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Saint-Saëns : 10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur le père du Carnaval des animaux

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Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
© Getty - Keystone-France

Enfant prodige, voyageur invétéré, défenseur de la musique française mais aussi premier compositeur à écrire pour le cinéma, voici 10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Camille Saint-Saëns.

Né le 9 octobre 1835 et décédé à 86 ans le 16 décembre 1921, le compositeur Camille Saint-Saëns fera partie de presque un siècle de l'histoire musicale française. Plus qu'un simple témoin, il contribue activement aux avancées musicales de la France, et façonne son évolution. A sa mort, le Figaro affirme la grandeur du musicien défunt en attestant que « Camille Saint-Saëns est le cerveau musical le plus puissant que, jusqu'à ce jour, la France ait engendré ».

Camille Saint-Saëns, jeune prodige

On dit que Camille Saint-Saëns savait déchiffrer une page de musique avant même de pouvoir lire. Quoi qu’il en soit des légendes, une chose est sûre : le jeune Camille Saint-Saëns est un prodige de la musique. Il donne son premier concert public le 6 mai 1846 à la Salle Pleyel, à l’âge de 10 ans. Alors qu’il rentre au conservatoire en 1848, pour y étudier l’orgue, Saint-Saëns est déjà un musicien de grande réputation en France.

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Les talents du jeune musicien suscitent l’admiration de nombreux contemporains, dont Gabriel Fauré et Franz Liszt. Ce dernier affirme que Saint-Saëns est le meilleur organiste au monde, en ajoutant, « On peut être aussi musicien que Saint-Saëns, on ne peut l’être davantage ».

Compositeur prolifique, il signe un catalogue de plusieurs centaines d’œuvres, dont douze opéras, cinq symphonies, plusieurs concertos pour piano, pour violon et pour violoncelle, un requiem, un oratorio, de nombreuses œuvres pour ensemble de chambre et plus d’une trentaine de mélodies. A l’aube du XXe siècle, Camille Saint-Saëns sera tout simplement le compositeur vivant le plus joué en France.

Prix de Rome, une suite d’échecs

Au XIXe siècle, il existe un rite de passage pour tout compositeur français souhaitant confirmer ses talents aux yeux de ses contemporains : le Prix de Rome. De nombreuses figures de la musique française ont remporté ce célèbre prix, dont Berlioz, Gounod, Bizet, Massenet, Debussy et Lili Boulanger. Il semblerait ainsi évident que Camille Saint-Saëns, compositeur prolifique et musicien prodigieux dès son plus jeune, rejoigne rapidement le panthéon des vainqueurs du prestigieux concours. Mais la réalité n’est pas toujours aussi évidente.

Sa première candidature en 1852 est un échec, car on le juge trop jeune. Découragé par cette première défaite, il attend 12 ans avant de se présenter à nouveau au concours. Camille Saint-Saëns est alors organiste titulaire à la prestigieuse paroisse de la Madeleine de Paris, mais aussi un compositeur et interprète de grande renommée. Mais un membre du jury, le compositeur Hector Berlioz, estime que le candidat est alors trop âgé, ajoutant de manière ironique : « Il sait tout, mais il manque d'inexpérience » !

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Compositeur prolifique, mais pas que !

Saint-Saëns laisse à sa mort un immense catalogue d’œuvres diverses et variées, mais sa créativité et sa curiosité ne se sont pas limitées à la musique. Tout au long de sa carrière musicale, il se consacre également à l’étude de nombreuses disciplines non-musicales dont la géologie, la botanique, la vulcanologie, l’astronomie, la poésie, la littérature, la philosophie, les mathématiques, et l’acoustique. Il entretient non seulement de régulières discussions avec les plus grands scientifiques de ces domaines mais publie également de nombreux articles dans les revues littéraires de son époque.

Saint-Saëns écrit également deux ouvrages scientifiques et philosophiques, Problèmes et mystères (1894) et Divagations sérieuses (1922), sans pour autant prétendre apporter à ces domaines une expertise quelconque : « Chacun de nous a le droit de parler de ces choses, parce que nul ne peut se flatter d'être en cela plus clairvoyant que son voisin », écrit-il dans la préface de Problèmes et mystères, ouvrage inspiré d’une lettre qu’il souhaitait adresser au célèbre physicien et astronome Gustave-Adolphe Hirn.

