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"Temps Mort" de Booba a 20 ans  : hommage à ce monstre sacré du rap français

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Booba - cover "temps mort"
Booba - cover "temps mort"
© Radio France - Booba

Aujourd'hui, nous célébrons un anniversaire important dans l'histoire rap français : les 20 ans de Temps Mort, le premier album solo de Booba.

En 2022, difficile de parler de Temps Mort sans faire un redit de tout ce qui a déjà été dit dessus. Il fallait pourtant qu'on y revienne puisque le premier album solo de Booba souffle aujourd'hui sa vingtième bougie. Et deux décennies plus tard, le constat est là : ce projet fascine toujours autant et continue de déchaîner les passions.

Au-delà de représenter les premiers pas de Booba en solo, cet album, comme l'exprime si bien son titre, a provoqué à sa sortie une brèche dans le continuum espace-temps du rap français. C'est bien simple : il a placé Élie Yaffa au Panthéon des rappeurs français et toutes celles et ceux qui l'ont écouté au moins une fois dans leur vie ne s'en sont jamais vraiment remis. Pour beaucoup d'auditeurs de rap, cet album légendaire est non seulement la plus belle pièce musicale de la discographie du Duc de Boulogne, mais aussi purement et simplement le meilleur album de rap français de tous les temps.

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Alors oui, même 20 ans plus tard, il faut en parler. Déjà parce qu'un tel anniversaire, ça ne s'oublie pas, mais aussi parce que la carrière de Booba est tellement immense, qu'il se peut qu'une frange plus jeune de son public ne connaisse toujours pas ce chef d’œuvre. Ah, et aussi, revenir sur ce classique nous permettra d'oublier sa méchanceté gratuite, lui qui sans raison apparente et de manière totalement gratuite, s'en est pris à Stromae, un grand artiste dont la souffrance réelle nourrit finalement le cœur des gens. Bref, temps mort donc, voici cinq raisons pour lesquelles le premier album de Kopp a marqué l'histoire du rap français.

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Un album en avance sur son temps

Qu'on l'aime ou pas, le Duc de Boulogne est une légende du rap français. Au travers plus d'un quart de siècle de carrière, il a toujours été ce qu'on appelle un « game changer ». Autrement dit, il est de ces artistes qui à chaque sortie influent profondément et durablement sur le paysage rap contemporain.

Mais bien avant qu'il exporte la trap et l'autotune en France, la révolution Booba commença dès Temps Mort. En 2002, c'est bien cet album qui amena pour la première fois en France, le gangsta rap à l'américaine avec des métaphores violentes, des images fortes et des phrases choquantes.

Pour autant, il a su moderniser le style, notamment grâce aux productions avant-gardistes d'Animalson et Fred le Magicien.

Contrairement à Mauvais Œil qui assumait puiser ses influences dans les vibes sombres du rap de Mobb Deep, sur cet album, Booba et ses producteurs n'ont pas hésité à aller chercher des sonorités nouvelles, futuristes, voire complètement étranges pour certaines. Une direction artistique audacieuse affiché dès l'intro et qui en dit long sur les ambitions du rappeur.

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Booba a la dalle

Remettons les choses dans leur contexte : à l'aube des années 2000, Booba est déjà un grand nom du rap français. Cependant, il a encore beaucoup à prouver, lui qui n'a encore rien montré en solo. Galvanisé par le succès de Lunatic et sachant qu'il est attendu au tournant, B2O n'a qu'une envie : écraser la concurrence. De plus, lorsque le Duc gratte les premiers textes de Temps Mort, il est encore incarcéré dans « cette putain de maison d'arrêt » de Bois d'Arcy. On comprend alors qu'à sa libération en 1998, il n'a qu'une envie c'est de manger le monde.

A l'époque de Lunatic, le Duc formait avec Ali l'équilibre parfait du ying et du yang, Évidemment, lorsque qu'il part faire cavalier seul et que son associé n'est plus là pour canaliser sa colère, il passe en mode sauvage et plus personne ne peut l'arrêter. L'impression d'être un paria de la société couplée à l'envie brûlante de « tout niquer » sur son passage : tel est ce cocktail d'émotions intenses que Booba va transformer en énergie insolente.

La rage et la colère comme principal moteur de son art, force est d'admettre que Booba a perdu cette spécificité au fil des années. Et c'est bien normal puisque l'artiste a changé. Après tout, il siège depuis longtemps sur le trône du rap français. Fatalement, il ne pouvait espérer rester authentique s'il avait continué à rapper ses problèmes financiers et ses galères dans la rue. Croyez-moi, sur Temps Mort, on est bien loin du Duc chambreur d'aujourd'hui. A l'époque, B2O était en mode caillera et ne rigolait pas, clairement pas.

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Un sens de la formule à son paroxysme

Sur Temps Mort, le rappeur du 9-2 n'a pas seulement cherché à se différencier au niveau des prods. En terme de style également. Il s'est démarqué en proposant un rap qui pue la rue, mais dans une version moderne, plus imagée et plus technique. Dans l'histoire du rap, des groupes comme le Ministère A.M.E.R, Expression Direkt ou encore la Mafia K'1 Fry ont porté à tour de rôle le côté caillera du rap, et Booba l'a révolutionné en mélangeant le côté cru de la street avec la finesse d'écriture tirée de l'école Time Bomb.

