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"Frôler les murs" : TESSÆ témoigne et prend les armes contre le harcèlement scolaire

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Tessae - (photo : Frankie Allio)
Tessae - (photo : Frankie Allio)
- Frankie Allio

Sorti le 17 novembre à la veille de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, Frôler les Murs est un livre dans lequel TESSÆ témoigne des années de souffrance qu’elle a subies. Dans l’espoir de faire bouger les lignes.

Elle s’appelle TESSÆ. Si son nom vous semble familier, c’est sans doute parce que vous l’avez déjà vu briller. Les plus anciens se souviendront peut-être que c’est elle qui a chanté Arc-en-ciel de Booba avec lui sur la scène de We Love Green en 2019, pendant que d’autres sont restés sans voix devant sa récente prestation chez Colours. Dans tous les cas, sachez que vous êtes en avance, car la jeune chanteuse marseillaise a déjà toute l’étoffe d’une véritable star. Ceci dit, nous ne sommes pas là pour parler musique, car si TESSÆ est sous les feux de la rampe aujourd’hui, c’est pour une toute autre cause. Elle vient de sortir son tout premier livre, Frôler les Murs, un ouvrage de 200 pages dans lequel elle s’attaque à l’un des pires des fléaux de notre jeunesse : le harcèlement scolaire.

Tessae - livre "Frôler les murs"
Tessae - livre "Frôler les murs"
- Hachette

Vous connaissez le proverbe qui dit : « Ne pas juger un livre par sa couverture » ? Et bien celui-ci s’applique parfaitement pour TESSÆ. En effet, ce n’est pas parce qu’à seulement vingt ans, l’artiste rencontre déjà le succès que tout a été rose pour elle. Bien au contraire. Durant toute sa scolarité, elle a été harcelée. Elle a subi les moqueries de ses camarades, mais également des violences physiques, des bousculades allant jusqu’à l’agression sexuelle. C’est son témoignage poignant et personnel que TESSÆ a décidé de mettre en pages dans son ouvrage, « Frôler les murs », publié aux éditions Wagram.

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Tessae - livre "Frôler les murs"
Tessae - livre "Frôler les murs"
- Hachette

La première chose qui frappe à la lecture de ce livre, c’est à quel point la jeune chanteuse apparaît lucide et détachée de son passé. Libérée aujourd’hui, elle a fait de son calvaire une force et l’aborde avec une sagacité admirable. Malgré tout, avoir pris du recul ne signifie pas que l’écriture a été pour elle une partie de plaisir. Il lui a en effet fallu se replonger dans les années les plus sombres de son existence : « J’ai eu un blocage au début car pour moi, la vision d’un livre était liée à l’école et ça faisait écho à une période noire de ma vie. Mais me suis lancé quand j’ai compris que mon témoignage pourrait aider un peu plus ceux qui sont victimes de harcèlement aujourd’hui et qui traversent ce que j’ai vécu ». Voici donc l’histoire douloureuse de TESSÆ.

Le récit d’un calvaire

Comme pour encore de trop nombreuses personnes de nos jours, son harcèlement commence dès l’école primaire. TESSÆ est devenue la tête de Turc des amies de sa sœur. « Dès l’enfance, ma sœur et moi avions des profils radicalement différents. C’était une élève modèle tandis que moi j’étais la gamine rêveuse toujours dans sa bulle. Malgré tout, je traînais beaucoup avec elle car j’avais du mal à créer des liens. C’est là qu’une de ses potes a commencé à s’en prendre à moi. Elle me criait dessus, m’insultait, me disait que j’étais un poids pour ma sœur etc. C’était la plus virulente, mais d’autres de leurs amis se moquaient de moi. On critiquait mon physique, car je n’étais pas assez féminine pour elles. Après, c’est devenu une habitude : elles m’enfermaient dans les toilettes, m’intimidaient et s’amusaient à me faire peur ».

Mais alors que n’importe quel être humain normalement constitué trouverait ça scandaleux, pour TESSÆ, cette situation était normale à l’époque. Pire encore, selon elle, elle méritait ce qui lui arrivait : «A vrai dire, je subissais sans chercher à comprendre. Ces personnes qui disaient être mes amies me traitaient comme ça parce que j’étais différente et pour moi, c’était légitime. En fait, c’est comme si une hiérarchie s’était créée et que je faisais partie de ceux qui devaient se faire humilier. C’était normal et je ne voyais pas pourquoi je devais en parler autour de moi», se remémore TESSÆ.

