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VIDÉO - Le trombone, comment ça marche ? Avec Antoine Ganaye

Par
Antoine Ganaye, trombone solo de l'Orchestre philharmonique de Radio France
Antoine Ganaye, trombone solo de l'Orchestre philharmonique de Radio France
© Radio France - Mattéo Iachkine

Une embouchure, une coulisse et un pavillon : le trombone n'a (presque) pas changé depuis la Renaissance. Mais connaissez-vous toutes ses subtilités ? Antoine Ganaye, trombone solo à l'Orchestre philharmonique de Radio France, nous explique le fonctionnement de l'instrument. Démonstration vidéo.

Le trombone, mode d'emploi vidéo par Antoine Ganaye :

L'émission du son n'est pas évidente, les trombonistes ressentent toujours une petite appréhension avant de jouer […]. Nous avons besoin de nous sentir libres - Antoine Ganaye

France Musique : Quel est l'ancêtre du trombone ?

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Antoine Ganaye : L'instrument a peu évolué et la tuyauterie actuelle du trombone existait déjà à la Renaissance. Son ancêtre s'appelle la sacqueboute. C'est un nom composé de deux verbes en ancien français, "sacquer" et "bouter", voulant dire respectivement "tirer" et "pousser", en référence à la coulisse de l'instrument. La différence avec le trombone contemporain réside dans sa taille : la perce est plus grande et son pavillon est plus évasé. Le trombone sonne avec plus de force que la sacqueboute.

Quelles sont les différentes parties qui forment l'instrument, et comment fonctionne-t-il ?

Le trombone se décompose en trois parties : l'embouchure, la coulisse et le pavillon. Mon instrument présente une caractéristique supplémentaire. Il s'agit d'un trombone dit "complet", il possède donc une palette (un piston rotatif, ndlr) qui me permet d'ajouter une longueur de tube et de produire certaines notes graves, sans avoir à trop allonger la coulisse. C'est une des rares évolutions qu'a connu le trombone au cours de son histoire.

La palette d'un trombone complet
La palette d'un trombone complet
© Radio France - Mattéo Iachkine

Comment faites-vous pour produire un son, puis une note, avec votre trombone ?

Le son puissant du trombone provient en réalité d'une petite vibration que le tromboniste produit avec ses lèvres dans l'embouchure. A ce stade et sans rien faire, le musicien peut déjà articuler certains sons en faisant varier la pression de son souffle et la tension de ses lèvres : ce sont les harmoniques, des notes fixes et propres à chaque instrument. Pour aller plus loin, pas de palettes ou de pistons, comme au cor et au tuba, mais une coulisse, la grande difficulté du trombone. Elle est composée de sept positions. Il n'y a aucune indication visuelle sur la coulisse pour trouver ces positions et le tromboniste doit les apprendre par cœur. Pour jouer toute la tessiture de son instrument, il doit ensuite combiner les harmoniques avec les différentes positions de la coulisse.

De gauche à droite : l'embouchure, la coulisse et le pavillon d'un trombone
De gauche à droite : l'embouchure, la coulisse et le pavillon d'un trombone
© Radio France - Mattéo Iachkine

En parlant de coulisse, je me souviens d'une de mes premières répétitions, lorsque je suis entré à l'Orchestre philharmonique de Radio France il y a maintenant 20 ans. Un musicien est passé derrière moi et comme mon trombone dépasse de mon épaule, il l'a heurté. La coulisse, qui n'est pas solidaire du reste de la tuyauterie, est tombée par terre. C'était terminé pour moi, je ne pouvais plus jouer et il a fallu que j'aille faire réparer mon instrument avant même d'en sortir une seule note.

Le trombone peut-il produire des sons… inattendus ?

Très utilisés par les instrumentistes à vent, les slaps sont produits en faisant claquer la langue dans l'embouchure. Il est possible d'obtenir la même sonorité en tapant du plat de la main sur cette même embouchure. Le flatterzunge, lui aussi très présent chez les vents, s'obtient en faisant rouler la langue. Le tromboniste peut encore altérer le son de son trombone grâce à des accessoires, les sourdines, qui s'insèrent dans le pavillon. Il existe trois types de sourdines : la sourdine sèche, qui confère au trombone un son plus métallique ; la sourdine bol, qui atténue le son du trombone ; la sourdine "plunger", très présente dans le jazz et qui donne un effet "wah-wah" quand elle est placée devant le pavillon.

De gauche à droite : une sourdine sèche, bol et "plunger"
De gauche à droite : une sourdine sèche, bol et "plunger"
© Radio France - Mattéo Iachkine

Quel est le cliché qui revient le plus sur le trombone ?

À l'orchestre, nous avons la chance d'avoir de très beaux moments musicaux, mais il est vrai qu'il faut parfois attendre avant de jouer un joli choral de trombone, par exemple. On entend donc parfois dire que les trombonistes ont la chance de ne pas être payés à la note ! Bien évidemment, c'est un cliché et le trombone possède de nombreux avantages. Le plus gros étant qu'on peut aborder des styles musicaux très variés. Jazz, classique, musique contemporaine, funk, salsa, orchestre d'harmonie… le trombone procure un réel plaisir de jouer avec d’autres musiciens, ce qui en fait un instrument très social. Quand on est tromboniste, nous produisons nous-mêmes notre son, contrairement aux cordes qui ont besoin d'un archet. Il y a une sensation presque charnel à porter son instrument à sa bouche et à ressentir ses vibrations lorsqu'on en joue.

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