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Les "réseaux sexiaux" ou l'éducation sexuelle sur les réseaux

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Les jeunes adultes s'éduquent sexuellement sur les réseaux sociaux
Les jeunes adultes s'éduquent sexuellement sur les réseaux sociaux
© Getty - Malte Mueller

Instagram et TikTok sont devenus une mine d’informations pour les jeunes en quête d’éducation sexuelle. Des centaines, voire des milliers de comptes ont été créés sur les réseaux pour répondre à toutes leurs questions.

Le sexe est devenu en quelques années un sujet discuté et débattu sur les réseaux sociaux. De nombreux comptes ont été lancés et sont suivis par des centaines de milliers de personnes sur TikTok et Instagram. Certains sont tenus par des sexologues et sexothérapeutes, d’autres sont tenus par des personnes dont ce n’est pas le métier. Mais ils ont tous le même objectif : briser et déconstruire certains tabous.

Ces comptes sont particulièrement populaires chez les adolescents et les jeunes adultes. Ils  représentent la majorité des followers. Masturbation, plaisir féminin, consentement, etc, les réseaux sociaux répondent aux questions qu’ils n’osent poser à personne.

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Instagram et TikTok pallient le manque d’éducation sexuelle des jeunes

Les jeunes ne sont pas sensibilisés à la sexualité. L’éducation sexuelle est pourtant inscrite dans la loi depuis 2001. Elle doit faire partie du cursus scolaire et prendre la forme d’au moins trois séances annuelles. Mais ce n’est pas vraiment respecté par les établissements. Selon une enquête réalisée en 2016 par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 25% des écoles élémentaires, 11% des lycées et 4% des collèges reconnaissent n’avoir rien mis en place en matière d’éducation sexuelle.

« La sexualité est un sujet trop peu pris au sérieux dans notre cursus académique. Il n y a aucune sensibilisation au consentement, au plaisir, aux violences sexuelles et même la prévention concernant les MST (maladies sexuellement transmissibles) est trop sommaire », regrette Manon 27 ans, consultante en communication. La jeune femme tient le compte Instagram @Lecul_nu qu’elle a crée il y a trois ans. Elle y publie du contenu lié à la sexualité et est suivie par près de 80 000 personnes. « Je reçois régulièrement des messages de gens qui me demandent de faire un diagnostic alors que ce n’est pas mon métier », raconte-celle qui écrit « Le cul mis à nu » aux éditions Les insolentes.

L’engouement autour des comptes Instagram et TikTok qui parlent de sexe prouvent à quel point les gens, et particulièrement les jeunes, manquent d’informations. D’après une étude réalisée en janvier 2022 par Kantar Profile pour le Passage du désir, 37% des 18-30 ans disent avoir besoin d’éducation sur la sexualité. Ils consultent donc des comptes sur les réseaux. Et il y en a pour tous les besoins. Il y a même des médecins qui font de petits cours d’anatomie, comme Jennifer Lincoln, une gynécologue-obstétricienne américaine suivie par plus d’1,6 million de personnes.

Les réseaux sont un « moyen de se renseigner sans déballer sa vie » constate Valentina Bracciale, sexothérapeute. En plus de son activité, la professionnelle anime une page Instagram qui compte près de 1 000 abonnés. « Mes posts touchent principalement les 18-30 ans et j'en suis ravie parce que ce sont généralement des jeunes qui n’ont pas de proches à l’écoute pour échanger sur leurs interrogations liées au sexe », indique-t-elle*.* Manon estime que le problème et bien plus large et qu’il ne touche pas que les jeunes générations : « C'est toute une société qui est mal éduquée.»

Confidentialité et accessibilité pour déconstruire les injonctions

Il suffit d’avoir un compte Insta ou TikTok pour avoir accès à un tas de ressources et de comptes différents. L’anonymat possible permet de briser les barrières mentales et la censure qui pèsent sur certains. « J'ai déjà reçu des messages de gens qui avaient créé de faux comptes juste pour me suivre », confie Manon. Les personnes qui regardent ces contenus peuvent apprendre de nouvelles choses et surtout déculpabiliser. C’était un des principaux objectifs de Manon lorsqu’elle a lancé son compte. « Je voulais vraiment dire ‘regardez, on manque tous d’éducation mais il n’y a rien de grave, c’est un sujet comme un autre. On peut en rire et essayer d’apprendre ensemble’ ».

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Les réseaux sont aussi un espace collaboratif. La zone commentaire permet de s’exprimer et de partager ses expériences. Le tout dans l’optique de se sentir moins seul et d’en apprendre plus. « J’ai appris plein de trucs concernant la communauté transgenre grâce à des followers qui m’envoyaient des messages », reconnaît la créatrice du compte @Lecul_nu. Ils démystifient aussi les rapports qu’on peut avoir à sa propre sexualité : « On comprend qu’on n’est pas les seuls à avoir telle ou telle problématique », ajoute la sexothérapeute.

Les limites des réseaux sociaux

Instagram et TikTok éveillent les consciences et lancent des débats. Mais ils ne règlent pas le fond du problème, selon Manon. « Un compte Instagram peut introduire un sujet, mais il ne remplace pas un réel manquement. Je n'**ai pas la prétention de faire ce que le cursus académique ne fait pas », insiste la jeune femme. La sexothérapeute est aussi de cet avis et déplore également l’existence de « comptes qui ne cherchent que des likes ».

Les réseaux sociaux donnent des clés théoriques. Et même s’ils réagissent et commentent les posts, les gens n’appliquent pas systématiquement dans la « vraie vie ». « On peut regarder des dizaines de contenus sur le consentement par exemple, ce n’est pas pour autant qu’on va le retrouver dans nos rapports aux autres », analyse Valentina Bracciale.

L’émergence des comptes qui parlent de sexualité sur les réseaux est globalement plutôt positive. Ils éveillent les consciences sur le plaisir féminines, les violences sexuelles, le consentement, etc. Mais les messages qu’ils transmettent doivent être approfondis et appliqués dans la réalité.