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Thomas Jolly : un metteur en scène de théâtre (et d'opéra !) pour les Jeux Olympiques

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Thomas Jolly, directeur du centre dramatique national Le Quai d'Angers
Thomas Jolly, directeur du centre dramatique national Le Quai d'Angers
© Maxppp - Josselin Clair

Thomas Jolly, 40 ans, sera le directeur artistique des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux de Paris 2024, ont annoncé mercredi les organisateurs. Le prodige du théâtre français a aussi fait quelques incursions dans le monde de l'opéra.

Faut-il s'attendre à des élans opératiques pour les cérémonies des Jeux Olympiques ? Certes, leur metteur en scène, Thomas Jolly, est plus connu pour dynamiter le répertoire shakespearien que pour ses accointances lyriques. Mais le prodige du théâtre français, 40 ans, pourrait bien laisser ses expériences passées - et à venir - avec le monde lyrique influencer sa direction artistique. Lui qui loue la "grandeur spectaculaire" permise par l'opéra, somme toute plutôt indiquée pour la mise en scène de l'évènement sportif le plus médiatisé au monde.

"À l'opéra, le metteur en scène est soumis à des forces plus fortes que lui"

Car Thomas Jolly n'est pas seulement homme de théâtre : il est aussi metteur en scène d'opéra. Après l'Eliogabalo de Cavalli en 2016, un Fantasio d'Offenbach acclamé en 2017, il s'est attelé en 2019 à la création de Macbeth Underworld, sur la composition de Pascal Dusapin, au Théâtre Royal de la Monnaie. Invité de la matinale de France Musique, le metteur en scène de Richard III et d'Henry VI livrait alors à Jean-Baptiste Urbain sa conception de la mise en scène d'opéra : "Je crois que je ne travaille plus du tout de la même façon au théâtre depuis. [...] À l'opéra, le metteur en scène est soumis à des forces qui sont plus fortes que lui. Comment se glisser dans une musique, comment se glisser dans les contraintes techniques d'une maison aussi gigantesque, comment s'adapter aux questions de direction musicale ? Tout cela est un parcours parfois un peu épineux, mais assez passionnant."

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Et le metteur en scène, directeur du centre dramatique national Le Quai d'Angers, évoque la question de la temporalité propre, selon lui, à l'opéra : "Quand je monte un opéra, je dis toujours 'là, il y aura', ou bien 'là il se passera'. Parce que c'est un art que j'appelle l' 'art du futur', où tout arrive très tard. Cela m'a aussi fait revoir la façon dont je mettais en scène le théâtre."

"Sobre et spectaculaire"

L'opéra, "une envie secrète partagée par la plupart des metteurs en scène", confiait d'ailleurs Thomas Jolly en 2016 à France Musique. C'était lors de ses tout premiers pas à l'Opéra de Paris, pour la mise en scène d'Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier, en ouverture de saison. Un défi corsé, relevé avec brio par le Rouennais d'origine, âgé alors de 34 ans : "Il n'y a qu'à l'opéra où l'on peut se permettre cette grandeur spectaculaire. Ce n'est évidemment pas un passage obligé, mais ce qui est sûr, c'est que cela vous déplace, vous déstabilise. Ce n'est clairement pas le même métier".

Une "grandeur spectaculaire" mise en pratique lors des cérémonies des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 ? La sobriété, au contraire ? Où bien les deux, comme il le confie d'ores et déjà au Monde ? Entre temps, Thomas Jolly passera une nouvelle fois par la case opéra, avec la mise en scène de Roméo et Juliette de Gounod, présentée du 14 juin au 15 juillet 2023 à Bastille. Une œuvre en 5 actes où l'on retrouve "des choses à la fois extrêmement sombres, ténébreuses, presque angoissantes, et des choses très raffinées et légères", décrit le metteur en scène, qui reste assez énigmatique. En 2024, il aura l'occasion de relever son plus grand défi, tout en démesure.