Bob Marley

Chanteur et musicien

Biographie
Crédit photo : Bob Marley © Getty
Bob Marley
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Biographie

Bob Marley
Bob Marley
Bob Marley Chanteur et musicien

Auteur-Compositeur, chanteur et musicien jamaïcain, Bob Marley - Robert Nesta Marley - est né le 6 février 1945 à Nine Miles (Jamaïque). Il est décédé d'un cancer le 11 mai 1981 à Miami, Floride (États-Unis).

Chanteur et guitariste de cantiques, de soul, de ska, de rock steady et de reggae, réalisateur artistique, actif de 1959 à sa mort. Bob Marley est la première (et la dernière ?) véritable star venue d'un pays pauvre. Sa musique, le reggae jamaïcain, un proche dérivé du rhythm & blues et de la soul américaine, est la voix de tous les peuples opprimés de la terre, au nom desquels il s'exprime.

Brillant et prolifique chanteur auteur-compositeur, sa carrière internationale ne dure que huit années intenses. Outre ses merveilleuses créations, sa dimension sociale et spirituelle lui donnent vite l'aura d'un exemple et, pour beaucoup, d'un prophète. Il succombe à un cancer (mélanome) en pleine gloire à trente-six ans, mais son mythe lui survit et s'amplifie depuis, hors de toutes proportions.

Son enfance

Fils de Cedella Malcom, paysanne noire de 17 ans, et du capitaine Norval Marley, un blanc âgé de plus de 50 ans qui supervise à cheval des travaux dans la campagne, Bob Marley nait et est élevé dans un hameau de collines, à une heure de route de la côte nord de la Jamaïque. Norval prénomme son fils Nestor, et Robert en deuxième prénom, du nom de son frère. Il disparaît et sombre dans la boisson. Son père ne fait que quelques apparitions dans sa vie et meurt alors qu'il n'a pas 5 ans, il laisse à son fils deux pièces en cuivre d'un penny.

Il va à l'école et participe aux travaux d'agriculture. Son grand-père Omeriah, qui l'a élevé, jouait du violon et de l'accordéon. Son oncle, musicien semi professionnel, jouait de la guitare et du banjo dans les groupes de bal populaire où l’on entend le quadrille, avec sa danse dirigée par le commandeur, ancêtre du rappeur. "Nesta", comme l'écrivait sa mère, décide qu'il sera chanteur.

Le mento Don't Touch Me Tomato est le premier morceau que chante Nesta, à 5 ans en frappant deux bouts de bois pour tenir le rythme. Bob aime chanter et accompagne sa mère à l’église baptiste le dimanche. Il y chante le gospel avec ferveur, comme la grande majorité des Jamaïcains. En 1957 après avoir tenu une petite échoppe de vendeuse de fruits en bord de route, la mère de Nesta part à Kingston et devient femme de ménage. Elle s'installe dans le ghetto urbain très dur, pauvre et violent de Trench Town où elle vit avec Thadeus "Thaddy" Livingston, le père de Neville "Bunny" Livingston dont elle aura bientôt une fille, Pearl.

Bunny devient le partenaire de chant de Nesta. Ils s'essayent sur des cantiques et des chants d'église comme This Train. Bunny, toujours entreprenant, fabrique une première guitare avec des fils électriques sans gaine, une boîte de sardines sert de caisse de résonance, et un morceau de bambou de manche. Leurs voix d'adolescents élaborent alors les premières mélodies des futurs Wailers. En 1959, Bob gagne une livre sterling à un concours de chant public au Queens Theatre.

Le studio Beverley's

En 1962, alors qu'il est en apprentissage pour devenir soudeur, il se blesse dans un accident de travail. Profitant de cet arrêt maladie, il suit les conseils d'un ami pour tenter sa chance auprès d'un producteur et enregistre 3 titres au studio Beverley's. Il y rencontre l'adolescent Jimmy Cliff, avec qui il joue quelque peu.

Issu du rythme shuffle, du R&B et du jazz, le ska naît en 1960, symbole de l'indépendance jamaïcaine obtenue en 1962 et le jeune Marley se consacre alors à la musique. Deux 45 T de ska sortent chez Beberley's, l'un sous le nom de Robert Marley : Judge not puis One cup of coffee sort sous le nom de Bobby Martell. Terror, qui parle du terrorisme meurtrier régnant dans les ghettos, ne sortira jamais.