C'est donc sans surprise que sur cet album, Booba s'impose déjà comme le maître incontesté de la punchline. C'est bien simple, chaque mesure, chaque ligne qu'il propose est une balle textuelle tirée en plein dans le mille. Le plus incroyable dans tout ça, c'est que chaque punch, aussi sale soit-elle, est lâchée avec une nonchalance insolente et une facilité déconcertante. C'en est presque décourageant pour la concurrence.

D'ailleurs, à une époque où beaucoup de rappeurs français aimaient reprendre des punchs US, là où certains se contentaient de faire des traductions littérales de l'anglais au français, Kopp allait plus loin et transformait la phase initiale en véritable prouesse technique. Un exemple parlant pour illustrer : lorsque Biggie rappe « Because the streets is a short stop/ Either you’re slinging crack rock/ Or you got a wicked jump shot » dans son morceau, « Things Done Changed”, Booba dans son titre « Indépendant », plutôt que de traduire simplement  Dans la rue, soit tu vends du crack, soit tu fais des paniers », il dira : «  Pour eux, si t'es black, d'une cité ou d'une baraque, t'iras pas loin, c'est "vends du crack ou tir à 3 points ». CQFD.

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Être capable avec tant de facilité des plus belles prouesses techniques tout en étant parfait dans ses placements, et irréprochable dans son interprétation, n'est-ce pas cela finalement cette fameuse science de la rime prôné revendiqué par l'écurie 45 Scientific ? Comme quoi, le seul rappeur qui pouvait  rivaliser avec le Booba de Temps Mort à l'époque, c'était lui-même. La preuve, ils sont nombreux à avoir tenté de le copier.

Booba : imité, mais jamais égalé

Forcément quand on est audacieux, puissant et en avance sur son temps, on inspire la postérité. A l'époque, la claque de Temps Mort est telle que beaucoup d'auditeurs seront marqués par ce mélange de productions très modernes et de textes ultra-violents. Et bien entendu, parmi ceux qui écoutent Booba en 2002, on trouve des rappeurs et des futurs rappeurs.

C'est ainsi que toute une frange du rap français des années 2000 cherchera à s'approprier la formule Temps Mort: rythmique, flows, vibes, influences... Beaucoup de MC chercheront à suivre les traces du Duc. Mais malheureusement pour la plupart d'entre eux, n'est pas Booba qui veut.

Résultat de cette ruée vers l'or, le rap hardcore, tendance rapologique de la première décennie des années 2000 deviendra progressivement une parodie extrême de lui-même. On ne citera pas de noms, mais en 2012 encore, Youssoupha affirmait dans « J'ai changé », « Je n'ai pas peur, les autres rappeurs font du sous-Booba ». C'est pas faux, comme dirait ce bon vieux Perceval.

Qui sait ? C'est peut-être en partie parce que trop de MC ont sali son art que Booba a choisi de radicalement changer de registre par la suite. Fort heureusement, ça n'a pas empêché Temps Mort de rester intemporel au point de devenir intergénérationnel.

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C'est un album intemporel et intergénérationnel

Dans la culture hip-hop, l'un des débats qui revient toujours sur la table, c'est la fracture tenace qui subsiste entre le rap old school et le rap new-school. D'un côté comme de l'autre, beaucoup d'auditeurs refusent de s'ouvrir aux grands classiques de la période concurrente, sous prétexte que celle-ci ne fait pas partie de leurs affinités musicales. Ainsi donc, ceux qui auraient découvert le rap au début des années 2010 et qui rechigneraient à écouter cet album parce que le rap old school ne leur parle pas, ce message est pour vous,

Si un journaliste rap reste la plupart du temps en retrait, je terminerai exceptionnellement cet hommage en vous parlant de moi. Lorsque Temps Mort est sorti, j'avais huit ans. Clairement donc, le virus du rap ne m'avait pas encore contaminé et Booba était pour moi, rien de plus qu'un petit ourson. Je le découvre en 2006 avec l'album Ouest Side et le morceau «Boulbi».

Déjà passionné par le rap, je décide alors de m'abreuver de quelques classiques qui ont façonné l'histoire de cette musique et j'écoute pour la première fois Temps Mort en 2009, A cette époque, Booba est déjà passé à autre chose et a sorti 0.9. Son quatrième album a beau être aux antipodes du premier, je me souviens encore de l'onde de choc que j'ai pris en plein dans la face.

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Si je vous raconte ça, c'est pour vous dire que, quelle que soit votre génération, et même si comme moi, vous n'êtes pas spécialement des ratpis, vous devez écouter cet album. Pour toutes les raisons évoquées plus haut, Temps Mort est encore aujourd'hui une véritable démonstration rapologique que n'importe quel fan de rap digne de ce nom se doit de connaître. 20 ans plus tard, il est même encore très souvent cité parmi les albums préférés de vos rappeurs préférés.

Paradoxalement, même si ce disque jouit d'une aura sans égale dans le rap français et que Booba en a bien conscience, le rappeur a toujours été anti-nostalgie. A l'heure où une part déçue de ses fans passéistes continue de pleurer cette époque révolue, lui a toujours fait preuve d'un certain détachement vis-à-vis de son travail antérieur, préférant constamment aller de l'avant et se tourner vers l'avenir. Malgré tout, garder un œil dans le rétroviseur ne fait jamais de mal. Voilà pourquoi il faut continuer de transmettre la magie de cet album aux générations futures, ne serait-ce que pour l'amour de la culture.