ignorance des moments dramatiques de la partition qu’on laissé transparaître le chef d’orchestre. A vingt et une heure, une dame arriva, en retard. Elle s’était collé au-dessus de l’oreille droite la pitoyable dépouille d’un gros oiseau blanc. J’avoue que ce spectacle m’a mis le coeur au bord des lèvres.”

Eugène Ysaÿe

"24 mai 1889 - dans le concerto de Mendelssohn, Eugène Ysaÿe m’a déçu. Il a une technique prodigieuse, un son ferme et soutenu. Mais son jeu est froid, presque indifférent. Dans la cadenza du concerto, il faisait un sort à chaque phrase et le public chuchotait “comme il est adroit et comme ce doit être difficile !” sans s’apercevoir que le motif de cette cadence était tout simplement un fragment du premier thème du concerto ; alors que samedi, quand Sarasate joua la même cadence, tout le monde saisit l’allusion.”

… et d’ailleurs en parlant de Pablo de Sarasate

"24 mai 1889 - Sarasate donnait samedi dernier le concerto de Mendelssohn. On raconte qu’il lui suffit de parcourir une nouvelle œuvre une seule fois en entier accompagné par son pianiste, pour la savoir par cœur ; et je suis prêt à le croire car il inscrit souvent à son programme des pages rebutantes qu’aucun artiste de sa réputation ne trouverait utile d’apprendre. Il n’interprète jamais rien ; il joue tout superbement, voilà tout.”

Elsie Hall

"25 mai 1892 - le concert, ou en tout cas ce que j’en entendis, était irréprochable, et Miss Elise Hall qui joua deux mouvements d’un concerto de jeunesse de Chopin et en bis sa berceuse a remarquablement progressé (j’allais dir “mûri”, bien qu’elle n’ait encore que treize ans). C’est une “enfant prodige” authentique et non fabriquée de toutes pièces.”

Mais l’année suivante …

"28 juin 1893 - Miss Elsie Hall, toujours dans une robe relativement courte, mais quand même plus policée que naguère, a donné un concert chez Lady Stanley. Ce fut, à vrai dire, une soirée plutôt morne, et plus vite Miss Elsie emmènera son talent et son intelligence indéniables chez le professeur Leschetizky afin d’y recevoir une formation sérieuse, mieux cela vaudra.”

Jean de Reszke

"17 juin 1889 - Jean de Reszke est d’une extrême intelligence lorsqu’il chante, mais il a aussi ses moments de naïveté, pour ne pas dire de stupidité. Si tout ce qu’il fait est avec cette distinction qui lui est propre, sa façon de poser et de jouer pour le public relève de la convention la plus irritante. Mais le charme de De Reszke tient à la beauté de sa voix, à la qualité de sa prononciation, et à la grâce et au raffinement innés de son maintien. Il arrive parfois à l’acteur de s’oublier : si j’avais moi-même l’occasion de visiter un mausolée, je n’y entrerais pas en gambadant comme il en a fait la démonstration samedi par exemple.”

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L'équipe

Christophe Dilys
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