Publicité

Et si … J’t’emmerde de MC Jean Gab1 avait été une chanson d’amour ?

Par
MC Jean Gab1  capture clip "Je t'emmerde"
MC Jean Gab1 capture clip "Je t'emmerde"
- DR

On a imaginé un monde où MC Jean Gab1 déclarait sa flamme aux rappeurs français.

Les univers parallèles n’existent pas que chez Marvel. Le rap français aussi a ses réalités alternatives, dans lesquelles les évènements ne se sont pas déroulés de la même manière. Dans un autre monde, NTM n’a pas périclité après son quatrième album ; Booba et Kaaris ne se sont jamais croisés à Orly ; Vincent Cassel a remplacé son frère au sein d’Assassin ; PNL a enregistré un nombre incalculable de featurings…

En 2003, MC Jean Gab1 a donné un bon gros coup de pied dans la fourmilière du rap français avec son morceau J’t’emmerde. Dans le contexte du rap français de l’époque, plutôt fermé et peu enclin à déballer son linge sale en public, ce clash en bonne et dûe forme a fait beaucoup de bruit, provoqué énormément de débats, et a délié pas mal de langues. Dans la foulée, le premier album solo du rappeur parisien a convaincu, devenant même un vrai petit classique pour ses plus fervents auditeurs. Évidemment, dans le petit monde du rap, les choses n’ont pas été perçues de la même manière : Gab1 n’a été vu que comme un simple emmerdeur. En revanche, dans un univers parallèle, les événements se sont déroulés autrement.

Publicité

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

La grande histoire d’amour entre MC Jean Gab1 et le rap français débute en 1998. Après trois décennies d’une vie chaotique, marquée par les drames, les braquages, la prison, mais aussi le hip-hop, Charles M’Bous est invité par son ami Doc Gynéco à venir participer à l’album Liaison Dangereuses, un projet assez conceptuel aux airs de compilation sur lequel on retrouve des profils aussi variés que Rockin’ Squat, Bernard Tapie, Renaud, Ärsenik, Catherine Ringer, en plus d’une interlude extraite des Simpsons.

A l’époque, Gab1 se rend surtout sur place avec l’objectif d’enlever Catherine Ringer ou Fred Chichin, et de demander une rançon. Le Doc Gynéco s’étant assoupi entre deux séances d’enregistrement, rien n’empêche le larcin. C’est le musicien qui finit ligoté, et s’apprête malgré lui à devenir l’objet d’une transaction délicate. Reste un problème pour Gab1 : sortir Fred Chichin du studio sans trop attirer l’attention. Ingénieux, il ouvre un gros caisson de basse d’un mètre cube, en vide le contenu électronique, y insère tant bien que mal le musicien, et le referme. Une opération fastidieuse qui aurait pu aboutir si Bernard Tapie n’avait pas choisi de se pointer plus tôt au studio. L’homme d’affaires prend MC Jean Gab1 sur le fait. Pour autant, il ne panique pas, et vient tranquillement lui taper sur l’épaule, avant de faire retomber la tension avec un bon mot dont il a le secret : “bonhomme, moi non plus j’ai jamais pu piffrer les Rita Mitsouko. Marcia Baïla, ça m’a toujours emmerdé !”.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie et Charles M’Bous se lancent dans une longue discussion, particulièrement fleurie, évoquant chacun leur séjour en prison, débattant sur la notion de justice, comparant braquages et corruption. Fascinés l’un par l’autre malgré leurs différences de points de vue, ils finissent même par oublier l’objet principal de la scène : Fred Chichin, toujours enfermé dans son caisson, qui reprend conscience et commence à se débattre. Nanard réussit à convaincre Gab1 de le libérer, et achète le silence du musicien en lui proposant un bon gros stock d’actions.

Le rappeur et l’homme d’affaires restent en contact, et apprennent chacun de l’expérience de l’autre. “Si tu dois recommencer, sois plus intelligent, et fais toi pas pincer”, enseigne Gab1 à Tapie. L’ancien ministre, de son côté, s’évertue à faire entrer l’amour dans le coeur de l’ancien braqueur. “Allez bonhomme, on va faire un exercice : tous les jours, tu vas passer 15 minutes à dire à des gens que tu les aimes. Que ce soit tes proches, ou des inconnus, peu importe : tu dois apprendre à voir le bon côté des autres. Aime tes amis, aime tes ennemis. Si tu aimes ton ennemi, tu peux le comprendre. Tu peux le voir venir ! Et tu ne peux pas voir venir un ennemi si tu es aveuglé par la haine, bordel !”. Gab1 se plie à l’exercice, et finit même par se prendre au jeu. S’il a du mal à tenir plus de dix minutes sur le registre de l’amour pendant les premières semaines, il enchaine facilement une heure complète au bout de six mois. Au début de l’année 2000, MC Jean Gab1 n’est plus qu’amour.

