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Kanye West : il y a dix-huit ans sortait son premier classique, "The College Dropout"

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Kanye West, The College Dropout - (photo : DR)
Kanye West, The College Dropout - (photo : DR)
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On célèbre aujourd'hui la majorité d'un immense classique du rap US : The College Dropout, le premier album de Kanye West.

En ce moment, le temps n'est clairement pas au beau fixe pour Kanye West. Fraîchement lancé dans une relation avec l'actrice et mannequin américaine Julia Fox, il n'a visiblement pas encore réussi à tourner la page Kim Kardashian. Voilà des semaines maintenant qu'il s'emploie à rendre la vie impossible à son ex-femme, sous prétexte de vouloir protéger ses enfants : intrusions inopinées, harcèlement, déclarations publiques malaisantes, attitudes toxiques... Clairement, Yeezy ne s'offre pas la meilleure publicité avant la sortie prochaine de son documentaire Netflix.

Tout de même, on discerne une petite éclaircie dans son ciel noir de seum puisque ce 10 février 2022 marque le dix-huitième anniversaire de son tout premier album, The College Dropout. De surcroît, on fête aussi la naissance de son alter ego, l'emblématique Dropout Bear. Mais si vous savez, ce fameux petit ourson en peluche au regard enfantin et aux traits juvéniles qui orne les pochettes de sa trilogie d'albums universitaires.

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Dans l'espoir donc que Donda 2 ne soit pas un manifeste toxique dans lequel le rappeur lave son linge sale en public, replongeons-nous là où tout a commencé, à une époque où Mr. West posait les premières briques de sa légende, envers et contre tous.

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Le fabuleux destin de Mr. West

Avec le recul, l'histoire de cet album aurait presque sa place parmi les plus grands mythes et légendes bibliques. Comme si Dieu lui-même s'était chargé de dessiner les contours du destin de Yeezy, la genèse de cet opus raconte les aventures d'un artiste décrié, mais qui grâce à sa foi et une détermination sans faille, est parvenu à accomplir des choses extraordinaires. Considéré à l'unanimité comme un classique du rap US The College Dropout a bel et bien connu une gestation compliquée et le rappeur a dû batailler ferme pour donner naissance à son premier bébé.

Petite remise en contexte, au début des années 2000, Mr. West est déjà connu et reconnu pour son travail en tant que producteur au sein du label de Jay-Z Roc-A-Fella. En soit, la distinction est déjà cool, mais lui, ce qu'il veut vraiment c'est devenir rappeur. Sauf qu'en tant que tel, il ne rentre pas dans les clous des tendances gangsta rap de l'époque et toutes les grandes maisons de disques lui claquent la porte au nez.

C'est finalement Damon Dash, le directeur de Roc-A-Fella qui lui offrira un premier contrat de rappeur. Non pas par conviction, mais plutôt par crainte que son producteur fétiche quitte son navire et rejoigne un label concurrent. En position de force, le jeune artiste de 24 ans à l'époque compte bien s'imposer et n'a alors plus qu'une idée en tête : pondre un classique qui mettra tout le monde d'accord, même ceux qui affirment haut et fort qu'il n'est pas un bon rappeur.

Seulement voilà, le 23 octobre 2002, son destin bascule. Alors qu'il cherche encore la direction que prendra son futur album, au retour d'une éreintante session studio en Californie, il s'endort au volant de sa voiture et provoque un accident d'une extrême violence. Fort heureusement, personne n'y laisse la vie et Kanye s'en tire miraculeusement avec « seulement » une mâchoire brisée, une admission à l’hôpital et un passage par la case chirurgie reconstructrice. Cette expérience malheureuse sera pour lui un déclic, comme un message divin qui lui indiquera la direction à suivre.

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Deux semaines après son opération, il enregistre son premier morceau, "Through the Wire" la mâchoire toujours fermée par les fils et les points de suture. Au-delà de cristalliser en musique un moment dramatique de sa vie, c'est ce titre qui posera les fondations de son premier album en tant que rappeur. Un disque scindé en trois axes de réflexion : l'art de prendre ses propres décisions, garder la foi et ne surtout pas laisser la société nous dicter ce que nous devons faire. Déjà considéré par l'industrie comme un vilain petit canard, il va décider de la prendre à contrepieds en mettant ses émotions au cœur de son expression artistique, car selon lui, les meilleurs artistes sont ceux qui envers et contre tous, « choisissent de parler d'eux au travers ce qu'ils ressentent au plus profond de leur cœur ».

Alors oui, dit comme ça, c'est un peu niais, mais à une époque où les ondes radios sont saturées par du gangsta rap faisant l'apologie des gangs, de la drogue et de la testostérone, écouter Kanye parler de sa foi, de ses peurs, de son rapport à l'échec, de ses histoires de famille et de ses multiples crises existentielles, c'est rafraîchissant et ça fait du bien. Preuve que le monde en avait besoin, de cette proposition novatrice naîtra l'un des plus grands albums de l'histoire du rap américain. Une distinction qu'il doit davantage à la qualité de ses productions plutôt qu'à ses talents de MC. Car n'en déplaise à son ego, si Kanye n'a jamais été un excellent rappeur, il est depuis toujours et avant tout, un producteur de génie.

