Postes non pourvus : l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine met en garde

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Postes non pourvus : l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine met en garde

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Compliqué pour l'ONBA d'organiser des recrutements dans un contexte budgétaire extrêmement tendu
Compliqué pour l'ONBA d'organiser des recrutements dans un contexte budgétaire extrêmement tendu
© Maxppp - Bonnaud Guillaume

"Vers la fin de l’année 2023, près d’un poste sur six ne sera pas pourvu, et le phénomène continuera ces prochaines années", s'inquiètent les musiciens dans une lettre ouverte.

Ils ne ciblent personne, mais mettent en garde contre une "situation économique et fonctionnelle préoccupante". 82 musiciens de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine ont signé le mois dernier une lettre ouverte, dans laquelle ils se disent préoccupés par l'accumulation de postes non pourvus au sein de l'ensemble. "Depuis quelques années, et par un jeu naturel des générations, les départs à la retraite au sein de notre orchestre s’accélèrent", constatent-ils. Selon eux, à la fin de l’année 2023, "près d’un poste sur six ne sera pas pourvu, et le phénomène continuera ces prochaines années".

"Nous sommes 91 alors que nous devrions être 106"

"Si l'on est très peu nombreux, ça va être difficile de remplir nos missions. Depuis plusieurs années et pour diverses raisons, nous avons accumulé du retard sur les recrutements et à chaque fois que quelqu'un part à la retraite, nous avons du mal à le remplacer rapidement, il y a un manque d'anticipation", observe Tristan Liehr, chef d'attaque des seconds violons de l'ONBA, syndiqué à la SamNA-CGT (le syndicat représentatif des musiciennes et musiciens de Nouvelle-Aquitaine) : "Actuellement au sein de l'orchestre, nous sommes 91 alors que nous devrions être 106". Avec deux musiciens en congés sans solde, 13 postes sont réellement vacants, principalement aux pupitres de cordes. "Dont un poste capital, celui de super soliste, Vladimir Nemtanu étant parti il y a plus de deux ans et n'ayant toujours pas été remplacé", pointe Tristan Liehr. Fin décembre, deux autres musiciens s'en iront, portant le nombre postes vacants à 15 : "La direction n'a actuellement pas les moyens d'organiser les recrutements."

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Compliqué en effet d'organiser des recrutements dans un contexte budgétaire extrêmement tendu, fait-on savoir du côté de l'Hôtel de Ville. "En ce moment, nous naviguons un peu à vue, nous sommes actuellement tous très occupés par les situations budgétaires. Le point d'indice a augmenté, le coût de l'énergie aussi, très fluctuant, ce qui ne nous permet pas forcément d'esquisser de perspectives fiables", explique à France Musique Dimitri Boutleux, adjoint chargé de la création et des expressions culturelles, également président de l'ONBA. "Nous sommes au bout de nos limites. Nous nous sommes déjà engagés à ne pas baisser la subvention de l'opéra, et nous nous pencherons sur la question des postes vacants quand les planètes seront mieux alignées. Je sais que tout le monde est très impatient, mais je pense que pour les remplacements, il faudra tenir le coup", estime l'élu, soulignant tout de même un "renouvellement générationnel auquel il faut être attentif" au sein de l'orchestre. "Un poste sur 6 non renouvelé, ce serait quand même beaucoup."

Reportage
3 min

Où aller chercher l'argent ?

Face à des finances exsangues - comme dans un certain nombre d'opéras en France et en Europe - où aller chercher l'argent ? À la région ? "Cette dernière a baissé sa subvention pendant la crise du Covid", déplore le violoniste Tristan Liehr. Sans compter que "l'exception bordelaise, c'est qu'il n'y a pas de compétence culture à la métropole. Or, cette dernière pourrait très bien être être co-financeuse, ne serait-ce parce que l'opéra de Bordeaux est d'intérêt métropolitain", glisse de son côté Dimitri Boutleux. C'est aussi l'avis d'Emmanuel Hondré, le nouveau directeur général de l'ONBA : "Un opéra national qui ne soit pas financé par une métropole, c'est presque une anomalie. Notre public est composé pour un tiers d'habitants de la métropole. Mais il faudrait un projet d'opéra plus accentué sur la métropole pour que nous puissions avoir cette discussion avec les élus. Pour moi, c'est la voie de l'avenir de l'opéra."

Emmanuel Hondré met lui aussi l'accent sur un "surcout d'énergie colossal" à l'opéra (+1,3 millions de frais rien que pour l'année 2022), qui concentre les préoccupations, mais ne laisse pas pour autant la questions de recrutement sur le bas-côté : "Le but n'est pas de sacrifier l'emploi des musiciens, ni de rester immobile sans agir, je partage leur analyse. Je suis en train d'étudier plusieurs scénarios, en concertation, une phase d'études et de réflexions, pour savoir comment planifier le renouvellement des effectifs dans les années à venir. Je sais que c'est très important pour la vie de l'orchestre."