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Mais déjà avec ces trois titres, les trois thèmes qui reviendront dans son œuvre sont là : "Spiritualité, amour et lutte sociale". Il a dix-sept ans et les deux 45 tours sortent aussi en Angleterre sur une jeune marque spécialisée en ska, Island, qui appartient au Jamaïcain blanc Chris Blackwell. Nesta et son ami Bunny Wailer sont alors rejoints par Peter Tosh qui leur apprend à jouer avec une "vraie" guitare, et Junior Braithwaite. Ils forment un quatuor d'harmonies vocales soul. Joe Higgs leur enseigne le chant et les harmonies.

Les Wailers sont nés !

Le registre des Wailers n'est pas encore le reggae, ils reprennent des titres de soul américains et chantent des cantiques et des reprises de doo-wop. Après une audition chez Studio One, "Coxsone" Dodd leur demande de composer des chansons. Junior Braithwaite, à la voix haut perchée, devient le chanteur principal, et le restera jusqu'à ce que Bob s’impose et qu’il parte vivre aux États-Unis fin août 1964. Leur énergique premier simple ska, Simmer Down__, chanté par Bob "Nesta" fin 1963 ou début 1964, apparaît dans les listes des succès dans la presse d’avril 1964. **C’est leur premier gros succès en Jamaïque. **

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Ils enregistrent, entre 1963 et 1966, une centaine de morceaux splendides, dont les créations de Marley, telle One Love ou Cry to Me, mais aussi le And I Love Her des Beatles, et des adaptations du Like a Rolling Stone de Bob Dylan sous le nom de Rolling Stone... et plusieurs autres reprises de soul et de ska. Malgré de nombreux succès et un premier album The Wailin'Wailers, les Wailers, très déçus, ne touchent pas plus de 3 livres sterling par semaine. Bob grave aussi quelques cantiques pour Studio One, comme Let the Lord be Seen in you sous le nom de Bob Marley & the Spiritual Sisters.

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Mariage et départ aux États-Unis

Le 10 février 1966, Robert Nesta Marley épouse Alpharita Consticia "Rita" Anderson, du trio des Soulettes que Bob encadre chez Studio One. Rita est enceinte, toujours aussi pauvres, ils quittent l'île pour rejoindre la mère de Marley remariée, aux Etats-Unis. A la douane, le prénom Nesta disparaît de son passeport, jugé peu sérieux par l'agent fédéral qui lui préfère Robert ! Le diminutif de Robert, Bob, est déjà devenu le surnom de Marley à cette époque.

1966, le tournant Rastafari

Un événement : la visite de Hailé Selassié en Jamaïque va conditionner toute sa vie. En avril, Jah Rastafari, le dieu vivant des rastas jamaïcains fait une visite officielle qui marque la population. Bob Marley travaille alors dans l'équipe de nettoyage d'un hôtel aux États-Unis, mais il aura des échos de la part de Rita, présente à l’arrivée du monarque qu’elle perçoit comme étant Jésus réincarné, et lui raconte les scènes de dévotion des chrétiens Rastafari. Fortement marqué, Bob Marley se déclare rasta. Fini les costumes cintrés et les cheveux courts. Le mouvement Rastafari se répand en Jamaïque.

Bob Marley & the Wailers - Wail'n Soul'm

En 1967, avec ses économies américaines, Bob Marley crée sa propre marque de disques Wail'n' Soul'm, abrégé de Wailers and Soulettes music. Les disques sortent désormais sous le nom de Bob Marley & the Wailers, et Peter Tosh & the Wailers. Le ska passe de mode et fait place au rocksteady, plus lent et plus axé sur les voix soul que sur les cuivres jazzy. Les deux premiers titres enregistrés en autoproduction par Bob Marley & the Wailers (écrits par Bob aux États-Unis) sont Bend Down Low et Freedom Time, leur premier single pour le nouveau label, qui fête à la fois leur départ de chez Studio One et la fin de l'esclavage.

Ils enregistrent d’autres 45 tours avec d'excellents musiciens tels que Winston Wright, le pianiste Gladstone "Gladdy" Anderson, les guitaristes Hux Brown, Lynn Taitt et Ranford "Rannie Bop" Williams, le bassiste Jackie "Sledge" Jackson, le batteur Hugh Malcolm, le percussionistes Alvin "Seeco" Patterson et Constantine "Dream" Walker ...

