Publicité

Flynt : retour sur "J’éclaire ma ville", l'album qui fête ses 15 ans

Par
Flynt "J’éclaire ma ville" - (photo : DR)
Flynt "J’éclaire ma ville" - (photo : DR)
- DR

Le premier album de Flynt est sorti le 28 mai 2007. Pour ses 15 ans, on revient sur son contenu et ses thématiques.

Avec seulement trois albums en plus de vingt ans de carrière, Flynt est loin d’être l’artiste le plus productif du panorama rap français. Fidèle à son statut d’indépendant, il jongle depuis ses débuts entre sa carrière et le monde de l’emploi, une double-casquette qui lui permet de jouir d’une grande liberté artistique sans avoir à compter sur la musique pour remplir son assiette. Les revers de la médaille sont évidemment nombreux, et sont le lot de tout indépendant, mais pour nous, simples auditeurs, l’essentiel est ailleurs : avec J’éclaire ma ville, Itinéraire Bis et Ca va bien se passer, la discographie de Flynt est un véritable sans-faute. Publié le 28 mai 2007, le premier album de cette liste fête cette semaine ses 15 ans. C’est l’occasion de replonger dans son ambiance très parisienne, ses titres introspectifs, et sa vision très authentique du hip-hop.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Le contexte de la sortie

J’éclaire ma ville est un debut-album, mais il est loin d’être l'œuvre d’un nouveau venu. Actif depuis la fin des années 90, Flynt est un nom qui résonne dans l’underground parisien bien avant ce premier long-format. Auteur de plusieurs maxis (pour les plus jeunes : l’ancêtre du single) et co-producteur de la compilation Explicit Dix-Huit, il est déjà bien connu par les fans de la Scred Connexion ou de Joe Lucazz, avec qui il partage occasionnellement le micro, et par les suiveurs du rap des bas-fonds de Paris Nord. Loin d’être l'événement de l’année 2007, l’arrivée de son album est donc tout de même guettée par une frange minoritaire du public.

Publicité

Flynt détaille lui-même le contexte de la sortie dans Les moyens du bord, un titre qui raconte le point de vue d’un rappeur indépendant, et pourrait être vu comme un hymne à la débrouille. Ses premières rimes (“1-9-9-6, 18 piges de Paris nord, premiers couplets avec Daouf, Baron et Milor”), ses premiers pas vers la professionnalisation (“Saint Denis, Basilique, première scène en plein air / Première prise en studio, pour le EP d'E.T.A”), ses réussites en autoprod (“2 maxis auto-produits et des stickers”), sa réputation naissante (“je me fais quand même remarquer, en juste quelques apparitions”) … l’essentiel du parcours pré-album de Flynt est résumé en quelques mesures.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

En plus de servir de récapitulatif de son début de carrière, Les moyens du bord peut être vu comme une synthèse de l’album, voire même de sa carrière : on y comprend la mentalité de Flynt, ce qui l’a poussé à tomber dans les bras du rap (une thématique qu’on retrouve dans Mes Sources), ses références artistiques, ou encore les raisons de son attachement à l’indépendance, un thème qui reviendra sur l’album suivant, avec La balade des indépendants. Centrales dans le parcours de Flynt, ces notions d’autoproduction et d’indépendance sont omniprésentes sur J’éclaire ma ville. Les invités proviennent de la Scred Connexion (Mokless) ou de La Rumeur (Ekoué), des groupes qui ont toujours revendiqué haut et fort leur refus des majors et des formats radiophoniques.

