20 punchlines magnifiquement débiles de Limsa d’Aulnay

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20 punchlines magnifiquement débiles de Limsa d’Aulnay

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Capture YouTube du clip de Limsa D'Aulnay "Starting Block" feat ISHA
Capture YouTube du clip de Limsa D'Aulnay "Starting Block" feat ISHA

En plus d’être l’un des rappeurs les plus talentueux du moment, Limsa est un vrai petit boute-en-train.

Loin d’être un rookie, Limsa d’Aulnay baroude derrière les micros depuis quasiment deux décennies. Cantonné à un statut amateur au sein de la scène de sa ville pendant les années 2000, il s’est progressivement fait un nom dans l’underground parisien au cours de la première moitié de la décennie suivante, avant de connaître une vraie percée à partir de 2020. Désormais bien installé dans le paysage rap français, il a marqué ces deux dernières années de son empreinte avec la trilogie Logique, et devrait réaliser un joli coup en 2023 avec la sortie annoncée de son projet en commun avec Isha.

Limsa, à qui on a consacré un long portrait l’an dernier, a su imposer aux auditeurs sa personnalité franchement sympathique, et son univers artistique bien à lui. S’appuyant sur des textes parfois très introspectifs couplés à une bonne dose d’humour, le rappeur aulnaysien a trouvé le bon équilibre entre ces moments qui nous touchent voire nous émeuvent, et des punchlines bêtes et méchantes qui provoquent grands sourires et éclats de rire.

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On s’intéresse donc aujourd’hui au Limsa vanneur, celui qui s’épanouit dans l’autodérision et la blague pas fine, avec une petite sélection de 20 punchlines que n’auraient renié ni Anne Roumanoff, ni Kev Adams.

"Ils m'ont vu avec Sefyu, avec Lomepal, ces connards ils croient que j'suis l'chaînon manquant"

C’est vrai qu’il y a un monde entre l’univers artistique de Zehefyu et celui de Lomepal, mais certains pourraient être tentés de voir Limsa comme le mec capable de réconcilier cailleras et skateurs. Il faut tout de même une bonne dose d’imagination pour associer un mec qui n’a toujours pas percé à 35 piges et deux stars du rap qui ont enchaîné les certifications et conquis les Victoires de la Musique.

"A.S.B. comme Sefyu et Aya / Dans les gens qui m'écoutent y'a de tout : y'en a qu'ont connu l'âge d'or d'IAM mais d'autres qu'ont même pas l'âge d'la mort d'Aaliyah"

Une double-punchline construite pour mettre en avant deux réalités distinctes. La première partie de la rime met en avant la diversité du paysage artistique d’Aulnay, avec une superstar du rap dur des années 2000 d’un côté, et une chanteuse beaucoup plus pop de l’autre. Même chose ensuite, avec Limsa qui décrit son public comme un mélange entre vieux croutons nés avant Jeanne d'Arc et bambins à peine sevrés.

"Bracelet électronique pour t’localiser, dis-leur qu'on est des rebeus pas des tortues de mer (4 décembre)"

Le genre de phase imagée et totalement inattendue qui se pointe en plein milieu d’un texte très personnel, d’où un effet décuplé.

"Les rappeurs veulent pas m'partager comme si j'étais leur meuf / ils veulent être les seuls à m'aimer comme si j'étais leur sœur"

Limsa entretient une relation difficile avec ses confrères, qui ont tendance à apprécier son talent quand ils sont en face de lui, mais préfèrent visiblement mourir plutôt que de lui donner un peu de force. Sur la même thématique : “Chez les rappeurs, j'suis connu comme un nom d'tueur mais ils ont du mal à l'dire comme un nom d'turc

"Ils savent pas s'éduquer eux-mêmes, ils veulent éduquer des pits"

C’est pas bien malin.

"D'où j'viens, les gars ils aiment pas ouvrir des livres, ils préfèrent ouvrir des chichas et des barbershops."

D’où la punchline précédente. On vous invite bien entendu à faire très attention avec la consommation de chicha, puisque les effets sur la santé de ce type de pratique sont encore sujets à discussions. Moins de risques avec le barbershop, même si Albert Anastasia voit certainement les choses autrement.