En 2003, la sortie du titre “J’t’emmerde” secoue le rap français. Véritable plaidoyer pour les têtes d’affiche, ce titre percutant surprend autant les auditeurs que le milieu de la musique. Entre déclaration d’amour aux artistes (“L'argent pourrit les gens, ça c’était une belle chanson / Hey, bien sûr j'vous aime !  J'vous aime, j'vous aime, et j'vous aime !” ou encore “la première qualité d’un muslim c’est d’être humble, et sache que tu l’es”) et déclaration de guerre à leurs détracteurs (“joue pas l’cake avec mes rappeurs préférés, joue pas l’con, j'reste concret : direct c'est la guerre / C’est des braves, je suis celui qui sait, je les connais” ; ou encore “t’aimes pas Solo et Squat ? J’t’emmerde !”), MC Jean Gab1 brise les tabous. Le message est limpide : il faut arrêter l’hypocrisie médiatique. Dans le milieu du rap, tout le monde se respecte, tout le monde s’aime. Il faut s’unir, s’entraider, se soutenir.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Le morceau a l’effet d’une bombe. En quelques semaines, le rap français explose, mais pas de la manière dont l’auteur de J’t’emmerde l’aurait voulu : Booba et Rohff se disputent le titre de “rappeur préféré de MC Jean Gab1”, Doc Gynéco est déçu de ne pas être cité par son pote, For My People et B.O.S.S entrent en guerre, chaque équipe estimant mériter plus d’amour que l’autre. Face à un tel séisme, les médias traditionnels s’intéressent au phénomène : Gab1 fait le tour des plateaux télé, mais doit à chaque fois ruser pour éviter les rappeurs les plus déterminés, qui le recherchent pour le remercier de ses témoignages d’amour.

Les choses se tassent petit à petit, même si MC Jean Gab1 ne peut pas lutter contre sa propre nature : il apparaît dans des street-DVD où il insiste sur ses prises de positions, lance à nouveau des messages d’amour. L’affaire aurait pu prendre un tournant dramatique en 2007, quand Kery James, Rohff, et certains membres de leur entourage, tombent par hasard sur lui, Porte de Vincennes. Bien décidés à lui faire un câlin pour le remercier, ils se dirigent vers son véhicule. Gab1 tente de calmer le jeu, mais en infériorité numérique, il est vite dépassé. L’affaire occupera internet pendant des mois. Gab1 sera le premier à se manifester, avec une vidéo amateur devenue culte : “vous faites des câlins comme ma fille !”.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

En parallèle, Gab1 essaye de se faire une place dans le milieu du cinéma. Les réalisateurs français le cantonnent dans un premier temps aux mêmes rôles d’amoureux transit ou d’ex-braqueur sans cœur devenu sentimental. Heureusement, les comédies romantiques sont si nombreuses qu’il finit par s’imposer comme un visage récurrent sur grand écran. De fil en aiguille, il parvient à obtenir des rôles plus complexes, dans lesquels il peut exprimer énormément d’émotions différentes et s’appuyer sur son vécu. Ses échanges par médias interposés avec Mathieu Kassovitz, après que ce dernier ait déclaré “j’encule le cinéma français”, fait la Une des journaux. “T’encules personne, déclare alors Gab1. Le cinéma français, c’est comme le rap français : on s’aime tous, on est une grande famille. Hé ma gueule … si t’es pas content, viens me le dire en face, que je te prenne dans mes bras".

Après le premier rôle d’Un Prophète en 2010, pour lequel il remporte le César du meilleur acteur, il s’associe avec Jacques Audiard pour une entreprise ambitieuse : tourner une série de remakes des grands films du binôme Jean Gabin - Michel Audiard. Le cave se rebiffe (2011), Les vieux de la vieille (2013), Gas-Oil (2014), Un singe en hiver (2017), Le Pacha (2021) … Après le décès de Bernard Tapie en octobre 2021, il lui rend un hommage appuyé : “hé Nanard, tu te souviens, il y a 23 ans ? Qu’est ce que je serais devenu si t’étais pas entré dans cette pièce pour me parler d’amour ?