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Ce calvaire s’étalera durant tout son parcours scolaire dans le secondaire, jusqu’au lycée. Le pire pour elle est arrivé au collège lorsqu’elle a été agressée sexuellement par plusieurs garçons de son établissement, cela bien sûr sans que le proviseur ne se penche réellement sur le problème : « Il me disait « c’est rien, ce n’est pas grave ». Le pire dans cette histoire c’est que des faits similaires d’agressions sexuelles avaient déjà rapportés par rapport à ces gars-là. Le personnel de l’établissement était au courant, mais personne n’a rien fait contre eux ».

Évidemment, un tel traitement durant l’adolescence laisse forcément des traces. Fatalement, TESSÆ commence à faire des crises d’angoisse, au point de développer une phobie scolaire : « Les symptômes, ça commence par des maux de ventre, des nausées, des sueurs froides et de la fièvre. J’ai fait des crises de larmes, des malaises, de l’hyperventilation, j’ai aussi développé une sensibilité extrême aux bruits et aux odeurs... En fait, j’avais l’impression d’être malade en permanence ».

Pourtant, au début, TESSÆ n’est pas prise au sérieux. Pour les médecins, ces symptômes sont tout simplement liés au stress et rien de plus. A côté de ça, pour ne rien arranger, ses profs jugent son comportement comme un prétexte pour sécher les cours. Seule dans son malheur, la jeune fille voit alors ses crises se multiplier et s’intensifier, au point de passer par la case hôpital. « J’y allais quatre fois par semaine et j’étais suivi par des médecins. C’est là que le diagnostic a définitivement été posé et que j’ai enfin été prise au sérieux. Ils ont compris que ces crises étaient réelles et que ça devenait réellement handicapant dans la vie de tous les jours », se souvient TESSÆ.

C’est une fois encadrée par une équipe médicale qu’elle prend enfin conscience que les liens malsains qu’elle entretenait avec ses bourreaux n’ont rien de normaux et sont encore moins acceptables. Déscolarisée, elle se réfugie alors dans la musique et les réseaux sociaux. Malheureusement pour elle, comme chacun sait, le harcèlement ne se limite pas aux bancs de l’école et sévit aussi en ligne. « Twitter, c’est l’endroit sur Terre où il y a le plus de méchanceté gratuite », déplore l’artiste.

Malgré le poids des souffrances qui pèse sur ses épaules, elle survit grâce à la musique, aux médecins et ses proches qui l’épaulent et la soutiennent pleinement. Détentrice d’une nouvelle force, elle décide même de reprendre le chemin de l’école au lycée. Malheureusement, rien ne change et TESSÆ se retrouve de nouveaux confrontés aux pires injures et moqueries. «C’était reparti, mais j’étais habituée et j’arrivais mieux à gérer la situation », confie la Marseillaise. « C’est réellement début 2019, quand je me suis lancée professionnellement dans la musique que les choses se sont arrangées pour moi. J’ai été déscolarisé et tout le poids que j’avais sur les épaules depuis toutes ces années s’est envolé ».

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Enfin débarrassée de son lourd fardeau, la chanteuse a pris son destin en main et s’est rapidement élevée parmi les plus belles nouvelles étoiles de la musique. Victorieuse d’un concours lancé par Booba sur Instagram, elle a chanté sur scène avec lui, a signé un premier projet intitulé Saisons en 2020 et s’est offert de belles dates partout en France en attendant la sortie de son nouvel album, Sérendipité, début 2022. Ceci dit, elle n’a pas oublié ce combat qui est le sien. En voie de devenir une star de la chanson et une idole de la jeunesse, TESSÆ va désormais utiliser sa nouvelle notoriété pour aider les victimes de harcèlement et lutter de toutes ses forces contre l’un des maux les plus vicieux de notre époque.