Une production d'orfèvre

Avant même d'être repéré par Jay-Z et de participer au renouveau du son Roc-A-Fella en produisant quelques-uns de meilleurs morceaux de l'album The Blueprint, Kanye West était loin d'être un novice des machines. Formé à la production dès l'âge de 15 ans par le légendaire producteur de Chicago No ID, il va très vite s'inspirer de ses techniques et influences pour façonner l'essence de son art. Une formule bien plus chaude et mélodieuse faite de samples de soul et de jazz.

Sur The College Dropout, Yeezy est matrixé par l'héritage de son mentor et va suivre ses traces dans le choix de ses samples. En vrac, on trouve de nombreuses légendes de la black music comme Lauryn Hill, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Chaka Khan, Luther Vandross, Michael Bolton et son groupe BlackJack entre autres... Grâce à sa science de la mélodie et ses talents d'architecte du son, il façonne un univers musical rafraîchissant, aux antipodes du style étouffé et brut de décoffrage du gangsta rap des années 90 début 2000.

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Désireux de montrer qu'il n'est pas qu'une pâle copie de No ID, il va très vite évoluer et pousser sa formule soulful encore plus loin, en incorporant à ses samples, de véritables instruments. Chose rare à l'époque, ce ne sont pas moins de trente-trois musiciens qui seront sollicités pour enrichir le grain de ses prods. On peut citer par exemple la violoniste Miri Ben-Ari sur le morceau The New Workout Plan, une chorale d'enfants sur We Don't Care, le chœur des Harlem Boys sur le magnifique Two Words ou enfin le ARC Choir sur le classique Jesus Walk.

On comprend alors très vite où Kanye West veut nous emmener. Visionnaire, il va tout faire pour rendre la musique plus mélodieuse et sortir le rap des boucles répétitives de son époque. Pour y parvenir, il va habilement mélanger son bagage de producteur rap avec les meilleurs ingrédients de la pop music. Musicalement, tout est mis en œuvre pour toucher davantage le grand public et habiller ses envolées lyriques, émotionnelles et spirituelles de la plus belle des manières. Clairement, en terme de production, The College Dropout est encore aujourd'hui une véritable masterclass. Une belle revanche pour celui qui a abandonné ses études pour faire carrière dans la musique alors que personne ne croyait en lui.

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Un classique intemporel

Et voilà ! En sortant The College Dropout, Kanye West a réalisé son rêve d'ado et est devenu une star du rap. Comparé à sa sortie dans les bacs à Illmatic de Nas par monsieur Talib Kweli en personne, l'album a réalisé un démarrage commercial tonitruant avec pas moins de 450 000 exemplaires vendus en première semaine, rien qu'aux États-Unis.

Classé numéro 1 des vente chez l'Oncle Sam l'année de sa sortie, l'album a été élu album de l'année 2004 lors des Source Awards et a également été nominé dans dix catégories aux Grammy Awards de 2005. Dans le lot, il a remporté la prestigieuse statuette du meilleur album rap, ainsi que celle de la meilleure chanson rap pour le titre Jesus Walks. Plus tard, en 2020, le célèbre magazine Rolling Stone a même classé l'album 74 eme des 500 plus grands albums de tous les temps.

C'est dire à quel point cet opus désormais majeur a marqué la postérité. Aujourd'hui encore et en dépit de la qualité immense de ses projets suivants, il est encore cité parmi les fans de Kanye West comme le meilleur album de sa discographie.

Il faut dire qu'à l'époque, beaucoup d'auditeurs de rap se sont identifiés à ces récits. Déjà parce que son angle d'attaque était authentique et novateur, mais aussi parce que la sortie de The College Dropout coïncide avec la période de leurs études. Or, quand on se bat pour décrocher un diplôme et assurer son avenir, c'est forcément plus stimulant d'écouter un mec nous motiver à donner le meilleur de nous-mêmes plutôt que se nourrir encore et toujours des mêmes discours de ces MC vendeurs de fausse gloire qui exaltent la vie de rue.

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C'est clair que quand Kanye West a percé, l'âge d'or des gangsters dans le rap était révolue et les nerds ont définitivement pris le pouvoir sur le game. Une nouvelle ère confirmée quelques années plus tard lorsque Graduation, le troisième album du rappeur de Chicago a surclassé les ventes de Curtis de 50 Cent, l'un des derniers représentants contemporain de la grande époque du gangsta rap.

L'impact de cet album fut si grand qu'on peut aisément dire que son auteur a enfanté toute la génération de rappeurs qui a suivi. Kendrick Lamar, J. Cole, Chance The Rapper, Childish Gambino, Kid Cudi ou encore Lupe Fiasco... Sans les premiers travaux de Kanye West, soyez sûrs que tous ces gars ne seraient pas là aujourd'hui. Vu le succès qu'ils ont tous rencontré et les sommets qu'a atteints Ye pour la suite de sa carrière, on comprend pourquoi l'ego du mec a autant gonflé d'année en année.

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