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Tous les ingrédients du succès sont déjà là... Mais sans le soutien des soirées dansantes de sound systems importants comme ceux de Coxsone Dodd, ils ne trouvent que rarement preneur. Bob, Rita, Peter et Bunny ouvrent alors une minuscule boutique et y vendent leurs 45 tours de rock steady, le nouveau style. Bob les distribue lui-même en vélo, mais malgré une apparition à la télévision et le passage de Nice Time en radio, les indépendants n’ont presque aucun succès.

Après Sharon, adoptée quelques mois plus tôt, leur première fille Cedella naît le 23 août 1967. Quand Bob Marley annonce sa prise de conscience rasta à sa mère (prénommée Cedella) très chrétienne, elle est choquée, comme le serait tout Jamaïcain, qui considèrent à priori les rastas comme blasphématoires. Mais elle le suivra plus tard dans cette voie.

Bob interprète de plus en plus de morceaux en duo avec Peter Tosh (Fire Fire) ou avec Bunny et Peter aux harmonies. Mais de juillet 1967 à septembre 1968, Bunny Livingston est en prison pour détention de chanvre, et Rita Marley remplace Bunny au sein du trio. En janvier 1968, Bob, Rita et Peter Tosh rencontrent le chanteur américain Johnny Nash, vedette de télévision, et son imprésario Danny Sims, qui cherchent à enregistrer du rocksteady pour lancer ce style nouveau aux Etats-Unis.

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Après une cérémonie rasta, les Wailers commencent à enregistrer des maquettes de chansons pour eux. Sims leur fera bientôt signer un contrat exclusif d'agent, d'éditions musicales et de production de disques. Alors que Johnny Nash enregistre en Jamaïque une série de succès rocksteady dont certains écrits par Bob Marley, les trois Wailers profitent de sa présence et enregistrent une série de morceaux très soul/rock steady comme Rock to the Rock, How Many Times, Nice Time, les ballades doo wop Chances Are et Love, Rhapsody ... Johnny Nash aura beaucoup de succès aux Etats-Unis avec les rocksteady Hold Me Tight, le Stir It Up de Bob, mais les Wailers ne rencontrent toujours aucun succès.

Tuff Gong, le nouveau label de Bob Marley

Les Wailers chantent encore du rock steady, mais l'époque du reggae approche doucement. David " Ziggy " Marley voit le jour en octobre 1968. (avec Tumblin' Down en 1986, Ziggy réalisera avec ses frères et sœurs le rêve inachevé de son père : un gros succès aux États-Unis). Cela devient de plus en plus dur, malgré la production de nombreux titres de grande qualité. Bob repart chez sa mère en Amérique en 1969. Après avoir dû couper ses nattes de rasta pour se présenter à un poste de docker qu’il n’obtient pas, il travaille cette fois de nuit, à l'usine Chrysler de Wilmington, où il porte des pièces.

Il se décourage, jusqu'à sa rencontre avec Lee "Scratch" Perry. Avec lui, les Wailers composent des titres qui resteront gravés dans les mémoires : Kaya, Sun is Shining, Small Axe... Deux 33 tours sortent en Angleterre mais les Wailers ne touchent presque rien. À son retour, avec ses économies, Bob & les Wailers fondent les disques **Tuff Gong. **

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La chance va enfin leur sourire lorsque Bob rencontre Chris Blackwell, le patron d'Island qui, déçu de n'avoir pu retenir Jimmy Cliff, se rabat sur Bob Marley & The Wailers. Il croit à l'essor du reggae. Ils enregistrent Catch a fire en Jamaïque, qui obtient l'estime de la critique. Les trois Wailers reviennent en Grande-Bretagne pour retravailler les bandes de Catch a Fire, copiées sur seize pistes à Londres.

Rebaptisé The Wailers par Blackwell (leurs disques sortaient sous le nom de Bob Marley & the Wailers depuis 1966), ils signent un contrat de disques international avec lui (sa société Island a décuplé depuis la sortie anglaise de Judge Not en 62). Le 33 tours est présenté comme l'album conceptuel d'un groupe de rock noir, The Wailers, révélé au public par les prestigieux disques Island. Succès d'estime dans la presse rock blanche, pourtant on y trouve des joyaux comme Slave Driver, Stir It Up, Kinky Reggae.

