S'adapter aux mouvements des danseurs pour mieux interpréter leur musique
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Résumé

Il est impossible de tout savoir quant à la musique ancienne. Mais certains indices objectifs permettent d'établir d'ouvrir des pistes plutôt fiables : par exemple, les limites rythmiques des corps des danseurs permettent d'en savoir plus sur les tempos pratiqués. Exemple avec une gigue de 1701.

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Deuxième épisode aujourd’hui consacré à la recherche du tempo de la musique ancienne.

La dernière fois, nous avions utilisé le battement de coeur pour déterminer le tempo. Aujourd’hui, je voudrais continuer à éclaircir ce grand mystère avec quelque chose d’un peu plus tangible à savoir : la danse. La question est simple : est-ce que, si on retrouve les pas et les gestes à faire sur telle musique, pouvons-nous alors utiliser le temps que prennent ces pas aujourd’hui pour retrouver le tempo ?

Déjà, ça marche de façon indéniable pour du répertoire plus récent. Prenez Tchaïkovski, le lac des cygnes, 1875. Vous avez la “variation odette” pour danseuse solo dans le deuxième acte. Écoutez-la déjà jouée sans la danseuse.

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Extrait 1 - Lac des cygnes (version orchestrale sans danseuse)

Voilà, vous avez un petit côté assez allant, un peu concert du nouvel an à Vienne. Ça marche bien, c’est plutôt musical, on peut se dire que c’est comme ça que ça se joue. Mais maintenant écoutez la même musique avec danseuse, avec un chef d’orchestre qui suit de près la danseuse et qui lui laisse le temps de développer tous ses gestes.

Extrait 2 - Lac des cygnes (avec danseuse)

C’est presque une autre musique… Oui ! ... Mais c’est la “bonne” en quelque sorte : elle nous paraît presque trop lente, mais c’est comme cela qu'elle devrait se jouer si on veut avoir de la danse sur scène. Et ce qui nous fait nous dire que c’est le bon tempo, c’est que toutes les versions avec danseuse prennent ce tempo.

Cela s'applique-t-il à la musique ancienne ?

Extrait 3 - Chaconne de Phaëton pour danseuse

Et si vous prenez dans le même recueil la chorégraphie non pas pour danseuse mais pour danseur : il a plus d’ornements à faire, plus de gestes, et donc l’orchestre, intelligent, s’adapte et joue plus lentement pour lui laisser le temps.

Extrait 4 - Chaconne de Phaëton pour danseur

Les deux tempos se défendent, parce qu’ils sont associés à la pratique de la danse. Je le vois assez souvent : quand je dirige un orchestre pour accompagner un ensemble de danseurs dans la musique française début XVIIIe, je reste extrêmement vigilant pour mener la musique au rythme des danseurs et je veille en permanence à ce qu’ils ne soient ni pressés ni suspendus dans les airs en attendant le temps suivant.

Ce qui vous gêne par contre, c’est quand on interprète une danse sans du tout se soucier du côté danse.

Je sais pas si ça me GÊNE, il y a sans doute des problèmes plus graves dans la vie… mais effectivement, je me dis que c’est quand même pas dur aujourd’hui de se renseigner un peu sur la danse avant d’en jouer une. Prenez cette gigue de la 6e suite de Charles Dieupart, composée en 1701, jouée sans danseur.

Extrait 5 - Gigue de Charles Dieupart (sans danse)

Et voici la même danse, jouée cette fois pour accompagner les mouvements de vrais danseurs sur scène. Vous allez entendre : là, ça fait tilt, la musique fait sens.

Extrait 6 - Gigue de Dieupart (avec danse)

Il faut donc toujours se référer à la danse ? Cela donne le bon cadre. Combien de fois on se retrouve à jouer avec quelqu’un qui dit “tiens, ouais si on déplaçait l’accent, si on décalait cet appui, ça mettrait un peu plus de groove.” “Bah oui, mais… dans ce cas tu fais pas de la musique baroque, en fait”. Oui, certes, on n’est pas tenus de ne faire que de la musique d’appuis, mais on peut tout à fait faire vivre la musique entre les appuis. C’est juste que quand on respecte les cadres de la danse, on a plus de chance de produire une version proche des habitudes de l’époque, en plus de faire de la belle musique.

Attention !

Il FAUT prendre en compte le fait que chaque notation de chorégraphie de l’époque peut faire débat, peut être sujet à interprétation voire source de contradictions, que nos corps contemporains ne sont pas les mêmes qu'à l'époque, ce qui influe sur le tempo, mais c’est ça qui rend l’exercice pertinent et beau pour le XXIe siècle. Soyons vigilants et informés !

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L'équipe

Christophe Dilys
Christophe Dilys
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