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Présidentielle 2022 : Voter ou ne pas voter, les jeunes hésitent toujours

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Elections en France
Elections en France
© AFP - DELPHINE MAYEUR / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

À l’approche des élections, l’éternelle question du vote des jeunes et de l’abstention revient sur le devant de la scène. S’ils s’intéressent toujours à la politique, beaucoup d’entre eux ne savent pas encore s’ils vont se rendre aux urnes.

Pour séduire le jeune électorat, les candidats promettent réformes et nouvelles mesures en leur direction. Mais ces dernières années, les effets d’annonce des politiques tendent à faire chou blanc. Pour preuve, au 2e tour de la présidentielle de 2017 qui opposait Emmanuel Macron et Marine Le Pen, près de 34% des 18-24 ans ne s’étaient pas rendus aux urnes selon un sondage Ipsos/Sopra Steria. Un record. 

En réponse à cet apparent désintérêt, le département de la Seine-Saint-Denis a réalisé une centaine d’entretiens vidéo de jeunes, âgés entre 18 et 29 ans, issus des différentes villes du territoire. Une soirée de restitution a été organisée le mercredi 23 mars, à l’Usine à Saint-Denis (93) où des élus du département et jeunes témoins ont été invités pour l’occasion. L’objectif : discuter des thématiques qu’ils souhaiteraient voir davantage abordées par les candidats durant la campagne. 

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Car si la jeunesse boude les urnes, elle ne se désintéresse pas moins à la société et aux injustices subies. Les discriminations, l’accès au logement et au travail ou encore le pouvoir d’achat occupent principalement leurs débats. Les jeunes n’hésitent pas à interpeller les élus présents dans la salle sur la question. « On n’est pas dépolitisés comme on peut l’entendre dans les médias mais il y a plus vraiment d’éducation civique à l’école. Les politiques sont déconnectés de nos réalités. On ne nous demande notre avis que quand ils font le constat qu’il y a un fort taux d’abstention » raconte Sabri, sous le regard approbateur de l’assemblée de jeunes.

Les politiques sont déconnectés de nos réalités. On ne nous demande notre avis que quand ils font le constat qu’il y a un fort taux d’abstention

Le vote "utile", oui mais lequel ? 

Floyd-Idriss, jeune étudiant ultra-marin de 24 ans, lui, ne croit plus aux pouvoir des urnes et ne compte pas voter tout court. « À l’approche de chaque élection, on voit de nombreux politiciens nous courtiser mais à chaque fois qu’ils sont élus, ils ne font rien. Dans leur mandat, ils ne peuvent faire passer qu’une ou deux lois et en général ce n’est pas une loi qui nous rend service » Seul l’idée d’un jeune candidat à la présidentielle « qui s’intéresse véritablement aux revendications du peuple » pourrait lui faire changer d’avis sur l’utilité de voter.

D’autres, comme Marie qui pourra voter pour la première fois cette année, hésite entre faire le choix du vote "utile" ou voter blanc_. « Je ne me reconnais dans aucun programme en réalité et j’ai longtemps hésité à voter blanc car c’est aussi un positionnement politique. Malheureusement, le vote blanc n’est pas comptabilisé donc je suis tiraillée entre voter Mélenchon, qui semble être le vote utile pour les jeunes et ne pas voter du tout »_ confie la jeune étudiante, originaire de Pantin. 

Les jeunes de toute la Seine Saint-Denis invités par le département à donner leurs avis sur les présidentielles
Les jeunes de toute la Seine Saint-Denis invités par le département à donner leurs avis sur les présidentielles
- R.D

Même hésitation pour Jihane, jeune employée dans une mission locale et habitante de Rosny-Sous-Bois (93). « J’ai toujours eu l’habitude de voter, même pour les européennes mais je suis tellement déconnectée de cette campagne. Avant cette soirée, je ne savais même pas que le vote aurait lieu dans une quinzaine de jours. Je ne sais pas pour qui voter. Nous les jeunes, on ne se sent plus concernés, il y a vraiment un écart entre nous et ce que l’état représente » 

Plus de concret chez les candidats

Pour ces indécis, cette campagne manque de concret. « C’est une campagne digne d’un spectacle humoristique ou un clash entre rappeurs. Les vraies problématiques liées aux discriminations, à l’écologie, de pouvoir d’achat… les candidats n’en parlent qu’en surface » s’étonne Jihane. Un constat qui n’est pas sans rappeler les propos du rappeur Fianso qui a récemment comparé la campagne au « rap game ».

« Tant qu’il y a pas plus de clarté sur les programmes nous concernant que ce soit au niveau de l’accès au logement, les discriminations et l’écologie, les jeunes ne verront pas le vote comme un véritable moyen d’action » conclu Marie.

L’ensemble des doléances des jeunes sollicités par le département seront portés à l’attention aux 12 candidats. Ils pourront y répondre par vidéo jusqu’à la veille du premier tour. Les réponses seront ensuite publiées sur le site du département de la Seine-Saint-Denis à l’issue de l’élection présidentielle.

Rokia DOSSO