Une deuxième tournée anglaise a lieu en avril 1973. Bunny Livingston quitte le groupe en pleine tournée, déçu par la pression psychologique et financière qui entoure le groupe. Peter Tosh suivra peu après, jaloux de la place attribuée à Bob Marley par les dirigeants d'Island. Les orientations déjà suggérées par Blackwell sont intégrées directement par le groupe. Burnin' est bien accueilli, mais passe plus inaperçu. Sorti également sous le nom des Wailers, il contient pourtant Get Up Stand Up, Small Axe et I Shot the Sheriff.

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Bob, chante, compose, joue de la guitare et réalise lui-même ses disques. Eric Clapton, très coté en 74, obtient son seul numéro un en Amérique avec I Shot The Sheriff de Bob Marley, qui profite beaucoup de cette publicité mais réalise que son vieux contrat d'éditions signé en 1968 avec Danny Sims lui retirent l'essentiel de ses droits d'auteur. Bob ne signera plus les morceaux de son propre nom (Vincent "Tata" Ford qui a un peu contribué aux paroles est crédité comme auteur-compositeur de No Woman no Cry alors qu'il est à peine musicien), le stratagème réussira.

Bob Marley & the Wailers... again

En 1974 le groupe se recentre autour de Bob avec Aston "Family Man" Barrett (basse), Carlton "Carly" Barrett (batterie), l'Américain Al Anderson (guitare), Alvin "Seeco" Patterson (percussions) et le trio I Three aux chœurs (Rita Marley, Judy Mowatt et Marcia Griffiths), ce sont les meilleurs musiciens de l'île. Cette équipe restera le groupe de scène de Marley jusqu'à la fin. La carrière solo de Bob Marley (& the Wailers à nouveau) commence en 1974 avec son célèbre No Woman No Cry où il demande à une femme qu'il quitte de ne pas pleurer, tout en décrivant leurs bons souvenirs à Trench Town. Avec d'autres titres tels Lively Up Yourself, Natty Dread, Revolution, Rebel Music, Them Belly Full, l'album Natty Dread est sans doute son plus grand chef-d'œuvre.

"No woman no cry", la consécration...

Différents disques restés inédits jusque là commencent à sortir sur différents labels le plus souvent illégaux jusqu'à la sortie de la série exhaustive des Complete Bob Marley & the Wailers 1967 to 1972. Une tournée anglaise de Bob Marley & the Wailers a lieu en 1975. Les journalistes londoniens sont très impressionnés par le concert au Lyceum de Londres qui donnera l'album Live ! C'est une révélation qui lance la médiatisation intensive de Marley en Angleterre, bientôt relayée dans le reste de l'Europe et du monde. C'est aussi la version en public de No Woman No Cry qui commence à passer à la radio. En quelques mois, contre toute attente Marley est une superstar, son succès est universel et foudroyant.

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Le contenu de ses chansons est fidèle à une tradition jamaïcaine que l'on retrouve dès les débuts du ska, et dont les trois principaux thèmes sont partagés à peu près également dans son œuvre : on y trouve d'abord des chansons d'amour. À partir de 1974 surtout, des compositions violemment contestataires où Marley défie l'autorité, un oppresseur qu'il résume sous le terme utilisé dans la Bible pour les païens : Babylone. Et, il fait découvrir au monde les racines africaines spirituelles et historiques de la civilisation en présentant la culture syncrétique d'un mouvement marginal jamaïcain qui prône le rapprochement de tous les hommes, le Rastafari.

L'assassinat de Sélassié en 1975 par une junte militaire sanguinaire lui fera chanter le 45 tours Jah Live. Les rastas, persécutés pour blasphème dans la très chrétienne Jamaïque, se reconnaissent aux nattes naturelles (Natty Dread) qu'ils portent souvent et sont souvent condamnés pour leur consommation de chanvre (Rebel Music), utilisée comme partout comme un prétexte à la répression, alors que la consommation de ganja est une habitude très répandue dans toute l'île. Le 26 février 1976 naît Kymani, fils de Bob et Anita Belnavis, qui deviendra chanteur. Lucy Pounder met au monde un autre fils, Julian, qui deviendra lui aussi chanteur.

War

Rastaman Vibration se vend aux États-Unis (numéro 10) en 1976. Il contient des morceaux inoubliables comme Positive Vibration, Roots Rock Reggae où il clame son amour de la musique, une reprise de son vieux Cry to Me, Who the Cap Fit (anciennement Man to Man), Rat Race, Crazy Baldhead (ces fous chauves, les "baldheads" sans nattes, donc en principe non-rastas). On y trouve aussi le sublime War, dont le texte est extrait d'une vibrante intervention sur le racisme et les droits de l'homme, prononcée par Haïlé Sélassié Ier aux Nations-Unies, qu'il a participé à fonder.

