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Niska - Les 5 ans de Commando

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Niska - photo promo "Commando" (DR)
Niska - photo promo "Commando" (DR)
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5 ans après sa sortie, Commando reste un modèle de blockbuster, et représente l’apothéose de la trap grand public.

Pris dans un rythme frénétique ces dernières années, le rap français voit ses principaux paradigmes évoluer progressivement. Là où il fallait a minima une dizaine d’années avant de débattre du statut de potentiel classique d’un album, l’ère du streaming a réduit les délais nécessaires. Si on peut faire l’impasse sur les volontairement abusifs “classiques instantanés” déployés par les fans à chaque nouveau projet de leurs artistes favoris, on se pose de plus en plus souvent la question concernant les gros albums de la fin des années 2010. Régulièrement cité parmi les projets incontournables de cette période, Commando de Niska fête aujourd’hui ses cinq ans, l’occasion de nous interroger sur son impact, sa postérité, et de comprendre ce qui en fait un modèle de blockbuster.

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Le contexte de la sortie

Au moment de la sortie de Commando, Niska a déjà de nombreuses années de service sur le terrain. Déjà actif très jeune au sein du groupe Mineurs Enragés, il a beaucoup charbonné avant son explosion avec le fameux Freestyle PSG en 2015. En pleine vague trap, son premier projet chez Barclay n’est pas le carton annoncé, et surtout, il est beaucoup trop convenu sur le plan musical. Niska n’a pas encore bien défini son identité artistique, mais va progressivement amorcer une mue, d’abord avec l’album Zikuforo, puis avec une longue série de freestyles et de featurings.

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En l’espace de deux ans, il impose alors son énergie et son art du gimmick, devenant l’un des gros hitmakers de la période 2015-2016, et imprimant son nom dans l’esprit du public avec ses participations au tube Sapés comme jamais ou au fameux freestyle Couvre-Feu avec Booba, Damso et Kalash. Bien identifié par le grand public, il affine sa proposition artistique et crée un réel engouement autour de la sortie de son troisième projet. En septembre 2017, la conjecture est idéale pour lui : peu de têtes d’affiche ont choisi la rentrée pour livrer leurs albums. L’hyperproductif Jul a bien publié un projet, mais c’est un album gratuit, et ce n’est que l’un de ses quatre projets de l’année. Sadek occupe l’espace médiatique, mais il n’est pas un véritable poids lourd dans les charts, et la seule grosse concurrence est finalement celle de Ninho, qui a livré un album 3 semaines plus tôt -c’est à dire une éternité dans l’ère du streaming.

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Surtout, Commando peut s’appuyer à sa sortie sur le succès monstrueux du tube de l’été 2017, Réseaux. Dévoilé début juillet, il est déjà single de diamant en septembre, et son clip cumule 100 millions de vues au moment de la publication de l’album (350 millions aujourd’hui). Avec une telle locomotive, difficile de ne pas avoir confiance. Le démarrage de Commando est le meilleur de l’année, l’album est certifié or la première semaine, platine la deuxième, et va chercher le disque de diamant 11 mois plus tard. Un carton énorme, qui place définitivement Niska aux sommets de l’échiquier du rap français.

L’apothéose de la trap grand public

Le succès de Commando constitue à la fois l’aboutissement de l’ascension de Niska et l’apothéose de la trap grand public. Énergique, parfois festif, plus nerveux par moments, l’album est surtout très décomplexé. Niska s’amuse et débite toutes les absurdités possibles (“je mettrai de l’or sur mon penis”, “la chatte de la petite est sale, mon lit sent le poisson salé” ; “t'as mis des ballerines ? Dégage, tu vas jamais dormir chez moi, dommage”), son énergie est communicative, et l’auditeur n’a pas à se poser la moindre question. Comme face à un blockbuster hollywoodien qui ne vaut que pour ses explosions spectaculaires ou ses effets spéciaux, on ne se pose aucune question à l’écoute de Commando.

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Dans cette orgie de rap exalté, l’introduction dénote fortement avec l’ambiance générale, et apporte à l’album une profondeur inattendue. Titre le plus introspectif de la carrière du rappeur, Story X raconte l’enfance de Niska (“à 13 ans encore j’avais pas vu la mer”), ses expériences passées (“pour avoir du caviar, j'ai dû manger des pierres”), sa vision du monde (“à la madrassa, tu sais ce que j'ai vu ? Ils récitaient mal, ils ont fouetté le p'tit”). On avait rarement entendu l’évryen se livrer autant, et si la présence de ce titre sur un album aussi outrancier peut sembler paradoxale, elle constitue finalement la dernière brique nécessaire à l’équilibre d’une construction démesurée.

Qu’en reste-il aujourd’hui ?

Cinq ans après sa sortie, Commando reste le symbole d’une période de basculement pour le rap français. L’ère du streaming a débuté depuis un peu plus d’un an, les modes de consommation ont connu des bouleversements profonds, et l’industrie de la musique toute entière mute progressivement. Sur le plan artistique, le rap a été modelé par des influences très diverses, de l’afrotrap aux sonorités marseillaises en passant par le cloud. La vague trap, qui a totalement explosé en 2013-2014, atteint son apogée avec Commando. Dans les années qui suivront, d’autres tendances prendront le dessus.

A l’époque, le carton plein de Commando lors de sa première semaine d’exploitation symbolise pleinement le changement d’ère. Le support physique, qui a toujours constitué la référence absolue, devient accessoire (moins de 15% des ventes), et c’est bien la comptabilisation des chiffres du streaming qui permet à Niska de se placer aussi haut des les charts. S’il n’est pas le premier gros succès rap de l’ère du streaming, il est le premier à s’appuyer autant sur les écoutes dématérialisées, là où PNL et Jul notamment misaient encore fortement sur le support physique.

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En touchant les sommets, Niska doit également composer avec le revers de la médaille : quand on arrive aussi haut, on ne peut que redescendre. Ses projets suivants, malgré une réussite indéniable (Mr Sal accroche le triple platine), n’ont pas un succès aussi fulgurant et ne réalisent pas des scores aussi spectaculaires. Retrouver la même énergie, en profitant du bon alignement des astres, comme c’était le cas pour Commando, n’est pas impossible, mais requiert désormais d’autres méthodes, et peut-être un renouvellement de la part de Niska.

Sans être un véritable game-changer, Commando a cristallisé toute l’énergie du rap français de la deuxième moitié des années 2010. Totalement décomplexé dans son approche, extrêmement dynamique sur le plan des sonorités et de l’interprétation, il constitue encore aujourd’hui un modèle de conciliation entre l’univers d’un rappeur de rue à la pure mentalité de charo, et la volonté d’ouverture nécessaire pour toucher un public large. Cinq ans après sa sortie, il témoigne des changements de paradigme advenus dans l’industrie de la musique française, et des évolutions profondes qu’a connu le rap français à cette période.