Par Marie Sorbier
Balzac est l’un de ces écrivains que l’on croit connaître, mais que chaque époque relit à sa manière. Son œuvre a ouvert un immense théâtre social où se croisent l’argent, le pouvoir et les fractures françaises. De la droite à la gauche, elle n’a cessé d’être revendiquée, parfois même enrôlée.
Avec
Historienne, directrice d'études à l'EHESS
Honoré de Balzac est l’un des plus grands écrivains français du XIXᵉ siècle. Auteur de La Comédie humaine, vaste ensemble de romans et de nouvelles, il dresse le portrait de la société de son époque en explorant les milieux sociaux et les transformations politiques de la France. Judith Lyon-Caen s’intéresse aux multiples façons de lire Balzac, de l’étudier, de se l’approprier ou simplement d’en parler. Balzac est à la fois l’objet d’une transmission littéraire et d’une histoire politique. À travers son ouvrage "Balzac nous appartient", elle suit non seulement le parcours des lectures de ses œuvres, mais aussi celui des gestes, des projets et des intentions qui les accompagnent. Elle retrace une véritable histoire de la mémoire, montrant comment l’écrivain a été interprété, transmis et réinventé au fil des générations :
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"Le projet balzacien est à la fois de faire un portrait général de la société du début du XIXᵉ siècle, mais aussi de faire entendre toutes les voix de son temps. On trouve des personnages qu'on peut évidemment identifier aux positions politiques de l'auteur, ou ne pas les identifier, qui vont tenir des propos du côté du despotisme éclairé, d'autres avoir des propos plus républicains, plus démocrates. Donc, dans son œuvre, il y a toute la palette des positions politiques possibles. [...] Le projet balzacien est de restituer l'intégralité de ce qu'il appelle les parlures ou les idiomes de son temps. On doit entendre toutes les voix qui existent. Lui-même a pris des positions politiques qui, d'ailleurs, ont varié à travers le temps, mais chacun sait qu'au début de “La Comédie humaine”, dans la préface, il dit qu'il écrit à la lueur de deux vérités éternelles qui sont donc l'Église, l'hôtel et la monarchie. Donc, il a pris des positions à un moment donné qui étaient des positions réactionnaires conservatrices, ce qui d'ailleurs ne lui a pas valu sur le coup la sympathie des conservateurs, dans la mesure où, de toute façon, le fait qu'il ait été un romancier ne le mettait pas du bon côté, mais ses positions politiques l'identifiaient davantage à la droite qu'à la gauche. Cela dit, c'est justement pour cela aussi que les marxistes ont apprécié Balzac, puisqu’au fond, il était face à une œuvre dont il pouvait dire qu'on n'avait pas besoin d'avoir un auteur de droite pour avoir une œuvre de gauche."
"Balzac nous appartient", une histoire politique de la transmission littéraire parait en mai 2026 aux éditions du CNRS.
Les brèves du jour :
- Le Centre des monuments nationaux est écarté de la gestion du Mont-Saint-Michel : classé au patrimoine mondial de l’Unesco et comptant parmi les monuments les plus visités de France, le site sera maintenant piloté exclusivement par l’établissement public industriel et commercial. Ce joyau de la Manche fait l’objet depuis des mois d’une bataille entre les deux opérateurs, l’EPIC et le CMN, qui le géraient conjointement. La décision, actée hier par le premier ministre Sébastien Lecornu, est "contraire à l’intérêt général" selon les syndicats qui craignent qu’il signe la fin du CMN en perdant les recettes tirées des entrées de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et des financements publics liés à l’entretien du site, dont il dépend pour financer d’autres monuments. Actuellement, le Centre des monuments nationaux tire 6 à 7 millions d’euros de bénéfices de l’exploitation de l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Il s’agit du deuxième contributeur du pot commun entre monuments, derrière l’Arc de Triomphe.
- La Philharmonie de Paris présente les concerts de clôture des orchestres DÉMOS : depuis sa création en 2010, le projet Démos, Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à Vocation Sociale, œuvre en faveur de la démocratisation culturelle par la pratique musicale en orchestre. Le projet compte une cinquantaine d’orchestres répartis sur le territoire, Outre-mer compris. 12 orchestres Démos se produiront dans la Salle des concerts de la Cité de la musique du 18 au 21 juin et seront retransmis en direct sur Philharmonie Live Au programme : des extraits d’œuvres du répertoire classique et des musiques traditionnelles. Toutes les informations sur les orchestres DEMOSOuverture dans un nouvel onglet.