Nikolai Roslavets
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Résumé

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Sixième énigme : une composition du XXe siècle restée inachevée
 

  • Indice 4 : Nikolai Roslavet

Au début du XXe siècle, à l’époque où, dans la foulée de Scriabine, plusieurs compositeurs russes ont tenté de dépasser le majeur et le mineur pour atteindre à une harmonie organique, totalisant parfois les douze sons, et pouvant explorer les micro-intervalles, Léonide Sabaneïev, Nicolas Obouhov, Ivan Wyschnegradsky ou le formidable compositeur qui a écrit un ensemble de préludes : Nikolai Roslavets.   

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Ce compositeur, après avoir été admiré, a littéralement disparu de l’histoire de la musique. Oui, son nom a délibérément été retiré des livres où il était jusque là encensé. Une tragédie.   

La musique de chambre et la musique pour piano solo de Roslavets sont d’une grande qualité et commencent à être jouées. Mais ce compositeur est encore peu connu. Né, suivant les calendriers, fin décembre 1880, ou début janvier 1881, son enfance se passe, selon ses propres termes, dans « un trou paumé moitié ukrainien, moitié biélorusse ». D’une famille de paysans, il est pris en charge par son oncle, violoniste de village, autodidacte, et facteur d’instruments à cordes. C’est lui qui l’initie à la musique. Et il faudra attendre 1902, et l’âge avancé de 21 ans, pour qu’il puisse enfin bénéficier d’un enseignement plus « académique ». En effet, il intègre alors le Conservatoire de Moscou et il y étudie le violon et la composition. Il achève ses études, dix ans plus tard, en composant un opéra-cantate Nebo i Zemlya (« Ciel et terre ») fondé sur un drame de Byron.   

Par la suite, pris par la créativité du début de siècle, il élabore un système harmonique assez personnel fondé sur des accords de 6 à 12 sons. Il en expose les principes dans un traité : Nouveau système d’organisation des sons et nouvelles méthodes d’enseignement de la composition. Et ce sont les compositions écrites entre les années 1920 et 1944, année de son décès, qui exploitent ce système. Il est alors parvenu à un style personnel, proche de l’expressionisme. On pourrait le décrire comme un mix improbable et attachant entre les univers de Scriabine, de Debussy et de Schönberg.    

À l’origine, le compositeur était très apprécié de ses contemporains. Et, dès 1915, il a acquis la réputation d’un grand improvisateur et il est vu comme faisant partie de l’avant-garde de la Russie novatrice, aux côtés de Vladimir Mayakovsky, Kazimir Malevich ou Boris Pasternak. Il est même publié aux côtés des poètes futuristes.   

Pendant quelques années, les honneurs vont continuer à pleuvoir. Que s’est-il donc passé pour que cela bascule ?   

Roslavets a été le premier à faire jouer le Pierrot Lunaire de Schönberg en Russie. Il était un ardent défenseur d’une telle vision de la modernité. Mais elle s’est heurtée à la mise en place du système stalinien, jugée contraire aux intérêts du prolétariat, puis interdite, et même, dans son cas, rétroactivement effacée des livres.   

Mais quelques années formidables ont précédé cette terrible censure, années où modernité et révolution semblaient aller de pair. Le génial The Rest is noise d’Alex Ross est un livre indispensable à lire lorsqu’on veut avoir une vue d’ensemble sur les idéologies qui ont traversée le XXe siècle et sur leurs conséquences musicales.   

Il y est écrit :  
« Lénine avait confié les affaires culturelles de la révolution à Anatoli Lounatcharski, qui, jusqu’en 1929, dirigea le commissariat à l’Instruction. […] il était convaincu que la révolution devait se doubler d’une révolution artistique. Le communisme, selon lui, était la nouvelle religion profane à laquelle les artistes se devaient de fournir la musique, les icônes et l’encens. L’un des premiers soutiens de Lounatcharski dans cette croisade, le poète Vladimir Maïakovski, pensait, comme lui, que le communisme pouvait servir à liquider « l’esthétique du passé et tout son bric-à-brac ». […] les artistes embrassaient le communisme parce qu’il s’engageait à décapiter leur ennemi commun : la bourgeoisie décadente.
À la tête du « Muzo », la section musicale du commissariat à l’Instruction, Lounatcharski nomma le compositeur Arthur Lourié, auteur d’œuvres aussi riches en dissonances qu’en sous-entendus spirituels, à la manière de Scriabine. Sous l’égide de ces deux improbables gestionnaires, la musique soviétique des débuts de la révolution connut une période expérimentale pendant laquelle tout semblait bon à prendre […] leurs œuvres dépassant en inventivité la plupart de celles de leurs confrères d’Europe de l’Ouest. »   

Et le troisième Trio de Roslavets de 1921 permet de découvrir quelques traits de cet âge d’or, une période un peu oubliée aujourd’hui, occultée par la violence des années sombres du stalinisme qui ont suivi. 

♫ Nikolai Roslavets
24 préludes : andante - pour violon et piano
Mark Lubotsky
Julia Bochkovskaia
OLYMPIA
5015524405595-1-1

♫ Nikolai Roslavets
Chamber Symphony, mvt 3 Scherzo
Ilan Volkov
BBC Scottish Symphony Orchestra
Hyperion

♫ Nikolai Roslavets
Trio pour piano, violon et violoncelle, n° 3
Alexander Bonduriansky : piano
Vladimir Ivanov : violon
Mikhail Utkin : violoncelle
Harmonia Mundi 

Références

Programmation musicale

12h53
24 préludes : andante - pour violon et piano / integrale
24 préludes : andante - pour violon et piano / integrale
NICOLAI ROSLAVETS
24 préludes : andante - pour violon et piano / integrale

Interprètes NICOLAI ROSLAVETS, MARK LUBOTSKY

Album Roslavets : preludes, poeme lyrique... (1996)
Label OLYMPIA

L'équipe

Claude Abromont
Claude Abromont
Claude Abromont
Production
Martine Mony
Collaboration