Publicité

Les rappeurs masqués sont-ils meilleurs que les autres ?

Par
Kalash Criminel - shooting clip "But en Or" ft Damso (Felicity BEN REJEB PRICE)
Kalash Criminel - shooting clip "But en Or" ft Damso (Felicity BEN REJEB PRICE)
© Radio France - Kalash Crimi

La question mérite d'être posée concernant nos rappeurs cagoulés qui fascinent tant.

On a déjà traité du sujet des rappeurs masqués, d’Assassin à Karlito en passant par Kekra, Siboy ou Gims (et oui). Ce qui était encore un signe distinctif assez particulier il y a quelques années est devenu une véritable norme : le Mask On Gang s’est étendu, de plus en plus d’artistes émergents faisant le choix de cacher leur visage. Évidemment, l’explosion des codes de la drill en France a contribué à démocratiser le port du masque, avant que la pandémie de covid ne vienne étendre cette pratique à l’ensemble de la population. Si masques, cagoules, et grosses lunettes noires ont un tel succès, il ne s’agit pas d’un simple effet de mode. Le fait de ne pas dévoiler son visage offre de nombreux avantages, qu’ils aient un impact directement artistique ou non.

Pousser le public à se concentrer sur la musique

Un argument vieux comme le rap français, puisqu’il émane de l’un des pionniers du genre, à savoir Rockin Squat (Assassin). Le rappeur a plusieurs fois expliqué que le fait de cacher son visage pendant toute la première partie de sa carrière était une façon d’amener ses auditeurs à se concentrer sur le discours et la musique plutôt que sur l’image. Une quête noble, qui avait du sens à l’époque, mais qui pourrait sembler paradoxale aujourd’hui, tant les rappeurs masqués sont aujourd’hui impliqués dans l’aspect visuel. La clipographie spectaculaire de Kekra ou les cagoules hautes en couleur de Kalash Criminel ont ainsi démontré que le fait de cacher son visage n’empêchait pas d’insister autant que possible sur l’imagerie, voire même de transformer le masque en atout visuel.

Publicité

A l’heure actuelle, la mentalité prônée par Assassin est difficilement applicable, tant l’image a pris du poids et de l’importance dans le développement d’une carrière de rappeur. Rockin Squat lui-même a fini par tomber le masque, même s’il n’a jamais été totalement dissimulé, se contentant de ne pas mettre son visage en avant sur les pochettes d’albums ou dans les clips.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Développer un univers sans se préoccuper des questions de crédibilité

Alors qu’elle était au centre des débats dans les années 2000, la question de la street-crédibilité avait peu à peu perdu de l’intérêt ces dernières années. Le sujet est cependant revenu sur le plateau depuis l’adoption massive de la UK Drill en France. Le succès de Ziak, en particulier, a été un des principaux déclencheurs du débat : certains rappeurs doutant de la véracité de ses textes n’ont pas hésité à l’attaquer frontalement, ce qui a forcément poussé les auditeurs à se poser des questions.

Que Ziak tue des gens chaque matin ou non (on lui souhaite que non), son cas illustre bien l’intérêt de porter un masque pour développer un univers musical, d’autant que l’ensemble de sa proposition est cohérent. S’il souhaite conserver le secret au sujet de son visage, il se refuse également aux interviews, communique assez peu sur les réseaux sociaux, et ne se livre que rarement dans ses textes. D’autres vont encore plus loin, en faisant l’hypothèse que des rappeurs déjà bien en place pourraient se masquer pour se construire une deuxième identité artistique : ce serait peut-être le cas de Big Flo dans le rôle de La Voix.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Raconter des choses qu’on n’aurait pas pu raconter à visage découvert

C’est la principale raison du port du masque dans la scène drill anglaise, et finalement, l’argument le plus logique et cohérent pour le port du masque. Les rappeurs concernés évoquent ainsi des meurtres réels ou revendiquent des agressions parfois très détaillées. Ils ne peuvent pas se permettre de dévoiler leur identité, et donc de rapper à visage découvert -d’autant que les autorités locales ont les drilleurs dans le viseur.

C’est un peu moins le cas en France, où les rappeurs masqués n’en racontent pas forcément plus que les autres -à titre d’exemple, quand un Kekra masqué raconte sa vie de dealer, il ne s’épanche pas plus qu’un Salif à visage découvert. Certains ont probablement retenu la leçon des rappeurs anglais inquiétés par la justice après avoir un peu trop vanté leurs exploits dans leurs textes.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Ne pas être affecté par les affres de la célébrité

On se souvient évidemment de Kekra et de son fameux je porte un masque pour que ma mère ne découvre pas que je suis rappeur, elle serait déçue”. Tous n’ont pas forcément une vision aussi radicale, mais il est évident que vivre à visage découvert comporte de nombreux inconvénients, surtout quand on dépasse un certain stade de notoriété. Certains regrettent d’ailleurs de ne pas avoir eu la présence d’esprit de cacher leur visage en se lançant dans le rap. C’est par exemple le cas de Jul, qui s’est livré à ce sujet au cours d’un freestyle Planète Rap : “J’peux plus aller en ville, j’suis tarpin dégouté / J’aurais du faire une Daft Punk / On m’aurait pas vu, on m’aurait juste écouté”.

Être reconnu conduit forcément à des changements dans le mode de vie et les fréquentations. Conserver l’anonymat permet d'atténuer ce type de conséquence. D’un point de vue artistique, l’avantage est évident : en restant connecté à la vie réelle et au terrain, il gagnera en inspiration, et son univers restera plus authentique.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Pouvoir tenter plus de choses

Ce n’est pas une vérité absolue, mais différents exemples prouvent que les rappeurs masqués ont tendance à s’aventurer sur des terrains éloignés de la norme sur le plan des sonorités : on peut penser à Kekra, Siboy, Empty7 ou, quelques années plus tôt, Fuzati  et même Sefyu. On imagine qu’ils auraient eu le même type d’influences et la même volonté de suivre leur propre voie sans masque, mais rapper à visage couvert est un pas de plus vers la liberté artistique totale.

S’il n’est pas rappeur (malgré quelques essais loin d’être honteux), Maskey s’est exprimé à ce sujet il y a quelques années chez Yard :c’était une mesure de sécurité. Si ça ne marche pas, tu supprimes discrètement ta vidéo et tu reprends le cours de ta vie”. Sa vision est un brin radicale, mais elle exprime bien l’idée selon laquelle le masque permet de moins se poser de questions et de tenter des choses en se délestant d’une part de pression. Là encore, le cas de Big Flo / La Voix peut être une bonne illustration : le toulousain est déjà beaucoup sous le feu des critiques, il est donc plus difficile pour lui de s’essayer à des expérimentations sans risquer d’égratigner son image. Rapper sous une autre identité, à visage caché, est la meilleure façon de s’ouvrir artistiquement sans pour autant risquer de perdre son public. Pour finir, on peut aussi citer Bracash, rappeur inventé de toutes pièces par Niro en collaboration avec ses fans, et interprété à l’image par un personnage casqué.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.