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L’utilisation massive du "Let’s go" ou l’importance des gimmicks dans le rap français

Par
La Fève - capture clip "Mauvais Payeur"
La Fève - capture clip "Mauvais Payeur"
- DR

`Focus sur une expression qui refait surface.

En ayant ponctué des dizaines de morceaux R’n’B des années 2000, l’expression semblait, 20 ans plus tard, avoir quasiment disparu des textes de la scène musicale francophone. Pourtant depuis quelques mois, une flopée d’artistes francophones sont allés déterrer le « Let’s go » et arrosent leurs couplets de ce gimmick à la rythmique percutante. Main dans la main, La Fève, Sadandsolo, Realo, Edge, Luther et bien d’autres artistes ont fait de l’expression anglophone un cri de ralliement bien souvent lié à des grandes ambitions et rêves solides d’indépendance. À tel point que son utilisation massive dépasse aujourd’hui les frontières de la musique : « Let’s go » s’est massivement invité dans le vocabulaire quotidien d’un public conquis par ces propositions musicales.

À l’occasion du retour en force du « Let’s go », retour sur ses multiples utilisations et l’importance cruciale des gimmicks dans le rap francophone.

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Un élan de fougue

Retour en septembre 2020. Pour sa rentrée, le rap francophone a concocté à son public de nombreux albums attendus : LMF de Freeze Corleone, Pour de Vrai d’Ichon, ou encore 2.7.0, un album par Kaaris suivant le dernier opus de sa série d’albums « Or Noir ». Mais au milieu de cette flopée de sorties, un duo bien moins attendu se fait remarquer avec un album de (très) bonne facture. Au travers de Kolaf, leur album commun, le producteur Kosei et le rappeur La Fève présentent pour la première fois leur travail sur les plateformes de streaming, et au fil des 9 titres du projet , dévoilent une maîtrise impressionnante de leurs talents respectifs. Mais en plus de leur fougue et de la qualité musicale proposée, une chose interpelle vite les auditeurs : les fameux gimmicks utilisés par La Fève tout au long de l’album, et notamment son fameux « Lessgo ». Utilisé pour introduire le premier couplet d’un morceau comme sur le titre l’Alchimie ou pour rebondir sur les drops comme dans le morceau « La Brume », cette utilisation nonchalante de l’expression est martelée par le rappeur tout au long de l’album, ce qui fait de son « Lessgo » un atout rythmique certain mais aussi sa plus célèbre marque de fabrique. Alors un an après ce coup d’éclat, La Fève remet le couvert. Le 21 octobre 2021, le rappeur fait son grand retour en solo et dévoile un single de haut vol : Mauvais Payeur.

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Avec une instrumentale aussi mélodieuse que percutante, un couplet millimétré et un refrain entêtant, La Fève a fait de son retour un évènement remarqué : le clip de Mauvais Payeur dépasse rapidement le million de vues, et le morceau atteint aujourd’hui les 14 millions de streams Spotify. Grâce à ce succès total, La Fève concentre alors un public de plus en plus conquis par son personnage, mais aussi par ses expressions les plus marquées. Et une expression ne passe, encore une fois, pas inaperçue : son fameux « lessgo », premier mot prononcé par l’artiste au tout début de son morceau, gagne en popularité presque aussi vite que le track lui-même, et se retrouve vite fréquemment utilisé par une partie du public rap francophone.

Alors, si La Fève semble avoir grandement joué un rôle dans cette démocratisation de l’expression en France, il n’est bien évidemment pas le seul à l’utiliser : le média Rapminerz a recensé une multiplication par 4 de son utilisation chez les artistes de la scène rap francophone en 2020. Une hausse fulgurante qui semble, comme ils l’expliquent dans leur article, trouver racine chez les rappeurs américains, dont l’utilisation s’est faite de plus en plus massive depuis plusieurs années. Chez Dababy par exemple, dont l’utilisation du « Let’s go » est quasiment automatique à chaque morceau, mais aussi chez Travis Scott, Young Thug ou encore Lil Gotit, une des influences les plus prégnantes de La Fève, qu’il cite notamment dans son morceau No Hook : « j’suis dans la chop, ça pull up du Lil Gotit ». Tout s’explique.

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Cri de ralliement

Avec sa voix qui tapisse les aïgus, ses basses 808 ravageuses et ses envolées autotunées, le rappeur Sadandsolo est lui aussi devenu un acteur majeur de la démocratisation de l’expression sur la scène francophone. Avec un EP intitulé « Go, Let’s go » sorti le 4 septembre 2020, l’artiste basé à Bruxelles a lui aussi fait de ce gimmick un élément récurrent de sa musique, et le porte encore aujourd’hui dans quasiment toutes ses nouvelles sorties. Et cette utilisation massive semble faire particulièrement sens dans la musique de Sadansolo : en jouant avec les deux syllabes qui composent l’expression, le rappeur peut aussi bien ponctuer ses refrains que redonner un élan rythmique à ses couplets, et fait ainsi de son « Let’s go » un atout rythmique et mélodique imparable.

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A la manière de La Fève et Sadandsolo, d’autres artistes trouvent aussi en l’expression une manière de jouer avec leurs rythmiques, et ils sont nombreux : citons par exemple Edge et Ratu$ dans leur album commun « En lessguil », Thahomey et ses nombreux « Lessgo » qui viennent préparer le terrain de ses couplets acérés, mais aussi Realo, qui n’hésite pas à scander l’expression de 1001 manières possibles.

Mais le gimmick ne trouve pas seulement une utilisation rythmique et mélodique dans la scène francophone : sa traduction littérale, « allons-y » en français, apparaît aussi chez les artistes qui l’utilisent comme un comme un moyen de faire gonfler leur détermination. Aussi utilisé en « Lessgui » par le rappeur Luther dans son morceau éponyme, l’expression donne certes du rythme à son morceau mais apparaît surtout comme un témoin certain de ses grandes ambitions, comme laissent transparaître les paroles du morceau : « Lessgui, j’ai bossé mon escrime, lessgui, qui est-ce qui peut défier mon esquive ? ».

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Aussi bien utilisé comme atout rythmique et mélodique que comme un moyen clair et concis de porter ses propres ambitions, l’utilisation du « Let’s go » semble alors trouver dans la scène francophone de multiples utilisations. Mais le gimmick est aussi un moyen efficace de renforcer l’identité musicale d’un artiste : un peu comme un tag de beatmaker, les gimmicks utilisés par les rappeurs et rappeuses permettent au public de rapidement identifier la musique d’un artiste, et donc, de marquer plus facilement les esprits. Si le « Let’s go » est donc quatre fois plus présent dans le rap français depuis 2020, et ce chiffre a certainement encore gonflé depuis, il y a fort à parier que l’expression a encore une belle espérance de vie dans le rap français, et qu’elle continuera à rythmer bon nombre de nos morceaux favoris.

Article en partie basé sur les travaux de Rap Minerz et leur article « Le renouveau du Let’s go ».