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Pourquoi faire de la musique ensemble nous fait tant de bien ?

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Pourquoi faire de la musique ensemble nous fait tant de bien ?
Pourquoi faire de la musique ensemble nous fait tant de bien ?
© Getty - Giorgio Rossi / EyeEm

Que vous fassiez partie d’une chorale ou d’un orchestre ou que vous aimiez tout simplement pousser la chansonnette dès que vous êtes avec des amis, faire de la musique avec les autres vous fait le plus grand bien. Pourquoi ? Eléments de réponse en 4 points.

1. Un remède anti-stress puissant

A la fin d’une longue journée de travail ou suite à une réunion tendue, vous êtes en état de stress. Et il est fort à parier que, sur le chemin de retour ou une fois rentré chez vous, vous écouterez votre playlist préférée, parce que vous savez qu’elle vous apportera un apaisement. Comment ça marche ? La musique peut réguler notre humeur, et notamment la sécrétion du cortisol, hormone de stress, explique Emmanuel Bigand, chercheur en psychologie cognitive à  l'université de Dijon. Vieux comme le monde, le mécanisme de stress repose sur la sécrétion du cortisol face à une agression physiologique ou physique, ce qui nous prépare à la fuite ou au combat. Si sa concentration dans le sang se prolonge, il devient nocif, et notamment affaiblit le système immunitaire et augmente le risque de la dépression.

Les recherches ont montré que la musique, en particulier bien choisie, peut réguler la concentration de cortisol dans le sang. Et son effet, lorsqu’on ne se limite pas seulement à écouter, mais qu'on la pratique en groupe, est multiplié, selon Sonia Lupien, professeure au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, «Des recherches ont démontré que chanter dans une chorale réduisait les hormones du stress d’environ 20 %. Chanter seul les abaissait de 15 %. On peut donc imaginer que le lien social est responsable des 5 % additionnels», mentionne-t-elle.

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2. Un marqueur d’attachement et d’appartenance

A chaque fois que vous chantez dans un chœur, vous vous sentez porté par une énergie commune qui vous donne l’impression de vous voir pousser des ailes. Une sorte de communion que vous ne trouvez nulle part ailleurs. Pourquoi cela arrive-t-il ? La réponse est à chercher dans le circuit du plaisir dans notre cerveau stimulé par la pratique musicale qui, comme une grande caresse, libère les endorphines, ces molécules de bonheur, et vous procure un sentiment de bien-être. Mais ce n’est pas tout : le sentiment d’appartenance que vous éprouvez en chantant (ou jouant) en groupe, vous vient de l’ocytocine, hormone associé à l’attachement, au sentiment de confiance, essentielle entre autres dans le rapport d’une mère à son enfant. Et la musique y participe depuis la nuit des temps : la preuve en est l’universalité des berceuses, chantées sans exception dans toutes les cultures du monde.

Pour Emmanuel Bigand, il y a une prédisposition de l'espèce humaine à utiliser la musique comme un marqueur d'attachement à l'autre. «Lorsqu’une mère chante à son bébé, et même lorsqu’elle lui parle, c’est en analysant les caractéristiques mélodiques que le bébé va comprendre l’état émotionnel de sa mère alors qu’il ne possède pas encore le langage. Cette musicalité communicative va lui procurer le sentiment d’attachement et de sécurité affective qui sont vitaux pour sa survie.» Ce sentiment d’attachement que nous allons chercher tout au long de la vie au moment de détresse, lorsque la relation à l’autre devient vitale. Et on l’a vu au début de la pandémie, lorsque la musique s'est mise à résonner des fenêtres et des balcons ou sur les réseaux sociaux. Elle fut la réponse à l’isolement imposé par la Covid, une main tendue pour garder le lien. Parce que la musique est un liant social déterminant dans l'évolution de notre espèce, explique Emmanuel Bigand. « Il y avait des tas de moyens de communication qui étaient perdus, les gens ne pouvaient pas se voir, encore moins se toucher, il ne restait que le son qui traverse les distances et a le pouvoir de fédérer des groupes beaucoup plus grands que le langage. C’est un besoin de mise en relation par le son qui s’est exprimé afin de nous redonner confiance. » conclut le chercheur.

3. Un vecteur du lien social, de la coopération et la collaboration

Si vous pratiquez la musique en groupe, vous savez que le b.a. - ba de toute performance réussie est de pouvoir commencer ensemble et finir sur le même temps, si cela est exigé par la partition, bien sûr. Quel que soit le style de musique que vous pratiquez, la règle est toujours la même : on parle avant ou après, et surtout pas pendant. Comment se fait-il qu’on y arrive quand même ?

Notre cerveau se synchronise avec la musique, explique Laurel Trainor**,** musicienne et psychologue de l’Université canadienne McMaster. Une synchronisation qui est possible grâce à sa structure rythmique. Et cette synchronisation avec les autres créé le sentiment de cohésion sociale. «Les recherches ont prouvé que les personnes qui ont bougé-dansé sur la même musique de façon synchrone, ont développé plus d’affinités et de confiance : ils communiquent et collaborent mieux, se font plus confiance et s’apprécient mieux. »

Une fois en situation de concert, les musiciens se coordonnent en anticipant, précise la chercheuse. « Ils doivent également anticiper sur l’émotion qu’ils veulent transmettre aux autres collègues, mais aussi à l’audience. S’ils attendent d’entendre ce que les autres vont jouer, ce sera trop tard.» La même chose se produit dans notre cerveau lorsqu’on danse sur un rythme donné, rajoute-t-elle : notre cerveau anticipe sur la suite de la musique pour coordonner nos mouvements dans le rythme. Cette coordination et cette anticipation se font de manière extrêmement rapide et inconsciente. »

4. Un liant culturel

Vous aimez le Gospel ? La musique de la Renaissance ? Des tubes pop des années 1960 ? La musique symphonique romantique ? Pour votre pratique musicale, vous avez cherché à rejoindre un ensemble qui partage les mêmes goûts. Et même si vous ne connaissez pas encore vos futurs complices musiciens, vous partez du principe que vous allez bien vous entendre. Les chercheurs ont démontré que lorsque nous découvrons que nous partageons les mêmes goûts musicaux avec quelqu'un, nous avons tendance à avoir une meilleure opinion sur lui, parce que les préférences musicales dépassent le domaine du loisir. « Les goûts musicaux sont associés à certaines valeurs, précisent-ils, qui influencent l'idée que nous nous faisons de cette personne et à quel point nous pourrons l'apprécier.»

L'identification à un groupe ou à une communauté est particulièrement importante à l'adolescence, mais se retrouve également dans le contexte familial. Une recherche démontre ainsi l'importance de la pratique musicale dans la cohésion familiale et le bien-être de ses membres, qui agit comme un "liant social" qui rapproche, même dans les cultures où l'interdépendance familiale est moins présente. «Les gens se lient à travers la pratique musicale et partagent les références musicales. Ainsi, la musique contribue à l'affirmation des identités collectives.» expliquent les chercheurs.

Alors, sans plus attendre, avec vos proches ou vos amis, faites de la musique ! Votre cerveau et votre coeur vous diront merci.