Saint-Saëns, le premier à…

Né en 1835 et mort en 1921, Camille Saint-Saëns poursuit sans relâche une carrière musicale de près de huit décennies. Il est ainsi peu surprenant de trouver le compositeur à l'origine de nombreux exploits marquants dans le monde de la musique. En effet, en 1858 Camille Saint-Saëns devient le premier grand compositeur français à signer une œuvre concertante pour piano, avec son Concerto pour piano no.1 en ré majeur, op.17.

Il est l’un des premiers compositeurs, aux côtés de Grieg et Debussy, à expérimenter les technologies de l’enregistrement sonore et de la gravure. En juin 1904, Camille Saint-Saëns accepte de se faire enregistrer par la Gramophone Company, entreprise britannique fondée en 1898. Il grave une série d’enregistrements seul au piano, puis d’autres aux côtés de la mezzo-soprano Meyriane Héglon.

Il est également le premier compositeur au monde à s’intéresser à un nouveau phénomène technologique: le cinéma. Pour le film L’assassinat du Duc de Guise (1908) d’André Calmettes et de Charles Le Bargy, Saint-Saëns écrit une suite en 5 tableaux pour petit orchestre (l’opus 128), composé d’ensemble de cordes, de cinq instruments à vent, d'un piano et d'un harmonium.

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Wagner, oui ! Le wagnérisme, non !

En 1859, Camille Saint-Saëns fait la rencontre de Richard Wagner lors d’un séjour de ce dernier à Paris. Saint-Saëns fera vite partie des familiers de Wagner et sera notamment le premier à jouer des transcriptions de ses œuvres. Son pèlerinage à Bayreuth en 1876 lui inspire une série d’articles sur le projet lyrique titanesque de Wagner, et il devient l’un des grands défenseurs du compositeur allemand tendancieux.

Mais lorsqu’une hégémonie culturelle germanique commence à envahir l’horizon musical français, lorsqu’une  « wagnérolâtrie » domine l’attention française au profit de ses propres compositeurs, Saint-Saëns se réveille de son rêve wagnérien : « Je me suis cru moi-même wagnérien pendant un certain temps. Quelle était mon erreur et que j’étais loin du compte ! ».

Mais si Saint-Saëns critique ouvertement le culte croissant de Richard Wagner et l’esprit nationaliste qui l’entoure, il ne renie pas pour autant le génie musical wagnérien : « La wagnéromanie est un ridicule excusable ; la wagnérophobie est une maladie » écrit-il en 1876 dans son ouvrage Regards sur mes contemporains.

Fondateur de la Société nationale de musique

En février 1871, la guerre franco-allemande gronde toujours. La défaite française ne saurait tarder, et arrive un sentiment français de frustration envers leur ennemi. La domination allemande dans la programmation musicale des concerts en France exaspère bon nombre de compositeurs français, éclipsés par la musique de Wagner mais aussi de Beethoven. Aux côtés du professeur de chant Romain Bussine, Camille Saint-Saëns décide ainsi de créer en 1871 la Société Nationale de Musique, afin de promouvoir le génie musical français longtemps ignoré face à la tradition germanique.

L’objectif de la SNM est également d’accorder plus de ressources à la musique d’orchestre et de chambre, genres souvent écartés en faveur de la musique vocale et l’opéra. Cette volonté encourage de nombreux compositeurs français à s’intéresser à la musique de chambre, stimulant ainsi la production française de ce genre :

« Pour être franc, avant 1870 je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, pouvoir composer une sonate ou un quatuor. À cette époque, un compositeur n’avait aucune chance d’être entendu avec de telles œuvres. C’est Saint-Saëns et la SNM qui m’ont donné l’impulsion » avoue Gabriel Fauré en 1922 dans le journal Le petit parisien. Si la musique de chambre française a connu un regain d’intérêt à l’aube de la Troisième République, c’est bien grâce à Camille Saint-Saëns et la SNM, véritable berceau et sanctuaire de la musique française.

