Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste
Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste - Daniel Adjerad
Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste - Daniel Adjerad
Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste - Daniel Adjerad
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L'histoire de la punchline retracée de manière passionnante à travers des analyses textuelles et statistiques de lyrics, depuis les poèmes de Mohammed Ali jusqu'au "Bonjour" de Vald.

Dans Punchlines, Daniel Adjerad professeur agrégé et docteur en philosophie, décortique, analyse, remet dans le contexte historique et musical ce mot qui veut tout et rien dire. Il s’appuie sur le site Genius pour ses analyses textuelles et statistiques (il note par exemple qu'Alkpote utilise 1516 fois le mot « pute » entre 2010 et 2019).

L’histoire de la punchline dans le rap

On apprend que Rakim, le premier à avoir théorisé le flow, a aussi été le premier à utiliser le terme "punchline" dans  I Ain’t No Joke en 1978. Jean-Pierre Seck (à l'origine du label 45 Scientific, en compagnie d’Ali, Geraldo et Booba) rappelle que si la punchline existait dans le rap des années 90, on ne l’appelait pas encore ainsi. En France, c’est Lino qui a l'a introduite dans le vocabulaire courant en 2002 avec le titre Punch Line. Si l’artiste qui revendique le plus l’art de punchline dans ses textes est Fababy (26 occurrences entre 2012 et 2016), Daniel Adjerad cite Seth Gueko qui s’était incarné en Professeur Punchline en 2015, avec une idée de la punchline qui joue sur les mots de manière plus agressive ("ma femme de ménage est bonne et ce n’est pas un pléonasme"). Plusieurs punchlines de Booba sont évidemment étudiées, dont celle-ci « Punchline anti-aérienne, si je lâche des paroles en l’air » extraite de Kalash, que Daniel Adjerad perçoit comme un "bijou lyrical aux multiples facettes".

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L'importance de la mélodie et du refrain

ll revient aussi sur la disparition de la punchline dans le rap US, qui s’est généralisée à partir de 2016 autour de Lil Uzi Vert et Kodak Black, avec des texte basiques et des titres dans lesquels le refrain et la mélodie deviennent plus important que les lyrics. Le phénomène était déjà visible avec l'émergence du mumble rap de Future (Tony Monatana en 2011) ou le Versace de Migos en 2013, ce qui fera dire à Mac Tyer en 2015 que le flot de Migos s’est transmis comme une MST.... Punchlines raconte comment Eminem et Lil Wayne se sont opposés à cette nouvelle école, parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi certains rappeurs ont abandonné ce qui fait pour eux l’essence du rap : un texte où chaque ligne doit proposer une punchline en jouant avec les mots.

La prouesse de Vald

Vald sert de fil rouge au livre, autour du titre Bonjour qui fait l’objet d’une analyse textuelle, rythmique et philosophique très approfondie : répéter « niquer sa mère » pendant près de 4 minute pour faire l’éloge de la politesse, avec 12 répétitions de l'expression chacune teintée d'une connotation différente, c'est une prouesse ! Vald a toujours affirmé que les punchlines étaient vaines : il trouve le mot horrible, dit qu'il ne fait pas de punchline, mais du sentiment. Daniel Adjerrad le compare à Marcel Duchamp, artiste à l’origine du concept de ready-made avec ses urinoirs oeuvre-d'art en 1916 : pour lui, Vald utilise des punchlines ready-made, comme les surréalistes avant lui.

Mohammed Ali est aussi encensé pour son art de la punchline

Il maîtrisait les rimes, les mots et la vitesse d'élocution pour les balancer. Le boxeur, qui déclamait des poèmes pour annoncer le round dans lequel il allait mettre son adversaire KO, trouvait toujours des surnoms ridicules pour ses opposants. Sa punchline favorite : demander à son adversaire sa taille exacte : Je veux simplement savoir de combien de pas je devrais me reculer quand tu vas t’écrouler  Le livre rappelle d'ailleurs que Rakim revendique haut et fort l'héritage de Mohammed Ali pour détruire psychologiquement ses opposants. Le boxeur était également maître dans l'art de manier le double sens. Quand un serveur raciste lui explique en 1960 que le restaurant ne sert pas de Noirs, Ali lui répond : Ne vous inquiétez pas je n’en mange pas non plus.

La récupération de la punchline par la sphère politique et médiatique

Daniel Adjerrad mentionne enfin la récupération de la punchline par la sphère politique et médiatique. Par exemple quand Laurence Ferrari appelle en 2016 son émission politique Punchline, elle commet une forme d’escroquerie symbolique.

La thèse de Daniel Adjerad est que chaque artiste a son idéal pour incarner la punch. La punchline-jeu-de-mots bien sûr, mais aussi la punch rhyme, parce que la punchline est aussi une rengaine rythmique : ce qui fait l’efficacité d’une punch, c’est la façon dont on l’énonce…  Le livre est passionnant, il cite Ice Cube, Nas, Common, Fat Joe, Heuss l’Enfoiré, Snoop Dogg, Juice World, Kanye et beaucoup d’autres, il analyse en longueur plusieurs punchlines, dont celle-ci extraite de Life’s A Bitch de Nas, qui est peut-être une des plus puissantes de toute l’histoire du rap  :

Time is illmatic, keeps static like wool fabric...

Analyse de l'auteur : Pour Nas, le temps (time) conserve toujours l’animosité  (static)), comme un pull en laine (wool fabric) se charge en électricité (static). Quant au terme inventé "illmatic", il fait simultanément référence aux armes (-matic), à la folie (ill), et au prénom de son meilleur ami (Ill), assassiné brutalement.

Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste
Punchlines. Editions Le Mot Et Le Reste
- Daniel Adjerad

Programmation musicale

L'équipe

Tanguy Blum
Production