L’indépendance au centre du discours

Loin d’adopter l’indépendance comme une posture, Flynt brille sur J’éclaire ma ville par la cohérence de son discours et de sa mentalité. Il est particulièrement attaché au respect des fondamentaux du rap français : rejet de la surenchère (“respect à ceux qui rappent sans conjuguer leurs textes au fictif, qui représentent ce que le hip-hop peut apporter de positif”), importance du message et sens des responsabilités (“si les MC’s partent en couille c’est toute la jeunesse qui en pâtit”), respect des précurseurs et des aînés (“on est tous héritiers de c’que les anciens ont bâti”). Flynt veut être fier de son art et de la manière dont il le pratique, quitte à refuser les raccourcis, et à conserver un emploi alimentaire qui l’aidera à ne pas corrompre sa musique : “J'aurais pu chanter gloire au fric et mort aux flics /Ou chercher à profiter de la notoriété d'un gros feat (Non non) / Essayer de monter plus vite en formatant mes titres / Oublier mon éthique pour me gaver sur le dos du public / Mais j'ai fais la musique comme je l'entend/ Quitte à bosser 47 semaines par an et rapper quand j'ai le temps”. Une décennie plus tard, sa mentalité était toujours la même, puisqu’il rappait encore sur son dernier album, Ca va bien se passer “ils ont fait écouter la radio à mes gosses au centre de loisirs, donc j’ai dû les désinscrire".

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Au-delà des thématiques de l’indépendance et du respect de sa musique, qui constituent la toile de fond de l’album, Flynt se livre également beaucoup sur lui-même. J’éclaire ma ville n’est pas un disque autobiographique, mais plutôt un instantané de la pensée du rappeur à un moment de sa vie. Sur des titres comme Rien ne nous appartient, Notre existence, ou Tourner la page, le rappeur parisien livre ses réflexions à coeur ouvert, et nous permet de comprendre au mieux sa philosophie (“on a tous été jeunes et naïfs et puis un jour on a compris que tout ne tenait qu’à un fil et que toute chose avait son prix”), sa mentalité (“rien ne m’appartient, mais rien n’est plus cher à mes yeux que les gens que j’aime, ils sont ce que j’ai de plus précieux”), sa vision de l’existence (“que tu possèdes un building ou que tu te battes pour sortir de l’ombre, il ne reste sur nos tombes qu’un nom et deux nombres”) et du monde (“le monde qu'on nous prépare est niqué, je veux des gosses mais quand j'y pense je finis par hésiter”).

Un album qui n’a pas pris une ride

Dernier thème majeur de J’éclaire ma ville, celui qui donne son titre à l’album : Paris. Bien qu’il soit né à Colombes, Flynt est un pur produit de la Capitale, et l’un des meilleurs représentants de la scène de Paris Nord. Les rues de sa ville n’ont aucun secret pour lui, avec leurs jolies façades et un envers du décor beaucoup moins rose. De la sonnerie de fermeture des portes du métro en intro au récit d’une soirée parisienne en interlude entre les deux couplets, le titre J’éclaire ma ville est un des morceaux les plus purement parisiens que le rap français ait produit dans les années 2000. Maniant l’ironie tout au long de son texte (“Paris, tu nous fais faire des trucs de fous, ça va du casse à supporter ton club de foot”), Flynt nous plante les pieds dans un environnement à des années-lumière des brochures touristiques (“Paris j'ai pas choisi d'y naître, ni d'y croiser un flic tous les dix mètres”). J’éclaire ma ville reste l’un des titres les plus importants de sa discographie, et un classique qui n’a pas pris une ride : il faut toujours être aussi fou pour supporter ce club, et le taux d’uniformes au mètre carré n’est pas allé en diminuant.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

On ne peut évidemment pas conclure sans citer La gueule de l’emploi, l’extrait qui a porté l’album vers une modeste réussite (7000 exemplaires écoulés et beaucoup de concerts programmés) … voire même une belle réussite, pour un album indépendant sorti en pleine crise de l’industrie du disque. Etonnamment peu traitée par le rap français, la question de l’emploi est elle aussi toujours tristement d’actualité (malgré des chiffres trompeurs). Abordée selon deux points de vue, elle est surtout traitée avec les bonnes nuances, en posant de véritables problématiques et en apportant des réponses à la hauteur (“j'ai bondi de mon siège, et lui ai arraché mon CV, ça m'a fait du bien de lui dire d'aller se faire enculer”). C’est aussi le titre le plus connu de Sidi O, un rappeur qui mériterait que beaucoup plus de monde se penche sur sa discographie.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.