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Les voyages de Mr Sannois

Camille Saint-Saëns est un grand voyageur, et passera une bonne partie de sa longue carrière à se déplacer sans cesse d’un pays à l’autre, au point parfois de ne pas avoir d’adresse fixe ! Tout commence en 1873 lorsqu'il se rend en Algérie sous les conseils de son médecin pour soigner une phtisie congénitale. C’est ainsi que la passion du voyage prend racine. Ses nombreux engagements en tant que musicien virtuose mais aussi chef d’orchestre lui permettent à la fois de voyager dans le monde et de puiser dans de nouveaux fonds musicaux, mais aussi d’exporter l’école musicale française à l’étranger.

Il effectue près de 200 voyages à travers 27 pays différents, dont les traces résonnent dans bon nombre de ses œuvres. Mais à l’époque il est déjà difficile de voyager lorsqu’on est une célébrité, et le nom Camille Saint-Saëns est connu bien au-delà des frontières françaises. Il choisit donc le nom d’emprunt de Charles Sannois, afin d’éviter toute attention. Monsieur Sannois traversera non seulement l’Europe mais le globe, de Cadix à Ceylan, d’Alger à New-York, du Caire aux Îles Canaries.

Une musique ouverte sur le monde

En 1902, Camille Saint-Saëns se présente dans une lettre à son éditeur Jacques Durand comme « l’orientaliste de la musique ». En effet, les nombreux voyages de Camille Saint-Saëns font de lui un compositeur ouvert sur l’étranger et ses nombreuses influences, ce qui ne manque pas d’interpeller ses contemporains à une époque où le voyage reste encore un rare plaisir.

Mais cette soif pour l’inconnu provient également d’un positionnement personnel et politico-culturel. Fermement opposé à l’invasion de la musique allemande et à l’esprit nationaliste croissant en Europe, Saint-Saëns se tourne ainsi naturellement vers un multiculturalisme musical, un art ouvert à l’altérité. Ainsi, ses voyages en Algérie lui inspirent sa Suite algérienne mais aussi la Bacchanale de son opéra Samson et Dalila. On peut également entendre son séjour en Egypte à travers son Concerto n°5 pour piano, baptisé L’Égyptien, mêlant un langage occidental aux influences de la musique locale égyptienne. Mais si son opéra La Princesse Jaune rappelle l'Asie et le Japon, ce voyage se fait uniquement par l'imaginaire du compositeur !

Le Carnaval des animaux, une blague à censurer !

Alors que Camille Saint-Saëns est censé composer sa troisième symphonie, il s’accorde en 1885 un moment de plaisir et se lance dans la composition d’une suite humoristique de quatorze portraits musicaux de caricatures animalesques : Le Carnaval des animaux.

Mais l’œuvre humoristique est loin de l’esthétique musicale sérieuse à laquelle adhère Saint-Saëns, et ce dernier craint que sa blague musicale ne nuise à son image de compositeur (même s’il admet dans une lettre à son éditeur que « c’est si amusant ! »). Il décide ainsi d’interdire toute interprétation et publication de son Carnaval suite à sa création et quelques interprétations semi-privées : seule l’interprétation du Cygne pour violoncelle est autorisée. Ce n’est qu’après la mort de Saint-Saëns en 1921 que son Carnaval sera finalement publié, en avril 1922.

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Saint-Saëns, seul contre tous

Les talents musicaux de Camille Saint-Saëns sont incontestés de son vivant et font l’unanimité, mais cela n’empêche le célèbre compositeur et interprète de se faire souvent critiquer par ses contemporains, notamment pour le choix des sujets de ses livrets, son éclectisme, ainsi que le classicisme et l'académisme de son style de composition : « Monsieur Saint-Saëns est l’homme de France qui sait le mieux la musique du monde entier. Cette science de la musique l’a d’ailleurs conduit à ne jamais consentir à la soumettre à des désirs trop personnels », ironise Claude Debussy dans ses écrits sous le nom de « Monsieur Croche ».

Mais il est évident que Camille Saint-Saëns ne cherche pas non plus à se faire des amis. Il ne se gêne pas de faire connaitre dans la presse son avis souvent acerbe quant à la musique d’autres compositeurs français. Il critique ouvertement la musique de Debussy, de Franck, de Massenet, de Vincent d’Indy et même d’Igor Stravinsky. Lors de la célèbre création du Sacre du printemps de ce dernier, Saint-Saëns quitte la salle de concert après seulement quelques notes, considérant que Stravinsky ne savait pas écrire pour le basson !

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