"J'veux qu'les renois m'respectent comme leur mère / Qu'les rebeus m'respectent comme leur fer à lisser"

Limsa vient d’une époque où les marques préférées des rappeurs étaient Wrung et Poska, on comprend que la prise de pouvoir de Babyliss soit difficile à encaisser.

"Arrêtez d'me dire que tout va bien, des daronnes en gilets fluos font des émeutes"

Depuis l’écriture de cette line, les daronnes ont posé le gilet fluo, mais le climat social est toujours aussi orageux.

"Je me dis que j'peux pas être un bâtard, gros : j'ai 4,9 sur Blablacar"

On peut voir dans cette punchline une référence à la tendance moderne de tout noter, et surtout, de juger son prochain : livreur uber eats, restaurant, chauffeur de VTC, fleuriste, etc. Un petit côté Black Mirror pas franchement rassurant, même si Limsa s’en sort bien avec ce quasi-perfect en tant que compagnon de co-voiturage.

"T'es belle comme une voiture de keufs qui lé-bru, comme une algérienne qui s'excuse"

Deux notions opposées : les voitures de police en feu sont monnaie courante, alors qu’aux yeux de Limsa, les excuses de la gente féminine nationale sont une véritable rareté, la faute, on l’imagine, à la légendaire fierté DZ.

"Posé avec mon meilleur pote, j'pense à devenir un meilleur Homme / Il me dit vivement que tu sortes des sons, que l'on puisse boire du meilleur rhum"

On a connu les fameux potes opportunistes qui ne sont là que pour gratter des plans juteux et des soirées en loges avec les groupies, mais Limsa n’a visiblement que des potes alcooliques dont le seul intérêt réside dans la tise.

"Après 4 verres, elle s'met à 4 pattes comme si elle cherchait un truc"

L’histoire ne dit pas si elle se met à 5 pattes après le 5ème verre.

"ASB, rebeus, renois, soudés, quand y a l'euro même quand y'a la CAN (N'est-ce pas ?)"

La punch’ en elle-même n’a rien de si remarquable, mais le “n’est-ce pas” posé avec la voix du Jean-Marie Le Pen des Guignols ou de Fred Testot crée un effet comique absolument parfait. Comme quoi, un back anodin peut tout changer.

"Y a des gens qui m'interpellent dans la rue en demandant si j'suis vraiment moi"

Les affres de la célébrité et du dédoublement de personnalité. Sur la même thématique : “j'sais plus qui est qui, comme un schizophrène devant son miroir”.

"De plus en plus dur de trouver la bonne / en plus y'a d'plus en plus de meufs qu'ont des mecs (logique)"

C’est con comme la lune, et c’est dans ce genre de chose que Limsa est le plus efficace.

"Y’a qu'dans Aladdin que t'en verras une kiffer sur un mendiant"

Une manière polie de dire que certaines s’intéressent plus au compte en banque de leur compagnon qu’à sa personnalité ou son physique.

"Ceux qu'j'ai volé ont été vengés par des loss’ qui leur ressemblent et qui volent mes rimes"

La revanche des iencli

"Le p'tit Limsa fait l'con comme si il était bête (bête)
Et répète ses erreurs comme si il était bègue (bègue)
Le p'tit Limsa craint Dieu et panique des ténèbres
Il parle de jnouns, de possession comme s'il était Belge"

C’est un vrai coup de génie de mettre en parallèle la notion de possession et celle de citoyenneté belge, en référence à ces supporters qui ruminent une défaite en Coupe du Monde et se raccrochent à des statistiques qui en disent long sur la physionomie d’un match mais tout aussi long sur le niveau de leur équipe.

"Bientôt, on insultera de pouffe ou de pute les p'tites meufs qui prennent leur douche toutes nues"

Pour info, Limsa prend ses douches en slip.

"Elle me dit qu'elle a Insta, je vois qu'elle a un gars, je vois qu'c'est grave instable"

Une structure narrative espoir-déception-espoir, le rappeur aulnaysien serait parfait en scénariste hollywoodien. On rêve d’une comédie romantique ponctuée de ses vannes qui tombent volontairement à plat, et de voir Ryan Gosling dans le rôle de Limsa.