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"Tant que la philosophie qui considère qu’une race est supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée; tant qu’il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une nation; tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de signification que celle de ses yeux; tant que les droits de l’homme de base ne seront pas garantis également pour chacun, sans distinction de race; tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d’une paix durable, d’une citoyenneté mondiale et le règne de la moralité internationale ne resteront que des illusions fugitives, poursuivies mais jamais atteintes."

En occident, Sélassié est de plus en plus calomnié par la presse. D’abord considéré comme l’un des plus grands chefs d’état d’Afrique, il est le plus souvent respecté en tant que tel. La réalité historique est sans doute bien plus nuancée, mais le défunt devient un bouc émissaire.

Le message rasta

Bob Marley chantera bientôt qu'on ne peut pas arrêter le temps, qui dévoilera la vérité. Le contenu du message rasta est souvent mal compris, surtout dans les pays non anglophones, mais le mystère et les images qui l'entoure fascinent le public. Les foules retiennent d’abord des rastas qu'ils fument beaucoup de chanvre, symbole avant tout de non-conformisme. "La pochette de Rastaman Vibration est parfaite pour séparer les graines de l'herbe".

Bob Marley est de plus en plus considéré comme la voix des défavorisés, des déracinés du monde entier. Jusque là, les vedettes auxquelles s'identifiaient les gens issus d'un milieu modeste étaient monnaie courante, mais le développement des médias, le marketing d'Island et le talent de Bob Marley rendent peu à peu le phénomène mondial. La presse rock, convaincue par son talent, son attitude contestataire et l'essence soul de sa musique considère Marley comme faisant partie de leur culture pop, les médias nationaux s'emparent de plus en plus de la nouvelle idole. Bob Marley commence à conquérir toutes les couches de la société, sur tous les continents, il devient une superstar dans son pays, où dans son sillage le mouvement rasta se développe à la manière d’une mode chez les musiciens, et dans le public.

Tentative d'assassinat

Les rastas se rapprochent dangereusement du Premier Ministre Michael Manley, et Bob devient l’homme à abattre. Début décembre 1976, en pleine campagne électorale aux allures de guerre civile, neuf tueurs entrent chez Bob à Kingston, il est blessé par balles, ainsi que sa femme Rita et son imprésario. Résolus à ne pas céder à l'intimidation, Marley et les Wailers jouent tout de même deux jours après au concert géant Smile Jamaica du Heroes National park devant 80.000 personnes, puis s'exilent à Londres.

Bob emménage alors avec la Jamaïcaine blanche Cindy Breakespeare, Miss Monde 1976, avec qui il aura un fils. Le groupe joue en Europe et enregistre l'album Exodus à Londres, sur le thème du rapatriement des Afro-américains en Afrique : consécration du public. Énormes succès avec les titres Natural Mystic, So much things to say, Exodus, One Love et les tubes internationaux Jamming et Waiting in vain. Au printemps, c'est la plus grosse tournée reggae de l'histoire qui embarque.

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Bob est un footballeur de niveau professionnel et il joue sans arrêt avec son entourage. À Paris, en mai, à la suite d'un accident lors d'un match amical Wailers - monde du spectacle, un docteur diagnostique une tumeur et recommande l'amputation du gros orteil droit de Bob. Les six concerts du Rainbow de Londres sont filmés, et il n'est opéré que très tardivement. La fin de la tournée est annulée. Bob enregistre ensuite Punky Reggae Party. En 1978, c'est l'excellent album Kaya, souvent mal accueilli par la critique, qui trouve Marley plus commercial et moins révolutionnaire depuis qu'on lui a tiré dessus. On y trouve de gros succès : Easy Skanking, Is This Love, Satisfy My Soul (anciennement Don't Rock My Boat) et le spirituel Running Away.

One Love Peace Concert

Le 22 avril 1978, Bob rentre triomphalement en Jamaïque où il réalise l'un de ses rêves les plus chers. À cette époque, la Jamaïque est au bord de la guerre civile, une répression militaire s'organise. La politique n'étant jamais loin avec Marley, il organise, avec le Peace Movemen, le One Love Peace Concert le 22 avril 1978 et parvient à réunir sur scène deux ennemis jurés, opposants politiques pour lesquels l'île se déchire : Edward Seaga, à l'origine de la tentative d'assassinat, et Michael Manley. C'est le plus beau jour de sa vie !

