Glenn Gould au studio ©Getty - Photo by Ron Bull/Toronto Star via Getty Images
Glenn Gould au studio ©Getty - Photo by Ron Bull/Toronto Star via Getty Images
Glenn Gould au studio ©Getty - Photo by Ron Bull/Toronto Star via Getty Images
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Résumé

L’arrêt des concerts de Glenn Gould marque la fin de sa première carrière et le début d’une seconde : celle d’un artiste du disque.

En savoir plus

En abandonnant délibérément le spectacle vivant, Glenn Gould s’installe dans le monde des médias, qui dans son esprit comprend l’enregistrement, la radio, le cinéma, l’écrit aussi bien que la télévision. Le disque n'apparaît que comme un élément dans un vaste ensemble d’outils de communication, et dans une réflexion qui va aboutir, non seulement à des émissions, des textes, des albums, mais surtout à un article théorique fondamental : L’enregistrement et ses perspectives, publié en avril 1966 par Glenn Gould dans High Fidelity Magazine.

Cet article sera beaucoup lu et commenté. Gould réalisera même un programme radiophonique où il développera le sujet avec le concours du pianiste Leon Fleisher ou de Marshall McLuhan en personne. Une manière de discuter ses thèses ou plutôt, puisqu’on l’aura compris la dialectique n’est pas son fort, de les faire confirmer par d’autres… Avec le recul, pas mal de choses ont vieilli dans cet article ; et toutes les prédictions ne se sont pas réalisées : « Je réaffirme que le concert est mort, en tant qu’institution sociale aussi bien que comme symbole du mercantilisme (…) D’ici un siècle, le concert tel que nous le connaissons n’existera plus, le média électronique l’aura supplanté ».

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Glenn Gould, en préparation d'un programme radiophonique
Glenn Gould, en préparation d'un programme radiophonique
© Getty - Photo by Ron Bull/Toronto Star via Getty Images

En cette année 1966, quatre émissions importantes voient le jour sous le titre : Conversations avec Glenn Gould. Le pianiste les a soigneusement préparées ; tout est écrit, mais de manière telle que le discours semble couler de source. L’idéal est le même qu’au piano : maîtrise scrupuleuse du contenu, du texte et de la forme, mais recherche, quant à l’expression, du naturel voire de l’improvisé. Avec des thèmes gouldiens : Bach, Beethoven, Strauss et Schönberg. Suivront, la saison suivante, 24 semaines d’une sorte de revue de ses propres enregistrements sous le titre : L’art de Glenn Gould.

Glenn Gould lors du tournage d'un programme pour la télévision
Glenn Gould lors du tournage d'un programme pour la télévision
© Getty - Photo by John Mahler/Toronto Star via Getty Images

C’est encore l’époque où le disque commence à apparaître, non comme un simple objet d’échange, mais comme un possible espace de jeu et de créativité pour les artistes eux-mêmes. Toujours radical, Gould va aller très loin dans cette idée. Là où nombre de musiciens réduisent le disque au rang de simple photographie, lui l’élève au statut de vision possiblement idéale, absolue, techniquement et artistiquement. Plus parfait que n’importe quel concert ne pourra jamais l’être puisqu’en studio, on maîtrise tous les aléas.

« J’adore l’enregistrement parce que si quelque chose d’exceptionnellement beau survient, on sait que ça va rester ; et si ce n’est pas le cas, on vous donne une autre chance de parvenir à l’idéal. » - Glenn Gould

Les disques qui vont suivre apparaissent comme les fruits logiques de ce parti-pris. Avec en plus une option esthétique consistant à prendre volontairement le contrepied de ce qui se fait traditionnellement ; voire le contrepied de l’œuvre elle-même ! Ainsi pour l’Appassionata, de Beethoven, que Glenn juge « narcissiquement pompeuse et belliqueuse », il adopte un tempo exagérément lent qui fige la fougue et la passion suggérées par le sous-titre. Une neutralisation délibérée qui peut désarçonner l’auditeur. D’autant que Gould à un sens de l’exagération qui peut tourner parodie… Ce qu’il justifie ainsi : « La seule excuse qu’on ait pour faire un enregistrement, c’est de le faire différemment, d’approcher l’œuvre d’un point de vue totalement re-créateur, de l’interpréter comme personne ne l’a jamais entendue ».

