Publicité

On a demandé à des streamers.euses comment rendre Twitch plus safe

Par
La streameuse Maghla a pris la parole sur Twitter le 24 octobre dernier pour dénoncer le harcèlement en ligne qu'elle subit depuis plusieurs années.
La streameuse Maghla a pris la parole sur Twitter le 24 octobre dernier pour dénoncer le harcèlement en ligne qu'elle subit depuis plusieurs années.

Raids haineux, menaces, montages porno, insultes… Comment mieux lutter contre le harcèlement en ligne ? Mouv’ a interrogé des streameurs.euses qui partagent leurs solutions.

Ces dernières semaines, le monde du streaming est secoué par les révélations en cascade de nombreuses streameuses qui dénoncent le harcèlement en ligne dont elles sont victimes sur des plateformes comme Twitch. C’est la vidéaste @Maghla, suivie par près de 700 000 abonnés, qui a pris la parole sur Twitter le 24 octobre dernier, pour dénoncer le harcèlement qu’elle subit depuis plusieurs années d’activité.

Dans une longue série de tweets, se disant « fatiguée », @Maghla a détaillé l’ensemble des contenus dégradants et sexistes dont elle fait l’objet. D’autres utilisatrices de la plateforme, comme @BagheraJones et @AVAMind, lui ont emboîté le pas.

Publicité

Mais, ce mouvement de libération de la parole ne date pas d’hier : en septembre 2021, à l’aide du hashtag #ADayOffTwitch, des streamers.euses avaient décidé de boycotter la plateforme, le temps d’une journée, pour lutter contre le manque de mesures prises par Twitch face au harcèlement en ligne. Alors, comment agir pour endiguer ce phénomène ? Mouv’ a interrogé des streamers.euses.

Un phénomène qui touche de nombreuses femmes

@Chloe est une streameuse belge suivie par près de 2,7 k followers. Elle partage tous les matins ses parties de jeux-vidéo et fait des lives IRL où elle visite des villes en direct sur Twitch. Elle a créé Stream’Her, une communauté de streameuses, qui a pour but de mettre en avant les femmes dans le streaming. @Chloe est aussi régulièrement victime de harcèlement en ligne : « J’ai eu des raids de follow bots (ndlr : faux comptes) me forçant à éteindre mon live, des messages privés déplacés, des messages haineux sur mon chat. J’ai aussi eu des pages sur des forums avec des gens qui m’insultaient et jugeaient mon physique avec des notes sur 10 », raconte-t-elle.

@KathleenFabric s’est inscrite sur Twitch en janvier 2021 et partage son expérience du milieu textile, avec des lives sur la couture à ses 2,5 k followers. Elle regroupe une communauté majoritairement féminine mais reconnaît être vigilante au quotidien face aux harceleurs. « Je suis sur mes gardes H24 et je ne fais jamais 100% confiance aux hommes sur mon chat », explique-t-elle. Pour elle, le problème ne se limite pas seulement à la plateforme de streaming : « Quelque chose qui commence sur Twitch continuera sur Twitter ».

« C’est une police de Twitch »

Sur Twitch, il existe plusieurs outils de modération. Par exemple, il est possible d’avoir recours à un modérateur (un « modo », dans le jargon). Ce sont de simples utilisateurs, nommés par le streamer lui-même, qui acceptent de modérer le chat. Pour les comptes qui comptabilisent des milliers de viewers, il est possible de constituer une équipe de modos. Ces derniers veillent au bon déroulement de la discussion et s’autorisent à suspendre, voire bannir un utilisateur toxique. Il est aussi possible de signaler un streamer ou un live qui pose problème.

@Romain_saken fait partie de ces modérateurs. Il gère les chaînes de @Clara_Doxal et @Skyyart, respectivement 71,2 k et 782,7 k followers. « C’est une police de Twitch », précise-t-il. Pour lui, la responsabilité incombe aux streamers. « C’est à eux de donner le bon message aux gens. Certains éduquent d’une mauvaise manière leur communauté et normalisent des choses qui ne devraient pas être normalisées », déplore-t-il.

Des règles de modération insuffisantes

Depuis deux ans, et la multiplication de faits de harcèlement, Twitch a décidé de muscler ses règles. La plateforme a lancé un outil en novembre 2021, basé sur l’IA, pour permettre de détecter les utilisateurs malveillants. Ce dernier aide les créateurs et les modérateurs « à identifier et à prendre des mesures contre les utilisateurs qui tentent de contourner des bannissements de chaîne », peut-on lire sur leur site. En d'autres termes, il permet de détecter les utilisateurs qui utilisent un nouveau compte pour contourner une interdiction précédente.

De plus, les streamers peuvent activer un outil de vérification afin de se protéger des attaques de bots et de raids haineux. Les utilisateurs doivent ainsi confirmer leur identité via SMS avant de participer au chat. Mais, bien souvent, ces outils ne suffisent pas. « Ils ne sont pas toujours bien mis en avant, surtout pour les nouveaux utilisateurs », explique @Chloe. « Il faudrait davantage mettre en avant les peines encourues en cas de cyberharcèlement pour diminuer le sentiment d’impunité qui règne pour l’instant », poursuit-elle.

@KathleenFabric partage le même sentiment que @Chloe. Elle fait aussi partie d’un groupe de streameurs.euses qui a créé un outil permettant de bannir un utilisateur malveillant simultanément dans plusieurs chats. « C'est pratique car des trolls se baladent parfois dans le chat de plusieurs personnes en live simultané. Il suffit qu'une personne active la commande et le problème est éliminé chez tout le monde », détaille-t-elle. De son côté, lorsqu’elle reçoit des commentaires déplacés ou inappropriés, elle pratique une tolérance zéro : « Je bannis immédiatement l’utilisateur de toutes les plateformes et je garde des preuves. Ensuite, j’avertis certaines collègues streameuses en privé afin de signaler le problème ».

Tolérance zéro

Comment mieux lutter contre le harcèlement en ligne ? Pour @Chloe, il est important de s’entourer de personnes bienveillantes et d’une équipe de modération. « Il y a des communautés ‘safe’ afin de s’entraider et de ne pas être seule en cas de problème. Comme Afrogameuses, Women in Games, Stream’Her », préconise-t-elle.

@KathleenFabric, quant à elle, se réjouit de voir les streamers apporter leur soutien aux streameuses mais aimerait qu’ils s’engagent davantage. « J'aimerais les voir à l'année éduquer leur chat, prendre des actions immédiates en cas de blagues sexistes, trouver des moments ici et là pour expliquer certains problèmes et faire comprendre aux gens pourquoi ce n'est pas OK », explique t-elle. « La modération doit être menée par tous les streamers », poursuit-elle.

Pour le modérateur @Romain_saken, une solution serait de « bloquer définitivement l’accès aux personnes qui ont été bannies d’un ou de plusieurs chats » . Il propose un bannissement via l’adresse IP, « soit bloquer l’accès au site, soit bloquer l’accès aux chaînes desquelles ils ont été bannis pour qu’ils ne puissent plus voir le contenu en question » . Comme @Chloe et @KathleenFabric, il juge les règles de Twitch bien trop insuffisantes : « Ils doivent être plus intransigeants sur les règles de bons comportements. S’il y a plusieurs signalements, la plateforme doit mobiliser plus de personnes et vérifier comment se passent les lives » , conclut-il.