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VIDÉO - Le frisson musical, une explosion dans le cerveau

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Le frisson musical enflamme le cerveau.
Le frisson musical enflamme le cerveau.
© Getty - Vico Stephen

En concert, dans un casque, vous écoutez un morceau et tout d’un coup : la chair de poule, un courant d’air frais dans la nuque, l’envie de pleurer... Vous vivez un frisson musical, une manifestation physique de l’émotion, liée aux effets de la musique sur le cerveau.

« Lors du premier acte de La Mer de Debussy, il y a des roulements de timbales, des cymbales, ça devient de plus en plus puissant, à ce moment-là, à chaque fois, j'ai des frissons partout », témoigne Anne Paceo, batteuse et compositrice. Que ce soit de la musique classique, du jazz, de l’électro, du rap, tous les genres peuvent provoquer le frisson, ce moment où le corps réagit spontanément à un passage musical.

VIDÉO : Le frisson musical expliqué

Cet état est hors de notre contrôle, explique Emmanuel Bigand, professeur en psychologie cognitive. Il est lié au système neurovégétatif : « C’est un système qui régule le fonctionnement de votre physiologie, le rythme cardiaque, la respiration et qui est hors de votre conscience. Si quelque chose se produit qui touche votre système émotionnel, il va y avoir automatiquement un changement dans ce système neurovégétatif et ça va se traduire par la chair de poule, par des frissons dans le dos…».

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Sans en avoir conscience, le corps réagit donc à certains passages musicaux et ce frisson peut être déclenché par la mémoire. Le morceau écouté est alors associé à un évènement de vie marquant, un souvenir. Melissa Laveaux, compositrice et interprète, confie ressentir toujours la même réaction incontrôlable avec la chanson Tomorrow de la comédie musicale Annie, un genre qu’elle a beaucoup écouté dans sa jeunesse : « Chanter Tomorrow me fait toujours chialer, toujours. C’est pour cela que je ne la chante plus en public ». Une solution radicale pour éviter le frisson. Mais si Mélissa Laveaux peut prévoir à l’avance la réaction qu’elle aura en écoutant Tomorrow, ce n’est pas le cas lorsqu’elle ressent un frisson purement musical, qui n’est pas lié à la mémoire et qui est totalement imprévisible, ou presque.

Ce qu’il se passe dans le cerveau

Le frisson musical est suscité par une expérience sur le vif, dans un concert par exemple, peu à peu la musique déclenche une émotion, de plus en plus forte, vous avez l’intuition qu’il va se passer quelque chose, jusqu’à ce que le frisson vous parcoure. L’anticipation joue un rôle primordial dans cette réaction. Pour Cristian Măcelaru, chef d'orchestre et directeur musical de l'Orchestre National de France, l’œuvre Daphnis et Chloé de Ravel est un exemple concret de ce type d’anticipation musicale : « Au début, il y a le lever de soleil qui arrive, vous entendez un son qui vient de nulle part, c'est si bien orchestré, il faut au moins deux minutes avant d'arriver au climax final et… fiou ! ».

A ce moment, dans le cerveau, tout un mécanisme est en train de se mettre en place pour que le frisson se déclenche. « Cela se passe dans le système de la récompense. Vous avez un noyau qui s'appelle le noyau caudé et qui détecte qu’il va se passer quelque chose. Alors, le noyau accumbens, un autre noyau du système, s'active et produit de la dopamine. La dopamine, est un neurotransmetteur qui rentre dans le système du plaisir. Vous avez une émotion forte, vous avez la gorge qui se sert… à ce moment-là, le noyau caudé s'arrête de travailler jusqu'à ce que la musique reparte dans un nouveau processus », détaille Emmanuel Bigand.

Le frisson musical, un plaisir de mélomane

L’émotion s’est créé grâce à cette période de suspense, mais l'expérience musicale ne garantit pas pour autant le frisson à tout le monde. Chacun a son déclencheur : une envolée de violon, un riff de guitare, un solo de batterie, et bien sûr la voix, qui a une signification particulière pour le cerveau : « des neurones sont entièrement dédiés à l'analyse de la voix, car sur le plan adaptatif, c’est un stimulus qui a une signification biologique énorme. La voix met le feu au cerveau », souligne Emmanuel Bigand.

Enfin les mélomanes ont plus de chance de ressentir le frisson musical. Avec l’expérience de l’écoute, certaines aires dans le cerveau sont plus développées : « Entre le cortex auditif et le réseau de la récompense, dans le cerveau, explique Emmanuel Bigand, vous avez des faisceaux, des fibres qui relient les deux. Et les grands mélomanes ont un faisceau de fibres plus larges, plus dense ». Plus ils écoutent de la musique, plus le faisceau grandit.

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Mais à l’inverse, certains ne ressentent jamais le frisson, voire, ne ressentent strictement rien à l’écoute d’une musique. Ils souffrent d’anhédonie musicale : « Chez ces personnes, les faisceaux sont atrophiés. Si le faisceau est atrophié, il n'y a pas de connectivité entre le cortex auditif et le système émotionnel.» Entre 3 et 5 % des individus sont dits anhédoniques musicaux.

Eux n'auront donc pas de problème d'addiction musicale. Car les mélomanes, habitués à ressentir ce frisson de plaisir, peuvent chercher à le reproduire, parfois jusqu'à l'addiction. Comme dans le cas des drogues, la musique active le système de la récompense, qui peut rendre addict. « Vous pouvez écouter des musiques en boucle. La musique est probablement un des seuls stimulus que vous pouvez écouter une fois, deux fois, trois fois, dix fois, cent fois, sans que vous ayez un écœurement. Ça, c'est vraiment de l'addiction », explique Emmanuel Bigand. Mais que les mélomanes se rassurent, cette addiction est inoffensive, sauf à devenir sourd à force de rester les oreilles collées à des enceintes.