Le harcèlement, véritable fléau du XXI eme siècle

Forte d’un parcours riche en enseignements, TESSÆ a souhaité avant tout témoigner pour épauler les victimes de harcèlement dans leur combat : « Ce que je souhaite au plus profond de moi, c’est que mon témoignage libère la parole de ceux qui vivent la même chose que ce que j’ai vécu. Qu’il les aide à s’en sortir ». Car si l’histoire de TESSÆ se termine bien et qu’elle porte avec elle un véritable message d’espoir, rappelons que beaucoup d’enfants et d’adolescents sont encore aujourd’hui victimes de harcèlement, qu’il s’agisse de l’école ou de cyberharcèlement en ligne. Pour rappel, selon les chiffres du Gouvernement, 5 à 6 % des élèves seraient victimes de harcèlement scolaire en France. Un taux carrément estimé à 10 % selon diverses associations. Pour le cyberharcèlement, une étude d’octobre 2021 réalisée par e-Enfance, l'association de protection de l'enfance sur Internet, et la Caisse d'épargne montre que 20% des jeunes de 8 à 18 ans ont déjà été victime de cyberharcèlement.

Pour certains d’entre eux, la souffrance est parfois si lourde à porter qu’ils vont jusqu’à commettre l’irréparable. On pense forcément à la jeune Dinah, 14 ans, qui s’est donnée la mort en octobre dernier à Mulhouse, mais aussi aux 18 autres mineurs qui se sont suicidés pour cause de harcèlement scolaire depuis le début de l'année 2021 en France.

Afin de mettre définitivement hors d’état de nuire les harceleurs et d’éviter que d’autres drames similaires ne se produisent, TESSÆ n’a évidemment pas de solutions miracle, mais n’est pas avare en conseils. Aux professeurs qui seraient témoins de la pratique dans leurs classes tout d’abord : « N’hésitez pas à convoquer les élèves concernées en fin de cours, à faire remonter l’information au plus haut et en parler aux parents pour que l’enfant ne soit pas tout seul dans cette histoire. Être épaulés et entendus, c’est ce dont ceux qui sont harcelés ont besoin ».

De son regard d’adulte, TESSÆ affirme également que les parents ont un rôle important à jouer dans le combat des victimes. Elle explique : « Si un enfant se plaint de quelque chose, quelle qu’en soit la raison, il faut se pencher dessus et ne pas se cacher derrière un « ça va passer ». Quand un enfant montre un signe de changement négatif quel qu’il soit, il faut mettre le doigt dessus, s’y intéresser, chercher à comprendre et surtout discuter avec lui sans le juger. Autrement, ça peut créer de lourds traumatismes difficiles à surmonter ».

Intéressée depuis longtemps par les questions de santé mentale, la chanteuse marseillaise a également accompagné son livre d’un podcast audio intitulé « Tomber les murs » et réalisé en collaboration avec le docteur et pédopsychiatre Laelia Benoit. Dans les six épisodes disponibles sur les plateformes, elle y aborde des sujets graves comme la dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires ou encore la phobie scolaire au travers son propre vécu. « A chaque fois que je parle de ces sujets, que ce soit dans ma musique ou ailleurs, je reçois plein de témoignages de personnes qui me disent qu’elles ont ce besoin de parler. Je ne suis personne, mais j’essaye toujours de répondre pour les aider et les écouter au maximum ».

Un livre et un podcast, c’est bien beau, mais face à un tel fléau, TESSÆ ne pourra pas se battre seule. En complément de son action, des mesures adéquates devront être prises rapidement par le Gouvernement. A ce sujet, le Président Macron a récemment annoncé une nouvelle série de mesures dont la mise en place d’un nouveau numéro (3018) et d’une nouvelle application pour aider les victimes à dénoncer les faits. Ces réformes, la chanteuse en attend beaucoup, mais invite nos dirigeants à aller encore plus loin : « Les réformes, c’est important et j’ai espoir qu’elles soient efficaces, mais ça serait bien que la prévention dans les écoles soit mise au premier plan. Il faut sensibiliser. Le peu qui a été fait durant ma scolarité, c’était vraiment expéditif ».

C’est pourquoi, dans l’attente de jours meilleurs,  si vous-même en lisant ces lignes, vous vous reconnaissez dans le témoignage de TESSÆ, n’hésitez pas à parler et demander de l’aide autour de vous. Sachez-le et elle vous le confirmera : « Ne restez pas seuls, car vous n’êtes pas seuls et soyez fiers d’être différents».

, n’hésitez pas à parler et demander de l’aide autour de vous. Sachez-le et elle vous le confirmera : « Ne restez pas seuls, car vous n’êtes pas seuls et soyez fiers d’être différents»