couverture du livre "Department Of Truth"
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couverture du livre "Department Of Truth" - Urban Indies
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Résumé

Une œuvre de fiction très sombre qui brouille tous les repères et pose beaucoup de question...

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The Department of Truth, sorti l'année dernière aux Etats-Unis, arrive en France. A mi-chemin entre le comic et la BD traditionnelle, ce récit est l’œuvre de James Tynion IV, qui jouit d’une grosse réputation dans le comic indépendant. Il est entre autres l'auteur de Something is killing the children, et travaille aussi pour DC Comics, pour qui il a écrit des Batman ainsi qu_'_un crossover entre le héros de Gotham et les Tortues Ninja. Dans The Department Of Truth, on suit l’histoire de Cole Turner, prof dans une académie du FBI, spécialiste des mèmes et des suprémacistes blancs sur internet, qui pour son boulot se retrouve dans une conférence de platistes (ceux qui pensent que la terre est plate). Des magnats du pétrole qui soutiennent les politiques conservateurs le font entrer dans une pièce remplie de complotistes où on lui prouve que le premier pas de l’homme sur la lune est un fake tourné en studio. Puis ils l’emmènent faire un tour en jet privé, et il découvre alors que la terre est vraiment plate. Complètement sous le choc, il se fait recruter à ce moment-là par un bureau secret du FBI, le Département des Vérités… 

Il s'agit d'une cellule chargée de traquer les complots, dont la tache n'est pas de tout repos car dans ce comic, la notion de vérité est mouvante. La vérité existe, mais ce n'est pas la science qui en décide. Ce sont ceux qui y adhèrent (« en matière de vérité, c’est la majorité qui tranche »). Plus les gens croient en quelque chose, plus cette chose devient vraie : si tout le monde se met à croire que la terre est plate, elle le devient, si une majorité de personne est persuadée que les présidents du monde occidental sont des reptiliens, il le deviennent… Le Département des Vérités s'assure que les théories du complot restent des théories du complot, et qu’elles ne deviennent pas des réalités. Le héros va être confronté à une multitude de théories : l’assassinat de Kennedy, les reptiliens, ou encore une conspiration d'ampleur qui mêle Jeffrey Epstein, Clinton, Obama, le World Trade Center et les QAnon. Et il va se rendre compte que la notion de vérité est plus compliquée qu’il le pensait… Parce qu’il travaille pour un service qui lutte contre les complotistes, mais qui défend aussi sa propre idée de la vérité… Comme le lui dit l’un de ses collègues : « il n’est d’envers ni d’endroit ». Cole Turner va aussi affronter un trauma d’enfance (il a participé malgré lui à une théorie du complot qui implique des satanistes), se confronter à un ennemi qui se fait appeler « black hat » et à une mystérieuse femme sans yeux, vêtue d’une robe à capuche rouge. 

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The Department Of Truth dénonce la mécanisme du complotisme, mais souffle aussi sur les braises du complotisme. C'est une œuvre de fiction, dont l’idée est de brouiller tous les repères. Les lecteurs sont baladés entre tous les points de vue ; on comprend les motivations et les mensonges de chacun des personnages, on se dit qu’ils ont tous raison et tort en même temps. Le résultat est magistral : à l'image de Cole Turner, on ne sait plus qui croire, ni de quel côté se situe la vérité, le bien, le mal. The Department of Truth pose beaucoup de question, mais ne donne pas de vraies réponses. C’est une réflexion sur la façon dont une information est utilisée, sur le pouvoir qu’elle confère, sur le rôle des fakes news, de la rumeur et du fantasme, parce que ce que nous dit ce comic, c’est qu’au fond, nous avons tous une partie de nous qui a envie de croire à ces théories. Pour donner un sens à ce qu’on n’arrive pas à expliquer. C’est une BD très sombre, parfois violente dans ses propos et sa tension psychologique (l'éditeur Urban Comics précise que l'œuvre s'adresse à un « public averti »). Le dessin, signé Martin Simmonds, est très graphique (il utilise parfois des croix à la place des yeux, un trait presque brouillon) et nous plonge dans une atmosphère terrifiante qui souligne parfaitement la crainte et les hésitations du héros. Une série télé est en développement, mais il semble impossible qu’elle soit aussi réussie que l’œuvre originale. Le 2e tome devrait arriver bientôt, jetez-vous sur le premier les yeux fermés (mais l'esprit ouvert) ! 

The Department of truth, vol 1. Urban Comics.
The Department of truth, vol 1. Urban Comics.
- James Tynion IV
Références

L'équipe

Tanguy Blum
Production