Bibliographie :

  • Kevin Bazzana, Glenn Gould - Le dernier puritain (Buchet-Chastel)
  • Peter F. Ostwald , Glenn Gould - Extase et tragédie d'un génie (Actes Sud)
  • Glenn Gould , Contrepoint à la ligne et autres écrits – Traduction et édition établies par Bruno Monsaingeon (Robert Laffont)
  • Geoffrey Payzant , Glenn Gould - Un homme du futur (Fayart)
  • Glenn Gould , Entretiens avec Jonathan Cott (10/18, musiques & cie)
  • Jean-Yves Clément , Glenn Gould ou le Piano de l'esprit (Actes Sud)
  • Thomas Bernhard , Le naufragé (Folio)
Kevin Bazzana, Glenn Gould - Le dernier puritain (Buchet-Chastel) / Glenn Gould - Contrepoint à la ligne et autres écrits (Robert Laffont)
Kevin Bazzana, Glenn Gould - Le dernier puritain (Buchet-Chastel) / Glenn Gould - Contrepoint à la ligne et autres écrits (Robert Laffont)

Émission proposée en partenariat avec La Croix.

La Croix l'Hebdo
La Croix l'Hebdo
59 min

Programmation musicale :

Jean-Sébastien Bach
Variations Goldberg BWV 988 - pour piano : Aria
Glenn Gould, piano
SONY

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Jean-Sébastien Bach
Invention nº14 en Si bémol Maj BWV 800
Glenn Gould, piano
SONY

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Moritz Moszkowski
Etude nº11 en La Bemol Maj op 72
Vladimir Horrowitz, piano
CBS

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Serge Prokofiev
Sonate nº7 en Si bémol Maj op 83 - precipitato / Pour piano
Glenn Gould, piano
SONY

*

Ludwig van Beethoven
Concerto n°5 en Mi bémol Maj op 73 (L'empereur) : Allegro
American Symphony Orchestra - Leopold Stokowsky
Glenn Gould, piano
COLUMBIA

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Ludwig van Beethoven
Sonate en sol maj op 96 - I. Allegro moderato / Pour piano et violon
Glenn Gould, piano
Yehudi Menuhin, violon
SONY

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Jean-Sébastien Bach
Sonate nº4 en ut min bwv 1017 - II. Allegro / Pour piano et violon
Glenn Gould, piano
Yehudi Menuhin, violon
SONY

*

Richard Strauss
3 Lieder der Ophelia op 67 : Sie trugen ihn auf der Bahre Bloss op 67 n°3
Glenn Gould, piano
Elisabeth Schwarzkopf, soprano
SONY CLASSICAL

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Richard Strauss
Morgen op 27 n°4 TrV 170 n°4
Glenn Gould, piano
Elisabeth Schwarzkopf, soprano
SONY CLASSICAL

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Jean-Sébastien Bach
Partita nº5 en Sol Maj BWV 829 pour piano : Allemande
Glenn Gould, piano
SONY

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Jean-Sébastien Bach
Partita nº4 en Ré Maj BWV 828 pour piano : Allemande
Glenn Gould, piano
SONY

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The Beatles
Sgt. pepper's Lonely Hearts club band / A day in the life
PARLOPHONE

*

Ludwig van Beethoven
Sonate pour piao n°6 en Fa Maj op 10 n°2 : 3. Presto
Glenn Gould, piano
SONY

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Ludwig van Beethoven
Sonate pour piano n°23 en fa min op 57 (Appassionata) : 1. Allegro assai / 3. Allegro ma non troppo - Presto
Glenn Gould, piano
CBS

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Glenn Gould
So you want to write a fugue - pour quatuor vocal et quatuor à cordes
Nicolas Rivenq, direction
SONY

*

Jean-Sébastien Bach
Prélude et fugue en la min BWV 865 - fugue
Glenn Gould, piano
SONY

*

Richard Wagner
Les maîtres chanteurs : Prélude de l'acte I - arrangement pour piano
Glenn Gould, arrangement et piano
SONY

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Jean-Sébastien Bach
Concerto pour piano en fa min BWV 1056 : 3. Presto
Glenn Gould, piano
Orchestre Symphonique de la Columbia - Vladimir Golschmann
SONY

Références

L'équipe

Lionel Esparza
Lionel Esparza
Lionel Esparza
Production
Lionel Esparza
Lionel Esparza
Floriane Esnault
Collaboration