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Derniers albums, derniers rêves

Le jour, Bob distribue de l'argent à ceux qui en ont besoin. Quand il n'a plus d'argent, il se promène avec ses poches retournées dépassant de son pantalon. Bob Marley est décoré de la médaille de la paix des Nations Unies. La vidéo Live at the Rainbow sort dans le commerce. Ses chorises, le I Three, enregistrent le disque Aux armes et cætera avec Serge Gainsbourg à Kingston. Le 26 juin, le double Babylon by Bus est enregistré en concert au Pavillon de Paris (et pas ailleurs : les crédits de pochettes sont erronés). Le 21 juillet 1979, Cindy Breakspeare, que Bob aime tendrement, met au monde Damian Marley, qui deviendra, lui aussi, chanteur.

Après le dernier chef d'œuvre, Survival , en 1979, le déclin physique (mais pas musical) commence en pleine tournée mondiale (Nouvelle Zélande, Australie, Japon). Survival est un album sophistiqué avec différentes influences, il contient des classiques comme So Much Trouble In the World, Africa Unite, Ambush In the Night, allusion à la tentative de meurtre, et Zimbabwe (écrit en Ethiopie) en référence au pays bientôt indépendant. Aux États-Unis à Boston il chante au stade de Harvard afin de réunir des fonds pour les combattants de la liberté africains, et prononce un discours pour la légalisation du chanvre, l'unification de l'humanité et la reconnaissance de l'identité divine de Haïlé Sélassié.

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En 1980, Bob Marley réalise un autre rêve : jouer sur le continent africain. Invité officiel au Gabon en janvier (où il découvre que son manager Don Taylor l'escroque), il se rend le 17 avril à la cérémonie d'indépendance du Zimbabwe, dernier pays africain à obtenir l'indépendance, pour y donner un concert, l'occasion de chanter sur la terre africaine, mère du mouvement rastafari. Jamais sans doute, cela n’avait eu autant de sens, et de portée (Zimbabwe).

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Destin tragique

Il reste cependant un îlot de résistance aux charmes du reggae : les États-Unis, peu sensibles, y compris parmi la communauté afro-américaine, à la musique du chanteur jamaïcain. En été, une tournée européenne lance l'album Uprising, encensé par la presse. Encore de nombreux titres très forts, comme Zion Train, sur le paradis terrestre de Sion, Pimper's Paradise, sur les jolies écervelées qui risquent de devenir des victimes, le mystique Forever Loving Jah, Coming in From the Cold, et surtout Could You Be Loved.

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L'album Uprising lui ouvre les portes de l'Amérique. Le 20 septembre 1980, il joue en première partie des Commodores - Lionel Richie -, au Madison Square Garden. Le lendemain, il s'effondre pendant sa course à pied quotidienne à Central Park : son mélanome s'est étendu aux poumons et au cerveau, il n'a plus que quelques semaines à vivre. Il garde son mal secret pour jouer un dernier concert à Pittsburgh le 23 septembre 1980. où il termine avec une émouvante version de Redemption Song, chanson lourde de sens aux allures de testament musical, qui clôt à la guitare sèche son ultime album :

Pendant combien de temps vont-ils tuer nos prophètes, tandis que nous restons là à regarder ?

Il retrouve sa mère à Miami où il meurt entouré de ses enfants. Son dernier mot est pour son fils Ziggy : "L'argent ne fait pas la vie".

Bob Marley rencontre un succès mondial, et est à ce jour le musicien le plus connu et le plus vénéré du reggae. Il a popularisé la musique jamaïcaine par delà les frontières de son pays à la faveur de titres légendaires et a permis au mouvement rastafari de connaître une audience planétaire. Il a vendu plus de 250 millions de disques à travers le monde.

Bob était un prophète musicien, Marley ne savait pas qu'il deviendrait un mythe

▷ On retrouve la totalité des précieux enregistrements du label Wail’n Soul’m, longtemps introuvables, disséminés sur trois albums : Selassie Is The Chapel (JAD 1997) qui inaugure la série The Complete Bob Marley & the Wailers 1967-1972 , Freedom Time (JAD 2002), et le coffret Songs of Freedom (Tuff Gong/Island 1992).

(Ré)écoutez Bob Marley dans tous les épisodes de la série "Very Good Trip : Bob Marley" de l'été 2020, de Michka Assayas

Crédit photo : Bob Marley © Getty